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11/10/2020

(19/21) Après dîner

 

Au chapitre De l'exercitation (Essais II,6) Montaigne narre un grave accident de cheval qui l'a plongé dans un moment de coma.

Il l'analyse dans le détail, en tant que simulation possible des sensations et pensées aux confins de la mort.*

Puis il fait le virage à 180° si fréquent dans le mouvement de son écrit, pour minimiser l'intérêt de ses réflexions.

 

« Ce conte d'un événement si léger (pas tant que ça quand même si je peux me permettre) est assez vain, n'était l'instruction que j'en ai tirée pour moi (…)

Ce n'est pas ci ma doctrine, c'est mon étude, et ce n'est pas la leçon d'autrui, c'est la mienne. »

 

D'accord, une leçon de soi pour soi. Mais si (ou lorsque), même en tant que doctrine, discours, théorie, le savoir acquis est de peu de secours (lassitude de la lucidité cf 14/21), a fortiori ne sera-t-il pas de médiocre utilité dans la vraie vie, face à la rugueuse réalité ?

 

Cette constatation se fait cruciale au moment de la vieillesse, quand le parti à tirer de l'expérience se réduit, par deux causes.

D'abord la difficulté à analyser ce qui nous advient, par affaiblissement des aptitudes intellectuelles et mémorielles, plus encore par enkystement de nos névroses affectives.

Et, deuxième chose, le manque de motivation, sachant que nous n'aurons plus guère l'occasion, dans le temps qu'il nous reste, de mettre en œuvre ce nouveau savoir.

 

Si bien que même notre propre doctrine ou étude, que nous conformerions à notre propre caractère ou situation particulière, nous n'en aurions pas plus d'usage que moutarde après dîner (dit-il au chapitre III,10 De ménager sa volonté).

 

Bref, tu sais quoi lecteur-trice ? Je commence à me dire que j'ai écrit toutes ces pages pour rien.

 

 

*Il y a une autre chose fort inattendue à tirer de ce récit, je la mentionnerai dans ma prochaine série. (Si c'est pas pitcher, ça, hein?)

 

09:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)