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25/09/2016

Vapeurs vapeurs

 

« Si l'on faisait une sérieuse attention à tout ce qui se dit de froid, de vain et de puéril dans les entretiens ordinaires, l'on aurait honte de parler et d'écouter, et l'on se condamnerait peut être à un silence perpétuel, qui serait une chose pire dans le commerce que les discours inutiles.

Il faut donc s'accommoder à tous les esprits, permettre comme un mal nécessaire le récit des fausses nouvelles, les vagues réflexions sur le gouvernement présent ou sur l'intérêt des princes, le débit des beaux sentiments, et qui reviennent toujours les mêmes ; il faut laisser Aronce parler proverbe, et Mélinde parler de soi, de ses vapeurs, de ses migraines et de ses insomnies. »

La Bruyère. Les Caractères (De la société et de la conversation 5)

Je disais la dernière fois : quand Labru s'érige en arbitre du goût, il n'est pas convaincant, oscillant entre le déplaisant et le ridicule. Cependant il faut lui rendre justice : en tant que moraliste il tient globalement la route.

Sa morale est parfois (c'est le cas ici) montaignienne. Ce n'est pas un hasard. Il a beaucoup lu Montaigne, et plein d'endroits dans Les Caractères « rencontrent » les Essais : réminiscences, allusions. Il y a même un pastiche explicite (De la société 30).

Un pastiche osons le dire laborieux. On me dira quel pastiche de Montaigne pourrait éviter de paraître terne, au regard de l'original ? Montaigne, c'est la liberté, la souplesse, la créativité continue. Il s'autorise tout. La Bruyère se cantonne au cadre contraignant qu'il s'est donné. Du coup Labru c'est un peu Montaigne en corset. Ah les dégâts de la normativité classique.

Mais il y a quand même ici une idée sympa. Une anti-misanthropie aussi nette que « non-dupe ». Les conversations courantes ont rarement la saveur d'un expresso (et les interlocuteurs pas tous le charme clooneysien - encore qu'il commence à vieillir comme nous tous, l'ami George. Faudra que je cherche un autre parangon de beaugossitude. Perso je suis sensible au charme du jeune Raphaël Personnaz. Bref).

Les conversations courantes sont de l'allongé fadasse. Il faut pourtant s'en contenter les trois quarts du temps. Ces trois quarts sont-ils pour autant du temps perdu ? Non, dit Labru.

Car tout vides, tout insignifiants qu'ils soient, ils permettent de rester branché sur le désir de l'échange avec l'autre (nommé ici le commerce). Parce que l'essentiel est là. Alors, au mal nécessaire comme au mal nécessaire.

Cela dit chacun aura bien sûr sa conception des discours inutiles. Pour Mélinde parler de ses vapeurs n'est pas inutile (ni pour son interlocuteur psy branché sur l'hypocondrie et le narcissisme).

N'empêche. Ces tombereaux d'inanités vomis quotidiennement sur le Net : leur utilité pour le commerce ? (Au sens XVII° j'entends, au sens googuélien pas besoin d'être analyste financier).

Euh. Me voici plus moraliste scrogneugneu que La Bruyère. Un comble. Allez, j'admets que je Mélindise vaporeusement plus souvent qu'à mon tour. Car à l'inanité je m'en voudrais d'ajouter la vanité.

Sans me vanter.

 

09:47 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

22/09/2016

Sur la racine de La Bruyère

En relisant ces jours-ci Les Caractères je trouve que La Bruyère fait vieux schnock plus souvent qu'à son tour, malgré son côté poli et courtisan, son côté versaillo-compatible.

Plus souvent qu'à son tour. Voilà une expression aussi délicieusement absurde que toutes choses égales par ailleurs. Comme si on disposait de quota autorisés de conneries, de méchancetés ...

À ce compte pour certains faudrait l'équivalent d'un interdit bancaire.

Le vieuxschnockisme de Labru éclate dans sa normativité. Péché mignon de quelques auteurs & critiques de l'époque dite classique.

Qu'ils aient eu envie d'édicter des règles d'écriture, des contraintes, ce n'est pas ce qui me gêne. Chaque génération, chaque nouvelle école le fait, à sa façon.

Et, comme en bien d'autres domaines, les façons les plus détournées ne sont pas les moins contraignantes, ce n'est plus à démontrer. Donc autant jouer cartes sur tables.

Mais quand même, oser édicter des canons du goût : là on sort la grande artillerie normative. Le goût canonique pour La Bruyère ? Le sien, what else ?

Bon d'accord c'est spontanément le cas pour chacun de nous, quelque effort que nous fassions pour nous décentrer. Mais lui il y va sans vergogne :

« Il y a dans l'art un point de perfection, comme de bonté ou de maturité dans la nature. Celui qui le sent et l'aime a le goût parfait (suivez mon regard) ; celui qui ne sent pas, et qui aime en deçà ou au-delà (et quand on dépasse les bornes y a plus d'limites j'vous l'dis scrogneugneu) a le goût défectueux (défectueux !!). Il y a donc (voilà un donc vite hasardé) un bon et mauvais goût, et l'on dispute des goûts avec fondement. »

(Des ouvrages de l'esprit n°10)

Il est de salut public de s'inscrire en faux contre le relativisme moral : oui, il y a des valeurs nécessairement universelles sous peine de renoncer à faire humanité. Leur mépris, de quelque façon qu'il soit argumenté, produit donc (un donc pesé celui-là) des effets déshumanisants.

Mais le relativisme esthétique : quoi de plus constructif ? Disputons des goûts. En évitant le ridicule de décréter : ceci est bon, ceci est mauvais. Dans le plaisir de découvrir d'autres façons de penser et de ressentir.

D'ailleurs, tel l'arroseur arrosé, Labru a essuyé les dégâts collatéraux de son terrorisme esthétique. Comment ne pas sentir le vécu dans :

« Il n'y a point d'ouvrage si accompli qui ne fondît tout entier au milieu de la critique, si son auteur voulait en croire tous les censeurs qui ôtent chacun l'endroit qui leur plaît le moins. » (Ibidem 26)

Eh oui, on te le fait pas dire, vieille branche ...

 

 

 

16:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

16/09/2016

Pas zélé

C'est quand même pas de la tarte le programme du concours. Ces histoires de temps, de paradoxes, de paradoxes temporels, ça commence à bien m'embrouiller. Pourtant je suis pas nul, j'ai le niveau.

À peu près. Oui OK ça dépend forcément de la barre, c'est ça un concours. Et la barre elle arrête pas de grimper, je sais. Je la frôle j'en suis sûr. Mais frôler suffit pas.

J'y arriverai pas sans aide.

Faut que je trouve quelqu'un. Joséphine, tiens, elle est vraiment balè … euh elle assure. Ça devrait pas être trop dur de la convaincre, elle me calcule grave, je l'ai senti, j'ai l'instinct pour ça.

Bon, j'y vais « Allô, Jo, ça va ? Devine c'est qui  » …

Comment qu'elle m'a jeté, c'est décevant. Franchement je la croyais sympa cette meuf, en vrai c'est de la graine de taspé. Grave. Enfin résultat des courses, va falloir que je me débrouille tout seul avec les présocratiques, avec le Schopenhauer qu'est pas facile à choper, l'Heidegger qui l'est guère non plus.

La philo, c'est pas le gai savoir tous les jours, c'est moi qui vous le dis.

« Comment définir la notion de limite temporelle à partir du rapprochement des deux affirmations suivantes ?

a) Il est de la nature de la raison de percevoir les choses sous un certain aspect d'éternité (sub quadam aeternitatis specie).

b) L'éternel sablier de l'existence est sans cesse renversé, et toi avec lui, poussière des poussières ! »

Comment ? Mais comment je le saurais, hein ? Franchement moi je dis ces profs c'est tous des sadiques. Ou des fous. Comme leurs philosophes. Non mais c'est vrai quoi.

Entre le mec fort en éthique avec son éternité qui en est pas une tout en étant autre chose (si je résume), et l'espèce d'allumé qui dit tout et son contraire, puis le contraire du contraire … C'est sûr lui le sablier il le renverse, il arrête pas.

Bon bref ça sert à rien de s'énerver j'ai pas vraiment le choix. Alors voyons elle est pour quand cette dissert ? Le quin ... ? Mais c'était hier ça … Merde ! Tant pis j'écris un truc vite fait, et je joins un mot d'excuse, oui voilà.

« Monsieur,

Ayant malencontreusement renversé mon sablier, je me suis cru hier alors que c'était déjà demain. Mais on peut raisonnablement penser, du point de vue de l'éternité, qu'il n'est jamais trop tard pour faire n'importe quoi. C'est pourquoi je vous adresse mon devoir ci-joint.

Avec mes respects,

Zénon »

 

 

09:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)