Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/04/2019

Quelques inclassables

La philosophie hindoue poursuit la délivrance ; la grecque, à l'exception de Pyrrhon, d'Épicure, et de quelques inclassables, est décevante : elle ne cherche que la … vérité.

Cioran (Aveux et anathèmes)

 

Voilà qui risque de laisser sous-entendre que Pyrrhon ne chercherait pas la vérité. Ce serait le scoop du jour.

Au contraire, comment mieux approcher la vérité que par le scepticisme ?

Précisément parce qu'il professe la chose essentielle à en dire, qu'elle est hors d'atteinte. Et que c'est pour cela qu'on ne se lasse pas de la chercher. (Bon je vous épargne les citations de Montaigne sur ce coup-là).

Savoir si mieux vaut poursuivre la délivrance (paradoxale formulation, non ?) ou chercher la vérité ? Faudrait commencer par établir un tableau des bénéfices/risques pour les deux protocoles.

Perso chercher la vérité je trouve pas ça décevant du tout. Mais l'inverse oui : s'escrimer à (se) la cacher, adopter la mauvaise foi (au sens existentialiste) comme ligne d'inconduite.

(Les occasions de déception ne me manquent donc pas).

Poursuivre la délivrance, mettons. Mais plutôt qu'à la mode nirvanesque dont j'ai dit toute la méfiance qu'elle m'inspire, je trouve plus motivant d'essayer à la mode de Nietzsche.

Libre de quoi ? Peu importe à Zarathoustra. Mais que ton regard clairement m'annonce : libre pour quoi ?

 

08:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

03/04/2019

Par principe

Le néant pour le bouddhisme (à vrai dire pour l'Orient en général) ne comporte pas la signification quelque peu sinistre que nous lui attribuons. Il se confond avec une expérience-limite de la lumière, ou, si on veut, avec un état d'éternelle absence lumineuse, de vide rayonnant : c'est l'être qui a triomphé de toutes ses propriétés, ou plutôt un non-être suprêmement positif qui dispense un bonheur sans matière, sans substrat, sans aucun appui dans quelque monde que ce soit.

Cioran (Aveux et anathèmes)

 

Vous voulez que je vous dise, quand je lis ça je constate que décidément le bouddhisme n'est vraiment pas ma tasse de thé. J'hésite bien un peu à le confesser, je crains que ça manque de politicallycorrectitude. Mais à l'aveu comme à l'aveu.

Je ne conteste pas la sincérité de l'expérience limite & mystique allusionnée ici par Cioran, mais j'avoue qu'en fait oui j'y vois un néant tout ce qu'il y a de sinistre.

Un être qui a triomphé de toutes ses propriétés je n'arrive pas à le concevoir autrement que comme une abstraction procédant du mépris (dirais-je phobie ?) de la réalité.

Abstraction dont il enfonce le clou avec sans matière sans substrat, tandis que sans aucun appui dans quelque monde que ce soit révèle l'aspect mortifère du refus du lien.

Cioran est-il dupe de la ruse de la pulsion de mort, qui consiste à positiver le néant en le nommant paix, à déguiser un tropisme vers la dissolution (cf la contemplation du squelette note précédente) en appel de l'absolu ?

Bien sûr que non : dupe et Cioran c'est une contradictio in terminis.

On doit donc déduire de cette déclaration que le néant est pour lui le plus court chemin vers le bonheur.

Il donne ainsi raison à Freud* qui définit le principe de plaisir comme la recherche d'un degré zéro, d'un état d'excitation nulle (encéphalogramme plat autant dire).

Et le nomme d'ailleurs parfois principe de nirvâna. CQFD.

 

*Qu'il anathème pourtant plus souvent qu'à son tour.

 

 

 

 

 

 

 

 

09:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

31/03/2019

Aveux et anathèmes

est le titre du dernier livre de Cioran (1987).

Anathèmes c'est juste : dans ce bouquin ils ne manquent pas, bien pesés, méchamment balancés.

Aveux, ça se discute un peu plus. Ceux qu'on y lit ne procèdent pas d'une sincérité disons naïve. Ils disent parfois autre chose que ce qu'ils croient dire. Mais c'est le lot commun des êtres parlants que nous sommes, surtout quand ils sont clairement névrosés (je pense qu'ici l'oxymore s'impose) (lucidement ou brillamment névrosé serait pas mal non plus).

J'ai trouvé en ce livre une occasion de persévérer dans mon choix audacieux de la facilité (cf note du 1er mars).

Dans Aveux et anathèmes « le Fragment est roi » dit son auteur. Le fragment : quoi de mieux pour écrire sans trop se casser une petite note de blog ? Facilité un jour facilité toujours. De plus je n'avais pas lu Cioran encore. Qui dit découverte dit divertissement.

Le lecteur-trice dira oui mais quand même Cioran c'est pas la folle gaieté, ne nuit-ce pas à récréation & divertissement ?

Détrompez-vous, voilà un homme qui sait s'amuser d'un rien.

Paléontologue d'occasion, j'ai passé plusieurs mois à ruminer sur le squelette. Résultat : quelques pages à peine … Le sujet, il est vrai, n'invitait pas à la prolixité.

Bienvenue chez Cioran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)