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06/12/2017

L'âge du capitaine

La tragédie du grand âge, ce n'est pas que l'on est vieux, mais que l'on est jeune.

Oscar Wilde (Le portrait de Dorian Gray)

 

On n'est pas sérieux à 77 ans. Oscar l'a su d'emblée, même si, mort à 46 ans, il n'a pas eu le temps de le vérifier.

Si l'on était vraiment vieux quand on est vieux, on ne se dirait plus qu'une chose : après moi le Déluge (ou la catastrophe nucléaire finale, voire la météorite dinosauricide). J'ai fait ma part : aux suivants.

Et si t'as pas fait ta part ?

Ben ça me déprime et du coup j'en fais encore moins.

Moi je me dis quand tu meurs pour toi c'est la fin du monde. Après moi le Déluge c'est peut être, après mon déluge perso plus de moi c'est sûr de sûr.

Riantes pensées qui peuvent advenir à tout âge, mais encore plus quand on atteint celui des dinosaures. Son pliocène personnel ou que sais-je (je dis un truc totalement au pif) (je suis incapable de me repérer dans les strates et les ères) (et mon futur alzheimer va rien arranger).

Il arrive que les 60 et au-delà … (au-delà ?) (non pas cet au-delà-là, au-dessus disons) (au-dessus de quoi?) (stop c'est moi qui cause) (non mais) … pensent ainsi les jours de pluie.

Mais la plupart du temps ils pensent normalement, c'est à dire comme les jeunes : qu'il y a plein de boulot pour rendre ce monde vivable (et déjà faire qu'il survive), qu'il faut s'y mettre, qu'il y a ça et ça à faire et à penser.

Du coup ils s'intéressent à la politique, l'économie, l'écologie, tout quoi.

L'ennui c'est qu'ils ne sont pas vraiment excédentaires en énergie, qu'elle soit physique, psychique, intellectuelle. Tout les touche encore au cœur, et peut être de plus en plus, mais leur cœur se fatigue si vite.

Bref y a comme un gap entre les affects qui ont toujours vingt ans et les artères (etc.) qui ne peuvent pas en dire autant.

L'âme naît vieille, mais elle rajeunit. Voilà la comédie de la vie. Et le corps naît jeune, mais il vieillit. Voilà sa tragédie. (Une femme sans importance)

Heureusement que sur le pont les jeunes moussaillons ça manque pas et en plus dans le tas y a pas que des cons.

Qu'il est absurde de parler de l'ignorance de la jeunesse ! Les seules personnes dont j'écoute aujourd'hui les opinions avec respect sont des personnes beaucoup plus jeunes que moi. J'ai l'impression qu'elles me précèdent. (Le portrait de Dorian Gray)

 

Conclusion ? Il faut imaginer Sisyphe heureux, et Noé sans rides (Et femme pourquoi pas) (Soyons fous).

 

09:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

03/12/2017

Avant que le ciel nous tombe sur la tête

Une fatalité pèse sur les bonnes résolutions - on les prend toujours trop tard.

Oscar Wilde (Le portrait de Dorian Gray)

 

C'est pas faux. Et il y la deuxième fatalité : aussi tard qu'il soit, les bonnes résolutions on ne les tient pas. En réalité plus une résolution est bonne, moins on la tient.

Tout se passe comme si elle était intenable à la mesure de sa justesse, de sa validité.

Ainsi des excellentes résolutions prises au moment de la crise bancaire des subprimes. C'est loin je sais, au rythme où vont les malheurs du monde.

Mais souvenez-vous : juré craché par terre qu'on allait mettre de l'ordre dans le système. Séparer les activités de prêt destinées à l'économie réelle (enfin, plus ou moins) et les activités de spéculation pure et dure (pour pure désolée j'y peux rien c'est l'expression). En finir avec les magouilles diaboliques des paradis fiscaux.

Dieu me rembourse, ont-elles été tenues ? Je parle des résolutions. Mais ça marche aussi pour les banques, en fait.

Et que dire de la louable décision de réduire la part du nucléaire dans notre mixte énergétique (sic). J'adore trop cette phrase. C'est fou comme la langue des décideurs est parlante parfois. Réduire la part, le mixte : ça vous sent pas sa tambouille d'arrière-cuisine douteuse ?

Le moins qu'on puisse dire c'est que la réaction en chaîne des décisions a comme du mou. Les vieux machins pourris sont toujours là un peu partout, on en est encore à se demander quand on va se mettre à les démanteler, qui va payer. Je soupçonne même qu'on en soit encore à « euh en fait comment on va faire ? »

Mais OK je suis particulièrement pessimiste. Pourquoi se prendre la tête, y a bien un moment où ça pétera tout seul.

Tout ceci pour dire qu'en revanche aucune fatalité ne pèse sur les mauvaises irrésolutions. L'énergie négative est bien la seule qui soit véritablement durable, renouvelable, toujours prête à renaître, telle un super phénix.

« Ach ja. Mich perso Ich associe alles ça à ein Phenomeme von nevrotische répétition. Und Sie devinieren au fond du fond y a was ? Mein Pharekonzept von Todentrieb, of course. 

- La pulsion de mort, papa Sigmund ! Vous y allez pas un peu fort quand même ?

- L'avenir le dira, liebe Ariane. À kondizion qu'il y en ait un, natürlich. Mich perso Ich en mettrais nicht ma main zum Feuer (Nuklearfeuer, ach ach) (Faut rigolieren ...) »

 

 

09:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

30/11/2017

La fin justifie les moyens

Il ne faut pas prendre les moyens de la civilisation pour sa fin. La valeur de la machine à vapeur et du téléphone dépend uniquement de l'usage qu'on en fait.

Oscar Wilde (Dans la conversation)

 

Bien dit. Il faut savoir faire bon usage de toutes les technologies dont nous disposons. Aller grâce à elles à la fin de la civilisation par le plus court chemin.

 

Ainsi n'hésitons pas à nous concentrer sur notre tablette ou notre portable quand nous sommes au volant. C'est notre doudou, notre objet transitionnel, notre porte-bonheur mieux que St Christophe.

Grâce à lui, et avec un peu de chance, nous offrirons une occasion de se bouger aux feignasses du service d'Urgences le plus proche.

De même un nécessaire progrès dans la civilisation consiste à actualiser certaines formules ringardes.

Au lieu du gnangnan « l'amour n'est pas se regarder l'un l'autre mais regarder ensemble dans la même direction », nous oserons le branché « l'amour c'est être assis au restau à pianoter chacun sur son machin sans échanger un mot ni un regard » (sauf naturellement pour l'indispensable « c'est toi qui as ma carte bleue ? » « c'est pas donné quand même ici pour ce qu'on a bouffé » « oui c'est vrai moi je me rappelle même plus ce qu'y avait dans mon assiette »).

 

Le lecteur trouvera que je caricature ? Soit.

Retour à plus d'objectivité : je ne méconnais pas que le prurit de pianotage qui peut nous saisir au volant, avec les amis, au théâtre, au cinéma, répond à la légitime urgence de relire Proust sans plus perdre de temps, de terminer illico notre visite virtuelle du Louvre.

Il offre aussi d'autres suppléments d'âme, comme inonder les marigots de la Toile de boueux propos racistes, antiféministes, antisémites, ou délivrer au monde, pour en changer la face, la dernière photo de son nombril en gros plan.

 

Le lecteur, sans perdre patience devant mes exagérations réitérées, me représentera qu'il n'y a pas là que gadget, addiction ou défouloir, mais potentiel gain démocratique, élargissement du village mondial et ainsi de suite.

ll me dira d'arrêter avec mon pathétique scrogneugnisme. Il est temps de vivre avec mon temps, genre y a pas que les mots croisés pour patienter dans la salle d'attente du dentiste, elle le sait, la mémère ?

 

Je ne peux qu'admettre le bien fondé de ces propos. Le lecteur a raison. Je suis sur la mauvaise pente.

Faut que je fasse gafa pas virer complètement hasbeen.

16:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)