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15/11/2018

Accord parfait

 Réalité.

Bon, pour ce mot, inutile que je me fatigue à recopier la définition robertique. La réalité, tout le monde connaît ... Lecteur je te vois hocher la tête. Oui : « quoique » moi aussi.

Je corrige donc ma phrase : la réalité, tout le monde en a une idée … Ah zut, ça va pas le faire non plus. Carambolage étymologique. Latin res la chose. Grec idea l'apparence (du verbe eidon voir).

En fait ce mot nous impose l'obligation de philosopher. Je sais pas comment je me débrouille … J'aurais dû en rester à ma première idée : roudoudou c'était plus facile à gérer.

Enfin bon tant pis, maintenant qu'on y est ...

« Construire l'articulation logique des propositions suivantes :

Le Réel c'est l'impossible (J. Lacan)

Par réalité et perfection j'entends la même chose (B. Spinoza)

Le principe de réalité est la continuation du principe de plaisir par d'autres moyens (S.Freud).

Vous avez 7 h. »

 

- Tu sais moi vraiment je préfère comme ça, Ariane. Quand tu ne cherches pas à racoler le lecteur (comme pour ton marasme l'autre fois). Je suis à fond pour maintenir un niveau suffisant d'exigence intellectuelle ...

- Oui je savais que ça te plairait, Blanche. Du coup je suppose que tu es prête à t'y coller, tu vas nous pondre une dissertation aux petits oignons (pas maussade du tout) avec thèse synthèse antithèse …

- Moi ?

- Qui d'autre ?

- Euh … C'est pas pour me défiler, tu me connais, Ariane, mais avant de me lancer, je voudrais être sûre qu'on a suffisamment exploré l'option roudoudou. Peut être se révélera-t-elle paradoxalement plus propice à philosopher que …

- Te fatigue pas, Blanche, tu as la flemme, y a pas de honte.

 

Blanche, faut la laisser souffler quand elle a des passages à vide. De toutes façons c'est pas le lecteur qui va venir faire une réclamation sous prétexte qu'il n'a pas eu droit à sa prise de tête coutumière

(quoi quoique ?).

 

En fait réalité, là maintenant, me fait juste penser à une interview du pianiste Piotr Anderszewski.

Longtemps (explique-t-il) je souffrais en concert de ne pas pouvoir jouer sur tel piano qui pour moi correspondait parfaitement au morceau, était seul à même de rendre le « bon » son. Et je me battais pour amener le piano que j'avais sous la main au son que j'avais dans ma tête.

Et puis un jour j'ai décidé de collaborer avec la réalité. J'ai pris le piano qui était là, comme il était. Alors j'ai joué, tout simplement.

(Le piano qui était là c'était quand même un Steinway haut de gamme, mais bon ça n'enlève rien à la sincérité de Piotr).

 

08:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

12/11/2018

Petit mais costaud

 

Gentillet, ette. XVI°. Assez gentil, petit et gentil.

Petit et gentil : association d'idées que les moins de 10 ans ou de 1m55 (sans me vanter) déplorent dans nombre de circonstances (file d'attente, métro bondé etc.)

« Le petit, là, on peut y aller, le bousculer, lui marcher sur les pieds, il a l'air gentil, et de toutes façons il n'a pas les moyens de sa colère. » Bref t'es petit, sois gentil et tais-toi. (Et quand t'es petite n'en parlons pas).

voir mignonnet. Plutôt péj. Agréable mais insignifiant. « Un roman gentillet » (vas-y Robert, balance, espèce de dégonflé).

 

C'est curieux quand même l'évolution sémantique. Comment est-on passé de gentil au sens de noble (XI°s) à gentil au sens d'agréable et bien disposé (XIII°s) (et jusqu'au péj gentillet) ?

Le noble, en position dominante dans la hiérarchie sociale, n'avait nul besoin d'être sympa.

Quoique. Faut payer les mercenaires, gratifier les vassaux. Du coup les années de disette t'as beau pressurer serfs et vilains, faut apprendre à séduire le riche bourgeois qui peut avancer quelques sous.

En fait les dates suggèrent un rapport avec le polissage des cours féodales, l'apparition de l'amour courtois. Mais pourquoi le mot gentil pour devenir bon et charmant a-t-il dû sacrifier ses lettres de noblesse ?

J'ai lu il y a quelque temps un livre sur la gentillesse. J'ai oublié le nom de l'auteur (l'aurais-je retenu s'il s'était agi d'un écrit provocateur et violent ?)*

C'est, dit-il, une vertu sous-estimée. Sans prétention à l'idéalisme platonicien ni à l'éthique kantienne, elle est la vertu humaniste par excellence.

Elle est véritablement socialisante du fait qu'elle est une réponse. Le gentil est discrètement à l'écoute. Il n'impose pas sa gentillesse, pour (se) prouver qu'il est quelqu'un de bien.

Il se contente de répondre présent s'il en perçoit le besoin chez autrui. Ni esbroufe ni pathos ni recherche de pouvoir dans son empathie.

L'auteur différencie gentillesse et sollicitude. Celle-ci définie comme une vertu surtout intrafamiliale, l'obligation mutuelle de prendre soin les uns des autres.

Avec l'intrusion que cela peut supposer, dit-il, surtout dans le sens parents/enfants (ajoutons le sens inverse dans la dépendance du grand âge).

C'est vrai : sans doute la sollicitude n'est-elle pas au-dessus du soupçon de sadisme inconscient des soignants et des éducateurs (dit Freud) (je ne commente pas ce serait pas gentil).

Bref, la gentillesse est une petite vertu, mais solide. Et puis : les grandes vertus héroïques, surtout si elles se réclament d'un label divin ... hein ? …

L'auteur conclut : la gentillesse n'est bien sûr pas capable de changer tout ce qui va mal. Mais elle peut amener en douceur la société à plus de douceur.

Le gentil vient réveiller la gentillesse qui sommeille en chacun. Voire la réanimer pour les cas où elle est en coma dépassé.

C'est vrai que certains jours on se dit y a urgence.

 

*en fait c'est Petit éloge de la gentillesse (Emmanuel Jaffelin)

 

08:38 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)

08/11/2018

Epi c'est tout

Schibboleth n.m.

Avant 1778. mot hébreu « épi », du récit biblique selon lequel les gens de Galaad reconnaissaient ceux d'Ephraïm en fuite à ce qu'ils prononçaient sibboleth.

RARE Épreuve décisive qui fait juger de la capacité d'une personne.

 

Si Robert s'était présenté avec cette définition au SADE*, le jury l'aurait recalé vite fait. Pourquoi ?

1) L'étymologie. C'est quoi cette phrase alambiquée qui en dit trop ou trop peu ? Pourquoi ne pas noter juste mot hébreu épi, et laisser le lecteur se renseigner lui-même, ou imaginer.

Quoique, ça c'était plutôt envisageable pour le SADÉ** c'est vrai.

Alors fallait donner l'explication dans toute sa précision. Mot du récit biblique il se fout de nous : vu le nombre de pages de la Bible, ou seulement des livres historiques (je suppose que c'est ce qu'il entend par récit), un indice n'aurait pas été du luxe.

Et que vient faire l'épi dans l'histoire entre Ephraïm et Galaad ? Un conflit sérieux apparemment : qui dit fuite dit peur dit menace. S'agissait-il du leadership sur l'exportation de blé au Moyen-Orient ?

(Pas d'aujourd'hui que la guerre économique est sans pitié).

Pour ceux qui veulent savoir (j'ai cherché, moi) voir livre des Juges chap 12 (bon courage).

 

2) Rare c'est pas faux. Personnellement je n'ai lu ce mot que dans des textes de Freud (et consécutivement de Lacan, et divers commentateurs de l'un ou l'autre ou les deux).

Il dit qu'adhérer à son interprétation du mécanisme du rêve est « le schibboleth de la psychanalyse ».

Mais du coup cela amène à contester la définition de Robert. Plutôt que test d'aptitude, il s'agit bien d'une preuve d'appartenance à un groupe, d'un mot de passe comme au livre des Juges.

Avec la psychanalyse cependant, et quoi qu'en dise Onfray, la tension n'a jamais atteint le niveau biblique  : si le mec d'Ephraïm disait sibboleth, le gus de Galaad le zigouillait aussi sec.

Entre nous je plains le Galaad malchanceux qui avait un cheveu sur la langue.

Je l'imagine au check point.

- Oh toi t'as pas l'air d'être des nôtres … Répète après moi pour qui chont chez cherpents qui chifflent chur vos têtes ...

- Des vôtres ? Mais si !

- Rechte poli ch'il te plaît !

 

Personnellement j'aurais vécu au chap 12 du livre des Juges, je me serais installée comme orthophoniste.

 

*Schibboleth d'Aptitude des Dictionnaires Enseignants

**Schibboleth d'Aptitude des Dictionnaires Énigmatiques

12:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)