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23/05/2017

Géométrie variable

 

« Il faut être carré en temps de paix, arrondir les angles en temps de troubles, être carré et arrondir les angles à la fois en temps de décadence. »

Hong Zicheng (Propos sur la racine des légumes Livre I, n°50)

 

Outre sa possible application morale et pourquoi pas psychologique, voilà une phrase bien pertinente dans le domaine politique (c'est d'ailleurs ce que vise Hong qui en a une, de vision).

Elle suggère un travail d'équilibrage et d'ajustement. Équilibre dynamique bien sûr, vivant.

C'est un enjeu de rationalisation au sens propre : trouver un ratio qui soit à peu près gérable entre les deux pôles calme/trouble.

Ce travail suppose le décollement de l'immédiat, la prise de champ. Sinon impossible d'envisager les situations dans un contexte suffisamment large pour tenir compte de l'ensemble des données.

Et par conséquent impossible d'éviter les bourdes voire les fautes lourdes.

À l'inverse du réflexe (tentant c'est vrai) de suivre la pente et profiter des moments sans trop de patates pour laisser filer, il faut être carré en temps de paix.

Temps de paix, temps d'apaisement des passions. C'est donc en effet le temps ou jamais de faire de la place aux exigences de la raison, de la loi.

Être carré de façon à construire un garde-fou pour cadrer autant que faire se peut la virulence passionnelle quand elle se réactivera après le moment de calme.

En temps troublé les choses sont plus simples malgré les apparences.

Spontanément on va privilégier les éléments réconciliateurs (actes paroles personnes), perçus comme adjuvants de survie. Et parmi ceux-là l'attitude consistant à arrondir les angles.

On ne reprendra à fond tel débat, on ne reviendra sur les arêtes de telle opposition que quand on pourra le faire sur un mode constructif.

En temps troublé le flirt avec le heurt est un mauvais plan.

Conclusion. En temps de paix les gouvernants doivent être des éducateurs exigeants, en temps de troubles des réconciliateurs avisés.

Et puis y a la décadence. C'est quoi au fait ?

Dans le contexte de la phrase je l'interprète comme le temps intermédiaire. Un temps de labilité entre paix et trouble. (Le plus fréquent en fait).

Un temps par conséquent où il faut être un as du discernement et du pilotage à vue.

 

 

 

 

 

 

09:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

19/05/2017

Un pote âgé

« Pourquoi j'écris de si bons livres » explique Nietzsche dans Ecce homo.

Pourquoi je trouve les livres de Nietzsche si bons ? À cause de son génie de l'aphorisme.

L'aphorisme, une des formes les plus achevées de la littérature. En tous cas une de celles le plus à mon goût.

 

Un auteur chinois nommé Hong Zicheng, qui vivait au XVII° siècle, a écrit un recueil d'aphorismes intitulé Propos sur la racine des légumes.

Hong était un lettré, un sage s'adonnant à l'étude et à l'écriture. Je ne sais s'il était vraiment une grosse légume, mais en tous cas avait suffisamment de radis pour mener sans souci matériel une vie consacrée à livrer les fruits de sa réflexion.

Son texte n'a rien d'un navet, le style en est goûteux. Je propose que nous en savourions de conserve quelques extraits. 

 

Du temps où je fus prof, j'inscrivais au tableau en début de cours, pour chacune de mes classes, une phrase du jour. J'allais la chercher dans la littérature française ou étrangère, dans le cinéma.

Elle était l'occasion de petits échanges avant de se mettre au « vrai » travail. Comme on croque des tomates cerises en guise de hors d'œuvre.

Un peu de la même façon, je vous propose de croquer dans la racine des légumes accommodée à la mode de Monsieur Hong.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

17/05/2017

Magis

 

Mais n'est pas sans parenté avec quoique. C'en est un cousin.

Mais un cousin plutôt discret. Il n'investit pas la phrase bille en tête en faisant claquer un son heurté, il s'y glisse dans un minimum articulatoire flirtant avec le murmure.

Discret mais d'autant plus efficace. S'insinuant dans l'esprit de l'auditeur sans le mettre sur ses gardes.

Si l'on s'en tient à l'étymologie (mais vient de magis = plus), son apparition dans le discours ne devrait pas conduire à polémiquer mais à construire.

Mais intervient pour apporter une pierre de plus, un élément supplémentaire au débat, un regard augmenté sur la situation.

Élément supplémentaire, mais à tendance clairement complémentaire.

Il s'agit de chercher un équilibrage. Mais est un modérateur.

Ce verre est à moitié vide. Mais n'est-il pas à moitié plein ?

 

Nonobstant ce caractère modérateur, il n'est cependant pas rare qu'on l'utilise à des fins d'opposition tranchée.

Voire à des fins de défense (depuis la tranchée).

Non mais ! Vous me prenez pour qui ?

Ah mais non ! Non et non ! Pas du tout ! Ça me ferait mal !

 

Quant à la minimalité sceptique de Oui Mais non ou de Non Mais oui elle a toute ma faveur, ayant de fortes chances de nous embarquer dans une cascade de quoique.

Que dis-je une cascade : un buffet d'eau, une cataracte.

Un Niagara de quoique.

Buffet d'eau je l'ai trouvé dans mon dico des synonymes. Ça en jette, hein ?

Une métaphore pour un style grandes orgues hugoliennes plutôt que petite musique durassienne.

Mais bon y a des moments faut oser, faut y aller.

Des moments où se sent obligé de se mettre au diapason de la traversée de la cour du Louvre sur l'Hymne à la joie.

 

 

 

09:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)