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  • B comme ...

    « Baptiser.

    Affliger d'un nom avec solennité un enfant démuni. »

    (Ambrose Bierce Le dictionnaire du diable)

    C'est vrai que le pauvre bébé est à la merci de lubies parentales plus ou moins inspirées, et souvent au goût du jour, qui n'est pas toujours le bon goût.

    Il lui reste la solution de changer de nom dès que ce lui sera possible légalement, à sa majorité par exemple.

     

    Mais ce n'est pas si facile :

    « Voici la seule astuce du baptême : l'enfant est mouillé pour que le nom colle. »

    Joli, non ? Elles sont assez nombreuses dans le livre, de telles définitions un tantinet loufoques, voire carrément surréalistes.

     

    Et ça fait du bien, vu la teneur globalement sombre du propos.

    « Bombe ou obus.

    Argument de l'assiégeant en faveur de la capitulation, mis avec doigté à la portée des femmes et des enfants. »

    Beaucoup de définitions de ce dictionnaire du diable sont marquées par l'expérience de la guerre vécue par Bierce*. Et encore il est mort avant de voir celle de 14, œuvre du diable particulièrement réussie, au point que depuis la méchanceté humaine a eu à cœur de ne pas démériter en ce domaine.

     

    « Biographie.

    Hommage littéraire rendu à un grand homme par un petit. »

    Alors ça, ça se discute. Pour ma part je trouve que les biographies écrites par Stefan Zweig signent sa propre grandeur. Qui consiste en la capacité à comprendre finement l'autre, comme de l'intérieur. Et quel souffle dans celle qu'il consacre à Montaigne, quelle lucidité (et à son propre usage) dans celle d'Érasme.

     

    *cf sa présentation (Appareil littéraire malveillant 23 septembre)

     

  • A comme ...

    « Acclamations.

    Unité monétaire propre à la populace pour payer ceux qui la flattent et la dévorent. »

    (Ambrose Bierce Le dictionnaire du diable)

     

    Jusqu'au moment où elle comprend que ceux-là ne la flattent que pour la dévorer.

    Alors les acclamations se changent en huées. Auxquelles d'autres flatteurs-dévorateurs, aspirant à être à leur tour acclamés par elle, excitent la populace.*

     

    Mais quand la situation se tend vraiment ? Qu'à cela ne tienne, on dispose d'un joker.

    « Arbitrage.

    Moderne trouvaille pour aggraver un conflit en remplaçant le différend initial par une flopée de désaccords inévitables sur la manière de parvenir à le régler. »

     

    Un joker qui fait aussi merveille en politique internationale.

    « Arbitrage.

    Médecine brevetée pour modérer la fièvre internationale, conçue pour supplanter la saignée à l'ancienne. De sorte que le pays qui n'a pas le dessus haïra deux nations ou plus au lieu d'une … au bénéfice ô combien indicible de la paix. »

     

    Ben oui. Politique et bons sentiments ça fait deux. Heureusement ?

    « Affectueux.

    Nuisible par vocation. La créature la plus affectueuse est un chien mouillé. »

     

    Conclusion : le mieux est de ne rien attendre de rien.

    « Attente.

    Dans le cortège des émotions humaines, l'état d'esprit que précède l'espoir et que le désespoir suit. »

     

     

    *Je ne sais quel est le mot employé par Bierce, mais je gage qu'il indique non tant un mépris de classe qu'un découragement devant la connerie) (et encore il n'aura pas connu les résasociaux, ce petit veinard).

     

  • Appareil littéraire malveillant

    Ambrose Bierce. Un nom qui me disait vaguement quelque chose, j'avais dû le rencontrer par ci par là (à un détour de page chez Lacan peut être).

    Un nom que je ne sais pourquoi j'associais à celui de Balthazar Gracian, ou à celui de Wittgenstein. Tout en sachant qu'il n'y a pourtant aucun rapport. Quoique ?

    A.B. (tiens nous avons les mêmes initiales) (aucun rapport) est né en 1842 dans un bled de l'Ohio. Et il est mort on sait pas quand exactement, fin 1913 ou début 1914. Et où on sait pas vraiment non plus, quelque part au Mexique (mais c'est grand).

    Pourquoi le Mexique ? Il était parti y faire la révolution. À 71 ans oui, vous comptez bien : ça vous pose le mec. Une continuité avec sa jeunesse : il s'était engagé dans l'armée nordiste quand éclata la guerre de Sécession.

    Sinon dans le civil il fut journaliste et écrivain. Il ne rencontra dans ces domaines ni la fortune ni le succès. Un rapport avec son esprit caustique et son sens de la dérision ?

    En tous cas il se présente ainsi

    « Combien de fois pendant combien d'années faut-il attirer l'attention sur son inexplicable obscurité pour établir sa renommée ? Dans l'ignorance, je ne suis pas loin de me prendre pour le plus illustre des auteurs. J'ai pratiquement cessé d'être ''découvert'', mais on peut dire que ma notoriété d'obscur écrivain est à la fois universelle et immortelle. »

     

    Bref je vous propose de parcourir un livre sien, sur lequel je suis tombée en flânant à la bibliothèque, intitulé Le dictionnaire du diable (à l'usage des esprits éclairés qui préfèrent les vins secs aux vins doux, le sens au sentiment, l'humour à l'humeur et un anglais correct à l'argot). (édition Voix d'encre 2019. La traduction en français correct est d'Alain Blanc).

    Ce n'est pas le mot diable qui m'a accrochée (du diable, de l'infernal, du démoniaque c'est bon on en a notre dose dans la rugueuse réalité en ce moment, du côté de l'Ukraine, de l'Iran, de l'Afghanistan et de beaucoup d'autres lieux), mais bien le mot dictionnaire (vu que je suis une dicomaniaque assumée).

    Ambrose donne du dictionnaire cette définition :

    « Appareil littéraire malveillant conçu pour entraver la croissance d'une langue et la corseter. Le présent dictionnaire fait néanmoins partie des œuvres les plus utiles de l'auteur, le Dr Jean Satan. Il se veut un abrégé de tout ce qui est connu au moment de sa publication, et permettra de serrer une vis, réparer une voiture rouge ou demander le divorce. Il remplace avantageusement la rougeole et fera sortir les rats de leur trou pour mourir. Il fait une proie idéale pour les vers, et les enfants pleurent pour l'avoir. »

    Voilà qui donne d'emblée une idée du côté allumé du bonhomme.