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01/07/2017

Cent mille (3/13)

Clodoweg dans son commentaire nous suggère la cruauté. Suggestion fort pertinente. La cruauté en effet est une absolue négation de l'autre. C'est aussi l'avis de Montaigne

"Je hais, entre autres vices, cruellement la cruauté, et par nature et par jugement, comme l'extrême de tous les vices." Essais II, 11 (De la cruauté).

 

Pour ma part je visais le mensonge. Pourquoi le mensonge n'est-il pas dans la liste ? C'est une vraie question : franchement je ne vois pas comment interpréter ce non dit.

(Sinon à suspecter les théologiens de n'être pas toujours très francs du collier, mais bon pas de procès d'intention …)

"Notre communication se conduisant par la seule voie de la parole, celui qui la fausse trahit la société publique" dit encore Montaigne qui décidément ne parle jamais pour ne rien dire.

Le mensonge est le ver dans le fruit, à même de pourrir toute relation, depuis les relations amicales, amoureuses, familiales, jusqu'aux relations dans la société publique. Il est par excellence la perversion de la confiance.

Dans le genre capital, c'est à dire induisant à sa suite nombre d'autres méchancetés, vices ou malfaçons, le mensonge se pose là.

Car il ne concerne pas seulement la parole effective, le prononcé. Il atteint aussi le pensé, le conçu.

En particulier avec ce mensonge existentiel qui consiste dans le faux-self, le moi en porte-à-faux.

"Le revers de la vérité a cent mille figures et un champ indéfini" dit encore Montaigne. Le mensonge qui prend la vérité à revers serait donc nommé à bon droit le père de toutes les perversités.

Ce serait au moins aussi approprié que le fameux l'oisiveté est mère de tous les vices.

Quant au chiffre de cent mille, il amène à la comparaison avec le beaucoup moins considérable 7. Sept péchés capitaux seulement ?

De toute évidence le chiffre est retenu pour sa charge symbolique, entendant désigner à lui seul le champ indéfini dont parle Montaigne.

 

Et puis c'est pratique, c'est le nombre des jours de la semaine.

"C'est lundi c'est colère !" (Jour de la Lune et des lunatiques). Jeudi jour de Jupiter roi des dieux, pour l'orgueil (j'ai dit quelque chose ?). Vendredi jour de Vénus, pour la luxure. Mercredi jour de Mercure dieu du commerce, pour l'avarice. Samedi repos de shabbat, disons la paresse. Mardi jour de Mars, pour l'envie à la source des guerres. Dimanche jour du Maître, pour la gourmandise. Parce que le Maître se taille la part du lion.

(Tout ceci est un peu tiré par la crinière je le reconnais).

 

 

 

 

 

 

 

 

09:46 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

28/06/2017

Un paradigme pas perdu (2/13)

Comme De Niro allégé de son équipement, on laissera de côté le folklore délétère et absurde d'un divin père pervers, fouettard et maître es culpabilité.

Disons plutôt avec Spinoza que la question du péché est la dissonance par rapport à DSN (deus sive natura je n'y reviens pas cf mon abécédaire sur ledit Spinoza entrée Nature du 19/03/16).

Ou disons encore, pour rester dans la thématique cinéma, que c'est un problème de raccord avec la vie la vraie.

 

C'est donc avec pour seul critère leurs effets dans la réalité qu'il faut évaluer les comportements dits péchés. Ce qui exclut la question narcissique oh My God comme je suis moche d'avoir fait ça.

Question narcissique qui restait au fond celle de Bob De Niro avec son harnachement d'Idéal du Moi guerrier.

La question la seule, inutile d'avoir fait 15 ans de théologie pour la voir dans son évidence, c'est le mal réel infligé à l'autre réel, à sa chair à ses os, à son psychisme et à sa liberté.

Quant au mot capitaux, il ne désigne pas la gravité en soi des fautes. Chacune d'elles peut porter sur des choses plus ou moins graves, avoir plus ou moins d'incidence.

Le mot capital comme on sait vient de caput = tête.

Un péché est dit capital dans la mesure où il est un principe directeur de déshumanisation. Le coin enfoncé dans le bois, apte à provoquer son éclatement.

 La pertinence toujours actuelle de cette vieille histoire de péchés capitaux tient à ce qu'ils formulent la déclinaison radicale du paradigme de l'incapacité à l'autre.

La liste en a été fluctuante selon les époques et leurs préoccupations, selon les théologiens ou moralistes.

Je m'en tiendrai arbitrairement à la forme canonique de notre « aceglop ». Quoique. Arbitrairement pas tant que ça, car elle fait pas si mal le tour de la question.

 

Sauf que. Il faut remarquer qu'elle comporte un manque criant. Lequel ?

Cherchez bien et vous trouverez.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

24/06/2017

Aceglop (1/13)

Aceglop : drôle de mot. Monstrueux, non ? Quand ça rime avec cyclope moi je dis c'est pas bon. Sans compter que ça rime aussi avec Robocop. Oui, et avec … euh on va passer sur les autres rimes possibles.

Ce mot bizarre est en fait un sigle, comme OCDE ou OTAN.

A comme Avarice C comme Colère E comme Envie G comme Gourmandise L comme Luxure O comme Orgueil P comme Paresse.

Oui : les « Seven », les ci-devant péchés capitaux soi-même.

 

Ah bon ? (dira le lecteur) Pourquoi diable aller déterrer ces vieux machins religieux ? C'est qu'ils ont deux trois choses à nous dire au plan d'une éthique purement humaine.

Cependant, par Saint Petit Robert, il faudra songer à les renommer (je n'ai pas dit les rebaptiser). Parce que péché, voilà un mot, le pauvre, qui se trimbale un bien méchant fatras : gendarmerie divine, infractions tarifées, pénitences.

Et surtout la terrible et ravageuse notion d'impureté, ce sniper tous azimuts du vivre-ensemble entre humains.

(Cyclope et Robocop ne seraient donc peut être pas venus là par hasard. Aceglop ne serait-il pas leur cousin en serialkillisme ?)

 

Fatras religieux, ça me rappelle une séquence d'un film des années 80 (ça nous rajeunit pas) : La mission de Roland Joffé. Au XVI°s au Paraguay, dans un contexte de colonisation esclavagiste, Espagnols et Portugais se disputent terres et ressources (y compris humaines) avec la bénédiction intéressée du Vatican.

Là, des jésuites créent pourtant des communautés fraternelles & évangéliques avec les « indigènes ». (Des jésuites écolo et plutôt de gauche, genre le jésuite François par ailleurs pape - en plus engagés).

Le grand Robert (De Niro) joue le rôle d'un mercenaire sanguinaire & bourrin. Ayant tué son frère en duel dans le grand style Caïn et Abel, désespéré et au bord du suicide, il est recruté par le responsable des communautés (Jeremy Irons).

Il se retrouvera nettement moins bourrin mais encore un peu sanguinaire à lutter (et mourir) pour leur défense au moment où les rois et le pape décideront de leur liquidation.

La séquence dont je parle se situe au moment où Bob escalade la montagne pour rejoindre la communauté. En guise de pénitence il transporte tout son barda de guerrier.

Épuisé, il tombe à plusieurs reprises (dans le grand style Golgotha), au risque d'être entraîné dans l'abîme. Ses compagnons veulent l'en délivrer mais il s'obstine.

Jusqu'au moment où c'est un des Indiens qui prend son couteau pour l'alléger, en un geste aussi simple que symbolique, du poids mortifère de son ancienne vie.

 

 

10:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)