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16/12/2018

Cette personne publique

Rousseau n'ambitionne pas d'écrire un thriller, il énonce donc d'emblée sa solution.

Si donc on écarte du pacte social ce qui n'est pas de son essence, on trouvera qu'il se réduit aux termes suivants : chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. 

(I,6 Du pacte Social)

Avant de se lancer dans la démonstration, il faut en bonne méthode définir les termes qui y seront utilisés. Rousseau termine le chap 6 par une liste bien fournie (il n'écrit pas de thriller, mais effrayer le lecteur ne lui fait pas peur).

Cette personne publique qui se forme ainsi par l'union de toutes les personnes prenait autre fois le nom de Cité, et prend maintenant celui de République ou de corps politique, lequel est appelé par ses membres État quand il est passif, Souverain quand il est actif, Puissance en le comparant à ses semblables. (C'est lui qui souligne).

À l'égard des associés ils prennent collectivement le nom de Peuple, et s'appellent en particulier citoyens comme participant à l'autorité souveraine, et sujets comme soumis aux lois de l'État.

Mais ces termes se confondent souvent et se prennent l'un pour l'autre ; il suffit de les savoir distinguer quand ils sont employés dans toute leur précision.

 

Il suffit, et ajoutons : il faut. Car la distinction est en effet essentielle, en particulier pour comprendre ce qui légitime ou pas un pouvoir en démocratie.

Rousseau précise en note le vrai sens du mot cité s'est presque entièrement effacé chez les modernes (…) ils ne savent pas que les maisons font la ville mais que les citoyens font la cité.

La cité n'est pas (ou pas seulement) un ensemble géographique, ni un groupement tribal, c'est un lieu symbolique. La question n'est pas de faire corps au sens matériel, mais de faire corps politique.

Le contrat social s'inscrit ainsi radicalement en faux contre un nationalisme plus ou moins ethnique fondé sur une essentialisation du peuple et/ou de sa terre.

Le mot peuple est la nomination sous laquelle on se reconnaît adhérent à l'association qui politise les individus en citoyens. Ni plus ni moins.

 

 

 

 

10:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

14/12/2018

Le problème fondamental

Les conventions qui régissent les sociétés ne viennent pas de la nature (qu'on y associe ou pas du divin), vue comme une donnée indiscutable, un c'est comme ça : les Lumières posent cette affirmation émancipatrice qui ouvre la voie à la contestation de l'ordre établi avec ses hiérarchies.

Rousseau y souscrit entièrement. Il construit pourtant sa réflexion à partir du terme état de nature. Comment le comprendre ?

S'il connote positivement les mots nature ou naturel, ce n'est pas pour les opposer à la culture en général (selon la caricature de son meilleur ennemi Voltaire), ni à l'art, ni même à l'artifice, mais bien plutôt à l'artificiel, à l'inauthentique.

(Rousseau, comme tous les gens complexes et pétris de contradictions, nourrit un fantasme de simplicité et de transparence) (témoin l'exergue des Confessions Intus et in cute = à l'intérieur et sous la peau).

 

Son état de nature je le vois comme l'épisode zéro, le moniteur de la série histoire de l'humanité. Il présente tout ce qui est fondamental (cf le terme dans citation infra), mais au sens logique plus que chronologique.

La question n'est pas l'accès à la réalité des commencements, mais une proposition narrative qui soit opératoire dans la réalité actuelle.

On dira : quelle différence avec un mythe religieux ? La différence c'est que Rousseau n'est pas dupe, en tous cas ici il n'est pas le mytho qui se raconte l'histoire du bon sauvage. La fiction de l'état de nature dans Du Contrat social s'inscrit seulement en tant qu'hypothèse de départ pour la démonstration.

 

« Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant*. » Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution.

(Livre I,6 Du pacte Social)

 

*Auparavant : ce terme dit bien qu'il s'agit juste de borner un temps logique, entre un temps hors contrat et un temps selon le contrat.

 

 

 

08:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

13/12/2018

C'est supposer un peuple de fous

Le raisonnement se poursuit. Puisque le prétendu droit du plus fort n'est pas un droit au vrai sens du terme, restent donc les conventions pour base de toute autorité légitime parmi les hommes.

Rousseau, méthodique, part de la plus inégalitaire possible des conventions, le droit d'esclavage. (I,4)

À l'échelle d'une société, c'est la soumission à un despote.

On dira que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Soit ; mais qu'y gagnent-ils si les guerres que son ambition leur attire, si son insatiable avidité, si les vexations de son ministère les désolent plus que ne feraient leurs dissensions ?

Un marché de dupes, donc.

En plus le despote, en assujettissant tout le monde à son seul bon plaisir, se contente de mettre un couvercle sur la cocotte-minute des dissensions. Qui se redéploieront à la première fissure du couvercle.

 

L'esclavage, s'il est consenti, est l'aliénation absolue.

Soit d'un homme à un homme, soit d'un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé. « Je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j'observerai tant qu'il me plaira, et que tu observeras tant qu'il me plaira ».

C'est pourquoi un homme n'adhère à une telle proposition que s'il n'est pas dans son bon sens. Et si un peuple le fait, c'est supposer un peuple de fous.

Une supposition pas si fantasmatique malheureusement, on se souvient des serments d'allégeance prononcés par des milliers voire millions d'individus à Hitler, Staline ou autres aliéneurs en chef, abdication volontaire d'autonomie non seulement d'action mais de pensée.

Aujourd'hui encore, il n'est que de voir l'embrigadement dans le délire de masse réalisé par l'idéologie islamiste. Combinaison de vieilleries médiévales et de hightech tellement improbable pourtant, qui ferait rire si elle n'était aussi ravageuse.

Mais question : même exempts de telles folies, sommes-nous totalement dans notre bon sens ? Nos ancêtres furent chair à canon dans les guerres d'anciens despotes. Nous sommes aujourd'hui chair à algorithme dans la guerre commerciale généralisée.

Comportements, goûts, opinions, désirs, de tout cela les Gafam font bon marché dans l'absurde concurrence qui est le maître-mot, le mot-despote de notre monde.

Pourtant nous restons volontaires pour cette servitude toute à notre charge et toute à leur profit.

Par exemple qui résilie son compte facebook ou tweeter malgré la récurrente mise en évidence de ce marché de dupes ?

Ces firmes sont patrons exploiteurs et contribuables tricheurs, nous le savons et l'acceptons.

Réseaux « sociaux », vraiment ?

Il y aura toujours une grande différence entre soumettre une multitude et régir une société (I,5 Qu'il faut toujours remonter à une première convention)

 

11:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)