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09/06/2017

Parle pour toi

 

« On considère comme un bonheur d'avoir un nom et un rang car on ignore que le plus vrai des bonheurs est de n'avoir ni nom ni rang.

On considère comme un tourment d'avoir froid et faim car on ignore que les tourments de ceux qui n'ont ni froid ni faim sont encore pires. »

Hong Zicheng (Propos sur la racine des légumes I,66)

 

Il est mignon, Hong, mais y a des fois il charge un peu la jonque.

Quelqu'un dans mon genre sans nom et sans rang, et plus encore quelqu'un qui a froid et faim, serait bien fondé à lui répondre : changeons, Hong. Tu prends ma vie je prends la tienne.

Allez deux trois mois pas plus et après on fait un debriefing : ton tourment et ton bonheur sur une échelle de 0 à 10 ?

Attention, Hong. Ta phrase peut passer au mieux pour de l'indifférence, au pire pour du cynisme. Y en a qu'ont viré rousseauistes pour moins que ça : alors dis-toi qu'en tant que mandarin t'es pas à l'abri des pépins.

(Je reviens pas sur l'histoire du mandarin de Rousseau vous l'avez en tête je l'ai suffisamment radotée) (Quoi Euh … ? Bon allez je suis sympa : voir ce blog 19-12-2016. Mais c'est bien parce que c'est vous.)

Les plus ou moins sexagénaires parmi nous se souviennent du fameux il faut voir d'où on parle, phrase fétiche des penseurs (ou simili) des années 70. Dommage que la mode en soit passée, je persiste à trouver cela pertinent.

(La mode de cette expression, j'entends, pas celle de penser. Quoique.)

Il est du dernier tartufe (dirait-on en langue de Molière) de s'autoriser à donner des leçons d'humilité et frugalité à son prochain, lorsqu'on a nom et rang.

Càd de nos jours une quelconque audience quelque part assortie d'un revenu supérieur ou égal au revenu médian. Soit environ 1600 euros (Voyez avec Hong pour la conversion en yuans).

Et estimez-vous heureux j'aurais pu mettre la barre au niveau du RSA ou du minimum vieillesse. (Perso sans me vanter même dans ce cas je garderais voix au chapitre pour bavasser sur la joie spinoziste ou quoi que ce soit).

(Quant à Spinoza lui-même j'ai pas le cours du florin milieu XVII° en tête, mais il me plaît d'imaginer nos fortunes comparables – toutes choses égales par ailleurs).

Mais je n'ai garde pour autant de fermer la bouche à notre Hong. Dès l'instant qu'il nous évite les leçons de stoïcisme à la mode tartufe, libre à lui de nous causer tant qu'il veut de morale ou de politique, de diplomatie, d'art, de littérature, depuis sa place de mandarin lettré.

Tout cela intéresse aussi les pas riches pas célèbres. Car aussi étonnant que cela paraisse, pauvre inconnu(e) ne rime pas forcément avec stupide inculte.

Sans me vanter.

 

 

 

09:09 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

07/06/2017

Si on dansait

 

« Mieux vaut encore, pour vivre à son aise, éviter l'action qu'y prendre plaisir et, pour préserver son intégrité, ne pas avoir d'aptitudes qu'en avoir beaucoup. »

Hong Zicheng (Propos sur la racine des légumes II, 2)

 

Voilà qui m'évoque la fameuse boutade de Keynes rétorquant aux objections aquabonistes devant ses propositions « C'est vrai que de toutes façons à moyen terme on sera tous morts ».

Éviter l'action et d'y prendre plaisir : double renonciation, double négation de l'énergie et du dynamisme. Se boucler à double tour, que ce soit dans une tour d'ivoire, une cellule monastique, ou même le tonneau du cynique.

Préserver son intégrité, sa pureté en renonçant à faire quoi que ce soit. Et si par hasard on agit, mettre en œuvre aussi peu d'aptitudes que possible.

Je vois bien le prof disant à l'élève : « ouh là petit, surtout cultive pas trop tes aptitudes, hein, tu y perdrais ton intégrité, pauvre chou. »

Ce serait comme je sais pas moi un genre d'imam ou quoi que ce soit disant à une femme : « ne te mêle de rien, ma fille (soeur, femme), il faut préserver ta pureté. » Quand on dit intègre l'intégrisme n'est jamais très loin. Et la dévitalisation qui va avec.

Hong ne va pas jusque là. Et la sagesse orientale a ses qualités, soit.

Zénitude, acceptation des choses comme elles sont, pas de révolte inutile, relativisation de ses petits soucis en les replaçant dans un cadre universel et intemporel … Oui oui.

Mais il y a un revers à la médaille : c'est une sagesse immobile. Comme revenue de tout. Sauf que souvent elle y est même pas allée.

En tous cas c'est ce que je ressens à la lecture de cette phrase de notre Hong.

Beaucoup de philosophes occidentaux ont flirté avec la sagesse orientale. Mais après s'en être nourris, l'avoir digérée, y en a qui plutôt que piquer un roupillon post-prandial, se sont remis en mouvement, ont repris la route de crête philosophique.

Oui Nietzsche par exemple.

Suivant Schopenhauer, il s'est intéressé au bouddhisme. Mais à un moment il a discerné la pulsion de mort derrière certaines recherches nirvanesques de calme plat.

Alors, à la sagesse immobile et ses assurances, il a préféré l'élan du danseur de corde.

 

 

 

 

 

 

08:34 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

05/06/2017

Dissonances

 

« Un être bon agit avec sérénité ; même les pensées qu'il a en rêve sont harmonieuses. »

Hong Zicheng (Propos sur la racine des légumes I,47)

 

Discutable, non ?

Déjà, assimiler bonté et action sereine est un peu rapide. Certes qui se veut bon veillera à éviter la violence, les provocations, les perturbations.

Mais il lui faudra bien parfois, sous peine de renoncer précisément à sa bonté, perdre en sérénité et admettre une certaine tension. Revendiquer la justice par exemple, ou la liberté, pour soi ou d'autres, voilà qui peut conduire à des oppositions pas toujours sereines.

Quant à l'idée que les rêves seront harmonieux parce qu'on est bon, ce n'est pas l'avis de Freud. Mais alors pas du tout.

Rappelons que dans la théorie freudienne un rêve est l'expression d'un désir inconscient. Et même, d'une certaine façon, il est sa réalisation sous forme symbolique, disons sa mise en œuvre sur la scène onirique. Ce que Freud nomme l'autre scène : une sorte d'envers de la réalité objective, sa doublure invisible mais indissociable.

Ce désir, pourquoi est-il inconscient ? Parce qu'il est l'objet d'un refoulement.

Et pourquoi est-il refoulé ? Parce qu'il ne correspond pas aux exigences du moi et du surmoi : il donne à la personne une mauvaise image de soi, il est jugé vulgaire, stupide, insignifiant. Ou illicite, immoral, scandaleux.

En un mot le désir est refoulé parce qu'il est déclaré bête et/ou méchant par le tribunal de la conscience.

Mais, poursuit la théorie freudienne, qui dit refoulé dit en même temps retour du refoulé. Le rêve est un des canaux du retour du refoulé et de l'expression du désir inconscient. (Comme le lapsus ou l'acte manqué).

Une expression indirecte, codée, camouflée, et d'autant plus que le désir est jugé illicite et condamnable.

Freud amène donc à relativiser, pour ne pas dire contester la phrase d'Hong.

Il peut arriver pourquoi pas que le rêve soit harmonieux.

Plus souvent, dans le tiraillement entre force de refoulement et celle de retour du refoulé, il se fait absurde, incongru, déroutant. Et d'autant plus que la tension est forte entre ces deux forces opposées.

La bonté ne produit pas toujours des rêves harmonieux, ce serait plutôt l'inverse.

Plus on est « moral », s'efforçant au bien suivant les bons conseils du surmoi (y en a aussi des mauvais, mais c'est une autre histoire), plus l'inconscient accumule de mochitudes, dans son office de poubelle à rebuts d'éthique. Matériaux peu propices à la sérénité diurne comme à l'harmonie onirique.

Freud était comme nous, je suppose, il avait besoin d'harmonie (encore qu'il disait ne rien comprendre à la musique - sans doute n'avait-il d'oreille que pour les mots).

Mais pas au point lui sacrifier la vérité.

 

09:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)