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26/12/2017

La bonne distance

Devenir le spectateur de sa propre existence, c'est échapper aux souffrances de la vie.

Oscar Wilde (Le portrait de Dorian Gray)

 

Sans doute. Seulement après, toute la question est de ne pas devenir un être si détaché qu'il en est abstrait.

Il y a de ces gens sur qui tout semble glisser, avec qui la relation est comme ouatée. C'est aussi angoissant que le silence et l'immobilité d'un paysage emprisonné par la neige.

Ce n'est pas à ce type de comportement que renvoie la phrase d'Oscar, mais à la simple prise de distance avec soi qui permet comme on dit de relativiser. Une prise de distance dont les deux pierres de touche sont l'humour et la curiosité.

Je ne m'aime pas avec si peu de discernement que je ne puisse me considérer à distance, comme un voisin, comme un arbre, dit dans le même esprit Montaigne (Essais III, 8).

Un arbre où circule une sève printanière, et pas une bûche de bois mort.

Il n'a pas voulu se faire pierre ou souche ; il a voulu se faire homme vivant, discourant et raisonnant, jouissant de tous plaisirs et commodités naturelles, embesognant et se servant de toutes ces pièces corporelles et spirituelles en règle et droiture. 

(Essais II 12, à propos du philosophe sceptique Pyrrhon).

Car sceptique oui, blasé ou indifférent non. Le mot grec skeptikos signifie observateur, ce qui nous ramène au spectateur de Wilde. Il s'agit de se situer dans ce qu'on peut appeler la bonne distance avec le monde et les autres.

Suffisamment près pour voir la réalité dans sa complexité et parfois sa brutalité, pour comprendre, être capable d'empathie. Mais ne pas se laisser phagocyter pour autant.

Le spectateur-observateur cultive l'aptitude à échapper à deux formes de complaisance morbide : l'auto-apitoiement, et une certaine compassion non exempte de jouissance doloriste.

Je puis compatir à tout, sauf à la souffrance. Pour elle, je n'ai aucune compassion. Elle est trop laide, trop horrible, trop bouleversante. Il y a quelque chose d'affreusement morbide dans cette manie qui sévit aujourd'hui de s'identifier à la douleur. On devrait s'identifier à la couleur de la vie, à sa beauté, à sa joie. Moins on parle de ses plaies, mieux on se porte.

(Le portrait de Dorian Gray)

 

 

09:49 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

23/12/2017

Soft Wilde

Ce sont les gens imparfaits, et non les parfaits, qui ont besoin d'amour.

Oscar Wilde (Un mari idéal)

 

Arrêtez-moi si je dis une connerie, mais il me semble que tout le monde (et n'importe qui) a besoin d'amour.

Moi par exemple au hasard, qui sans me vanter suis absolument parfaite, eh bien Dieu me câline, j'ai autant besoin d'amour que des carrément imparfaits comme …

(Ben non je vais pas balancer, étant parfaite je suis pas médisante) (Mais j'en pense pas moins, étant parfaite je suis lucide).

Et surtout étant parfaite, je sais bien que parfait, imparfait, ça ne veut rien dire (à mon humble avis Oscar le savait aussi). Par réalité et perfection j'entends la même chose, comme dit Spinoza (arrêtez-moi si je radote).

En revanche on peut toujours poser la question : c'est quoi l'amour ?

On peut dire bien des choses en somme. Pour moi au point où j'en suis tout bien pesé je dirais qu'il est consolateur.

Au sens premier : consoler quelqu'un c'est lui être présent, ne pas le laisser seul (même si l'on ne peut rien pour l'aider). Ainsi être aimé rassure. Et par là incite à la confiance, à l'ouverture, à la tolérance.

Bref l'amour conforte dans un narcissisme positif, défend contre le ressentiment. Conséquence : l'amour rend optimiste, le manque d'amour pessimiste.

D'où le cercle vertueux : l'optimiste aura tendance à transmettre l'amour qui l'a fait optimiste. Il pensera qu'aimer les gens peut les faire progresser vers le bien. Peut être est-ce le sens de la phrase de Wilde.

Inversement le pessimiste soutiendra que trop aimer les gens aboutit à les gâter comme on dit. Et alors même s'ils sont pas trop mal au départ ils risquent d'empirer.

Au point où j'en suis tout bien pesé, je pense qu'aimer est moins risqué pour soi et moins dangereux pour autrui que ne pas aimer. Mais ça n'engage que moi, vous pouvez m'arrêter si je dis une connerie.

Pour finir vous aurez noté que j'ai fait l'impasse sur la fameuse distinction Eros Philia Agapê (en gros : passion sensuelle, amitié tendre, don absolu).

Au point où j'en suis tout bien pesé je doute de sa pertinence. En tous cas si différence il y a, ce n'est pas sur un mode statique et exclusif.

On pourrait dire (tiens oui je vais dire ça) que tout amour est une synthèse dynamique et continuelle de ces trois-là.

 

 

 

10:02 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

20/12/2017

Roman de gare

Je ne voyage jamais sans mon journal intime. Il faut toujours avoir quelque chose de sensationnel à lire dans le train.

Oscar Wilde (De l'importance d'être Constant)

 

Moi c'est une chose que je fais rarement. En fait je prends très peu le train.

Cependant cette phrase me renvoie à maintes errances en librairie ou bibliothèque, et à leurs présentoirs surchargés de vanités.

Entre les auteurs qui refont toujours le même livre (soit qu'ils ne sachent pas faire autrement, n'aient décidément rien d'autre à dire, soit que leurs éditeurs rentabilisent le filon), ceux qui formatent leur sujet pour être dans le créneau vendeur actuel (supposé), avec une indigence d'idées et un conformisme de style (ou l'inverse) tout sauf improbables, que de fois suis-je renvoyée de Charybde en Scylla, prenant un volume sur la foi d'un titre accrocheur, lisant une page ici ou là, la 4° de couverture … Et puis quoi ? Bof.

La plupart sont trop longs à mes yeux. Ce n'est pas une question de nombre de pages. Je crois que je peine à les lire parce que je les ressens comme lourds, boursouflés d'inutilités. Fades, pas nourrissants et indigestes à la fois.

 

OK, mais qui es-tu, toi, pour juger ainsi ? (ne m'enverra pas dire le lecteur), es-tu si contente de tes propres écrits pour t'autoriser tant de morgue ?

(Dieu me supervise, y a des jours mon lecteur il parle comme mon Surmoi).

« Ach, Ariane, Ich suis obligé de dire que votre Leser a raison sur ce coup-là. Und Ich ajoutiererais même : es serait pas par hasard eine grosse jalousie envers alle ces Autoren ? Peut être sie écrivent nicht genialischement, mais ils trouvent toujours des Editoren pour les publieren, eux … Nicht wahr hein ? »

Papa Freud, vous avez vu juste comme toujours. Mais vous savez ce que c'est : on écrit, on aimerait être lu. C'est humain, non ?

Bref tout ça pour dire y a des jours je le comprends, Oscar (toutes choses égales par ailleurs).

 

Mais je me console : ceux qui m'aiment me liront dans le train.

 

 

 

 

10:02 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)