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19/06/2018

Déménagement

Dans un déménagement il y a

des cartons des cartons des cartons

 

de la pagaille et des soucis

des soucis en pagaille

des cartons des cartons des cartons

 

à penser des tas de choses

à ranger des choses en tas

des cartons des cartons des cartons

 

des briefs des bugs des checks

des chocs des bleus du blues du stress

des cartons des cartons des cartons

 

des clés des portes des porte-clés

des lieux des états des lieux

des cartons des cartons des cartons

  

des états d'âme des regrets

des deuils des doutes

des cartons des cartons des cartons

 

des feuilles de route

des projets des essais

des cartons des cartons des cartons

 

des sacs à dos des maux de dos

dans les valises des mots-valises

des cartons des cartons des cartons

 

 

 

 

 

 

 

 

15:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

10/06/2018

La vie et rien d'autre (7/7)

« Ils sont morts tous les dieux ; à présent nous voulons que le surhumain vive, - telle soit un jour au grand midi notre dernière volonté. »

Ainsi parlait Zarathoustra (De la vertu qui offre)

 

1) Tous les dieux, entendons pas seulement ceux des religions homologuées : une idéologie ou une théorie peuvent fonctionner selon les pires mécanismes religieux (et au premier chef le sacrifice).

2) La volonté dont il s'agit ici est la décision éthique qui répond à une aporie : le mal nous est consubstantiel, comment y échapper ?

« L'humanité est quelque chose qui doit être surmonté », répond Nietzsche. Un sur-humain qui désigne la possible sortie par le haut de la violence.

Se désintoxiquer de la répétition sacrificielle, résister à l'injonction de la mort, même prétendument énoncée par les dieux.

Ce fantasme pervers qui l'a fourvoyée dans l'inhumanité, c'est cela et rien d'autre que l'humanité a à sacrifier. 

Oui bon.

La lucidité oblige à constater que le lien infernal entre violence et sacré n'a pas dit son dernier mot.

Déjà Nietzsche est mort.

Et quant aux dieux ils restent globalement plus meurtriers que mortels.

Dans son enthousiasme anti-nihiliste, Zarathoustra est peut être allé un peu vite en besogne.

Mais on lui pardonne : l'optimisme est le péché mignon des prophètes de bonheur.

 

 

 

 

 

09:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

05/06/2018

Principe de réalité (6/7)

« Notre zèle fait merveille quand il va secondant notre pente vers la haine, la cruauté, l'ambition, l'avarice, la trahison, la rébellion. A contrepoil, vers la bonté, la bénignité, la modération, il ne va ni de pied ni d'aile. » (Essais II,12)

 

Il faut bien constater le pouvoir de la violence, il serait stupide de le nier, de faire semblant de ne pas le voir, de pratiquer un irénisme qui n'est qu'un alibi. Il faut commencer par la lucidité, à quelque prix qu'elle soit.

Mais le constat posé, pourquoi mènerait-il nécessairement à la résignation, à l'adhésion automatique, et pire à la justification ?

Pourtant la justification de l'injuste est chose fréquente, et reçoit facilement l'approbation sous le nom de réalisme.

Devant l'omnipotence de la violence au plan de l'agir, sa puissance dogmatique au plan de la pensée, sa perversité au plan du discours, c'est vrai : on se demande comment faire autrement que bâtir avec ses matériaux.

Tout en sachant qu'ainsi on se condamne à ne faire de l'avenir qu'une reproduction du passé.

C'est à cette reproduction que Nietzsche (il n'est pas le seul ni même le premier mais il le fait avec un tel génie) s'attaque en affirmant qu'il faut créer des valeurs totalement, fondamentalement nouvelles.

Valeurs qui enfin soient non indexées sur les paradigmes constitutifs de la violence, domination, concurrence, exclusion. Constitutifs et reproducteurs, moyennant des rituels sacrificiels toujours renouvelés et toujours pareils.

Comment surmonter la violence et le nihilisme, comment avoir raison d'eux ? En échappant au ressentiment, dit Nietzsche, car il est réaction, c'est à dire le contraire de l'action qui elle est toujours création.

Montaigne, réaliste, se contente avec (une forte) humilité de l'éthique de résistance, autant que possible dire non au mal en lui et autour de lui.

Nietzsche a le réalisme plus soixantehuitard : son réalisme consiste non seulement à demander, mais à vouloir l'impossible. De toute sa Wille zur Macht (vouloir-pouvoir, vouloir effectif).

Pour réaliser cet impossible, il choisit la transgression de l'humain trop humain : elle consiste à oser franchir le pas d'une positivité radicale, à « être un homme qui dit oui. » (Le Gai savoir)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)