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07/05/2017

Welcome

 

J'aime la réponse en langue anglaise à quelqu'un qui dit merci : You're welcome.

 

Voilà un truc que j'aimerais qu'on me dise tout le temps à tout propos. 

You're welcome : bienvenue dans le monde. Bien content que tu y aies une place. Si t'étais pas là faudrait t'inventer.

Le genre de chose qu'on dirait aussi bien au soleil du petit jour, aux premières fleurs du printemps. À l'annonciateur d'une bonne nouvelle.

Et au Messie pourquoi pas s'il finissait par se pointer.

À condition naturellement que ce soit pour nous dire à nous you're welcome.

Voilà j'y songe qui bouclerait parfaitement avec le chapitre 1 de la Genèse, ce grand moment de verbalisation créatrice et jubilatoire.

« Dieu dit que cela soit et cela fut, et Dieu vit que cela était bon. »

« You're welcome, toi la lumière, toi l'alternance jour/nuit, toi l'eau, toi la terre, vous les plantes et vous les animaux. Et surtout vous Adam, Ève, vous l'être humain, de quelque horizon terrestre que vous veniez : you're welcome. »

Et voilà hop tout était dit, inutile de rajouter le reste entre le welcome du début et celui de la fin.

Ça ferait une bible moins lourde, à tous points de vue.

Et je parle même pas des autres textes du rayon religieux.

Ni de tant d'autres textes de plein d'autres rayons qui gagneraient tout autant à s'alléger.

 

Bref revenons au mot de merci lui-même.

Parfois en se retournant sur certains moments de son passé, on constate qu'il y a des mots qu'il aurait été mieux de ne pas avoir dit.

On pense plus rarement aux mots qu'il aurait vraiment fallu dire et qu'on n'a pas su, pas pu dire.

Merci est de ceux-là. À combien de gens il est dommage de ne pas l'avoir dit. Des proches disparus à qui je n'ai pas su formuler mon amour.

Mais aussi beaucoup de quasi inconnus, de gens à peine croisés.

Cependant curieusement, tous ces mercis informulés ne me pèsent pas comme des regrets ou des remords. Ils ne me restent pas sur le cœur.

Je les imagine plutôt voletant doucement autour de moi, nuée de papillons légers et colorés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

06/05/2017

Brûler la politesse

 

Comme « non », il est des mots qui pour être de petits mots peuvent dire beaucoup de choses.

Lorsqu'ils sont prononcés bien sûr, mais tout autant parfois par leur omission.

Merci est de ceux-là.

 

Par exemple en voiture il n'est pas si fréquent qu'un conducteur en remercie un autre de lui laisser le passage, ai-je constaté. Parfois c'est parce qu'il a priorité comme on dit. « C'est mon droit, mon dû de passer devant, alors pourquoi dire merci ? »

Dans ce cas-là, passons de même : c'est l'ordinaire.

Mais quand on renonce à sa propre priorité par pragmatisme (ça ira plus vite, ça débloquera le carrefour) ou tout simplement par gentillesse, le merci est aussi rare. Pourquoi ?

J'exclus que les autres automobilistes nous trouvent systématiquement une sale gueule. Je pense que ça n'a rien de personnel.

Je crois plutôt que dire merci reste entaché chez un certain nombre de gens d'un soupçon d'allégeance, de soumission.

En eux se raidit encore l'enfant à qui on inculquait avec plus ou moins de bienveillance la politesse, surtout envers les « grands ».

Et ainsi dire merci n'est pas associé à la notion d'égard envers autrui. Au plaisir d'alléger et fluidifier les relations sociales, de les polir. C'est au contraire vu comme un pensum un peu humiliant.

Une sorte de corvée infligée par celui que sa situation dans le schéma relationnel place en situation de maître.

Il a donné (cédé le passage dans notre exemple) : on est son obligé.

 

Voilà qui nous amène au sens initial du terme, désormais désuet.

« Merci nf : grâce, pitié. Avoir merci de quelqu'un. Crier merci. »

Être à la merci de quelqu'un est une situation non seulement désagréable, mais potentiellement critique, voire mortelle.

 

À propos de cette histoire de passage à céder, est-ce d'avoir trop fréquenté Papa Freud, mais je ne peux m'empêcher d'évoquer un des faits divers les plus médiatisés de la culture mondiale.

Un certain carrefour vers Thèbes où se rencontrent deux hommes, un vieux et un jeune. Amertume de devenir vieillard impuissant d'un côté, insolence de la jeunesse de l'autre, chacun estime que c'est à l'autre de lui céder le pas.

La querelle tourne mal. Le jeune entreprenant tue le vieux grincheux.

Le nom du petit jeune ? Oedipe.

 

 

 

09:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

03/05/2017

Ni hurlements ni fumée

 

Pour agiter la foule.

Celui qui veut agiter la foule ne doit-il pas être le comédien de lui-même ? Ne doit-il pas commencer par se traduire lui-même en grotesquement évident et déclamer aussi bien toute sa personne que sa cause sous cette forme caricaturale et simplifiée ?

(Nietzsche Le gai savoir 236)

 

Plutôt sourd qu'assourdi.

Autrefois, on voulait faire parler de soi, : désormais, cela ne suffit plus, car le marché est devenu trop vaste – il faut faire crier. Cela a pour conséquence que même les bons gosiers s'époumonent, et que les meilleures marchandises sont proposées par des voix enrouées : sans vocifération de marché et voix enrouée, il n'y a plus de génie.

Voilà certes une mauvaise époque pour le penseur : il doit apprendre à trouver son silence entre deux bruits et à faire le sourd jusqu'à ce qu'il le soit. Tant qu'il ne l'a pas encore appris, il court à coup sûr le danger de périr d'impatience et de maux de tête. (id 331)

 

« Liberté », c'est le mot que vous aimez hurler entre tous ; mais j'ai cessé de croire aux « grands événements » qui s'accompagnent de hurlements et de fumée.

Et crois-moi je t'en prie, cher vacarme d'enfer, les plus grands événements, ce ne sont pas nos heures les plus bruyantes, mais les heures du plus grand silence. 

(Ainsi parlait Zarathoustra. De grands événements)

 

Limite de notre ouïe.

On n'entend que les questions auxquelles on est en mesure de trouver une réponse. (Le gai savoir 196)

 

Nouvelle prudence.

Ne pensons plus autant punir, blâmer et corriger ! Nous transformerons rarement un simple individu ; et si nous devions y parvenir, peut être réussirions-nous à notre insu quelque chose d'autre : nous aurons été transformés par lui !

Cherchons plutôt à faire en sorte que notre propre influence sur tout ce qui arrivera compense son influence et prévale sur elle ! Ne menons pas un combat direct ! - ce à quoi revient tout blâme, toute punition, toute volonté de corriger.

Au contraire, élevons-nous nous-mêmes d'autant plus haut ! Donnons à notre modèle des couleurs toujours plus éclatantes ! Assombrissons autrui par notre lumière !

Non ! Nous ne voulons pas, à cause de lui, devenir nous-mêmes plus sombres, comme tous les punisseurs et les mécontents ! Cheminons plutôt à l'écart ! Regardons ailleurs ! (id 321)

 

Ce que nous faisons.

Ce que nous faisons n'est jamais compris, mais toujours simplement loué ou blâmé. (id 264)

 

 

 

 

08:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)