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Le blog d'Ariane Beth - Page 15

  • Terre ferme

    « n°46 : Notre étonnement.

    (…) Nous sommes tellement convaincus de toute l'incertitude et toute l'extravagance de nos jugements, ainsi que l'éternelle variation de toutes les lois et tous les concepts humains, que nous sommes vraiment étonnés de voir avec quelle fermeté les résultats de la science tiennent bon !

    (…) Perdre enfin pied ! Flotter dans les airs ! Vagabonder ! Être fou ! – cela faisait partie du paradis et de la volupté des époques anciennes : tandis que notre béatitude à nous est pareille à celle du naufragé qui a rallié la côte et se campe des deux pieds sur la bonne vieille terre bien ferme – en s'étonnant qu'elle ne vacille pas. »

    (Friedrich Nietzsche Le Gai Savoir Premier livre)

     

    Ce ne sont pas tant les résultats de la science qui tiennent bon, que la méthode qui fonde la science.

    En s'appuyant sur les résultats qui sont déjà fermement acquis, on va émettre une hypothèse, puis travailler (par le calcul abstrait et/ou l'expérimentation concrète) à voir si elle se vérifie ou au contraire est infirmée.

    Ce qui conduira à émettre une nouvelle hypothèse en conséquence, puis la passer à son tour au crible de la vérification etc.

    Ainsi pourront varier régulièrement les résultats de la science, sans que soit atteinte sa fermeté, on pourrait même dire : au contraire.

    Cette procédure d'expérimentation et de vérification est nécessaire à pallier l'incertitude et l'extravagance spontanées de nos jugements.

    Et c'est pourquoi c'est la reconnaissance de cette incertitude qui est la base de toute démarche de savoir et de pensée. Je sais une chose, que je ne sais rien.

    Ou encore : que sais-je ?

     

  • L'après-midi

    « n°45 : Épicure.

    Oui je suis fier de sentir le caractère d'Épicure autrement peut être, que tout autre, et de savourer dans tout ce que j'entends et lis de lui le bonheur de l'après-midi de l'Antiquité : – je vois son œil contempler une vaste mer blanchâtre, par-dessus les rochers de la côte sur lesquels repose le soleil pendant que des animaux petits et grands jouent dans sa lumière, sûrs et tranquilles comme cette lumière et cet œil lui-même.

    Seul un être continuellement souffrant a pu inventer un tel bonheur, le bonheur d'un œil face auquel la mer de l'existence s'est apaisée, et qui désormais ne peut plus se rassasier de contempler sa surface et cette peau marine et chamarrée, délicate, frémissante : jamais auparavant il n'y eut telle modestie de volupté. »

    (Friedrich Nietzsche Le Gai Savoir Premier livre)

     

    Jamais auparavant il n'y eut telle modestie de volupté. Auparavant je n'en sais rien, mais après, ça s'est trouvé :

    « La volupté est qualité peu ambitieuse » (Montaigne Essais III,5 Sur des vers de Virgile)

     

    Sûrs et tranquilles comme cette lumière et cet œil lui-même. Le secret, sans doute, de ce cri de joie :

    « Elle est retrouvée !

    Quoi ? – L'éternité

    C'est la mer allée

    Avec le soleil » (Arthur Rimbaud. Vers nouveaux)

     

    Conclusion : vive l'Italie et la mer, où Nietzsche retrouva sa force de vie après une intense dépression, et même connut enfin une certaine joie de vivre en écrivant ce Gai Savoir.

     

  • Des tentatives et des questions

    « n°41 : Contre le repentir.

    Le penseur voit dans ses propres actes des tentatives et des questions visant à obtenir des éclaircissements sur un sujet quel qu'il soit : le succès ou l'échec sont en premier lieu pour lui des réponses.

    Mais se mettre en colère ou éprouver du repentir du fait que quelque chose rate – c'est là une attitude qu'il abandonne à ceux qui agissent parce qu'on leur en donne l'ordre, et qui doivent s'attendre au retour de bâton si le gracieux maître n'est pas satisfait du résultat. »

    (Friedrich Nietzsche Le Gai Savoir Premier livre)

     

    Il y a des jours Nietzsche est vraiment spinoziste, je trouve. Bel éloge ici de l'autonomie de celui qui se confie en vérité à la raison, et échappe ainsi aux passions tristes.

    Le penseur voit dans ses propres actes des tentatives et des questions : autrement dit une progression d'essai en essai. Après Spinoza, il y a aussi du Montaigne là-dessous.