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03/10/2017

Thérapie

Un lièvre en son gîte songeait

(Car que faire en un gîte à moins que l'on ne songe?)

 

Tout l'art de La Fontaine en deux vers. Le lièvre et les grenouilles (livre II,14) pourrait valoir par cette seule accroche.

Mais ce texte vaut encore plus pour les gens qui ont comme moi l'honneur et l'avantage de vivre avec un soupçon de phobie (que dis-je un soupçon, une larme, un tout petit scrupule).

Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait : (ennui = gros gros souci)

Cet animal est triste, et la crainte le ronge. Être un rongeur rongé : vexant, non ? « Les gens de naturel peureux/Sont, disait-il, bien malheureux ;

Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite./Jamais un plaisir pur/

Cette crainte maudite/ M'empêche de dormir, sinon les yeux ouverts (oui anhédonie et insomnie complètent logiquement le tableau symptomatique).

Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle. La phrase qui tue.

Déjà le lièvre est angoissé, déprimé, bref a du mal à se sentir bien. Et voilà qu'en plus on lui balance c'est pas bien. Il fait des histoires, il s'écoute : ça va comme ça, qu'il prenne sur lui, quoi !

C'est ce qui s'appelle la double peine. Après on s'étonne que le lièvre reste terré dans son gîte, gisant dans son terrier.

Ainsi raisonnait notre lièvre, et cependant faisait le guet.

Il était douteux, inquiet :

Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.

La sage cervelle ci-dessus dira qu'il jouait à se faire peur.

Comment ne sait-elle pas que l'angoisse est un pare-excitations (lui rétorquera le lièvre qui en son gîte quand il ne songe pas lit Freud). Formuler un scénario catastrophe aide à donner forme à l'angoisse informe, prégnante.

Mais c'est vrai que ça ne marche pas à tous coups. À un moment un léger bruit suffit à faire détaler le lièvre. Et voilà que par hasard

Il s'en alla passer sur le bord d'un étang. Et alors pffft ! (ou vrrrt si vous préférez) Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes.

Alors le lièvre a l'illumination. C'est comme si ces grenouilles lui tendaient un miroir. Lui qui a peur peut faire peur tout pareil. Il est pas plus nul qu'un autre.

Conclusion à chacun sa névrose tous les dégoûts sont dans la nature.

 

Remarquons pour finir que ce n'est pas la sage cervelle qui l'a aidé. En fait, dit Freud, le meilleur médecin c'est la vie.

Souvent une circonstance fortuite de la vraie vie (par opposition aux songeries) provoque la guérison mieux que les donneurs de leçon. Et même parfois mieux que psychanalystes (y compris lacaniens) ou philosophes (y compris spinozistes). À condition bien sûr d'en prendre acte.

Que faire en un gîte à moins que l'on ne songe ? Faire de sa songerie une fable sans doute. Ou l'interprétation d'une fable.

10:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Hum... et...cet étang aux grenouilles, il se trouve où exactement ?
J'irais bien faire un tour.

Écrit par : clodoweg | 04/10/2017

A qui le dis-tu ! Mais je crains que chaque lièvre n'ait le sien, ce qui ne simplifie pas le fléchage ...

Écrit par : ariane | 05/10/2017

Chère Ariane,
Moi c'est plutôt le gîte du lièvre propice à la songerie qui me plait. Et surtout le plaisir de revisiter en ta compagnie la poésie et l'humour de La Fontaine. J'attends avec impatience la suite. J'ai personnellement un faible pour "Le Lion devenu vieux". Certes, côté humour, c'est pas ça, y a plus gai, d'accord. Mais je trouve le pathétique du tableau très émouvant - sans doute mon goût du mélo ?

Écrit par : Laurent | 05/10/2017

Oui belle fable, Le lion devenu vieux. Je ne l'ai pas prise dans mon (petit) parcours, mais rassure-toi dans le genre casse-moral, y en a d'autres. Quoique c'est vrai j'avoue, celle-ci, le côté médiocrité & bourrinitude qui se vengent bassement y a peut être pas pire ...

Écrit par : ariane | 06/10/2017

Les commentaires sont fermés.