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07/11/2020

Et quand personne (6/17) Le symptôme d'un siècle débordé

« Personne n'est exempt de dire des fadaises. Le malheur est de les dire curieusement (s'appliquer à les dire).

Cela ne me touche pas. Les miennes m'échappent aussi nonchalamment qu'elles le valent. (…)

Je parle au papier comme je parle au premier que je rencontre. »

(Montaigne Essais III,1 De l'utile et de l'honnête)

 

Oui, je veux bien vous croire, Monsieur des Essais, mais quelque chose me dit que même avec le premier venu vous pesiez bien un peu vos mots, je me trompe?

 

« Je vois assez ce peu que tout ceci vaut et pèse, et la folie de mon dessein. C'est prou (beaucoup) que mon jugement ne se déferre point (ne perde pas son fer comme un cheval), duquel ce sont ici les essais (…)

Je ne suis pas obligé à ne dire point de sottises, pourvu que je ne me trompe pas à les connaître. »

(II,17 De la présomption)

 

Ça, je vais le noter, ça peut toujours servir.

 

« Mais il devrait y avoir quelque coercition des lois contre les écrivains ineptes et inutiles, comme il y a contre les vagabonds et fainéants. On bannirait des mains de notre peuple et moi et cent autres. Ce n'est pas moquerie. L'écrivaillerie semble être le symptôme d'un siècle débordé (...)

Il semble que ce soit la saison des choses vaines quand les dommageables nous pressent. En un temps où le méchamment faire est si commun, de ne faire qu'inutilement il est comme louable. »

(III,9 De la vanité)

 

Entre nous heureusement qu'il n'y a pas de telles lois, déjà que les prisons sont pleines. Mais que faire, et même que dire, face au méchamment faire dont l'évidence nous assaille chaque jour ? À la constatation de la méchanceté répond celle de notre impuissance à y porter remède.

Dans ce siècle malade dont le pire symptôme n'est pas l'accumulation d'écrivailleries mais celle d'horreurs, reste à s'efforcer, dirait Hippocrate, de d'abord ne pas nuire.

 

Je souscris au découragement de Montaigne, comme à l'humble consolation qu'il se donne, dans les débordements de notre époque qui n'ont pas grand chose à envier à ceux de la sienne.

Illusion du progrès moral disions-nous la dernière fois …

 

07:50 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)