Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/04/2013

Pas capital (4)

 

 

En cette école du commerce des hommes, j'ai souvent remarqué ce vice, qu'au lieu de prendre connaissance d'autrui, nous ne travaillons qu'à la donne de nous, et sommes plus en peine de trouver emploi à notre marchandise que d'en acquérir de nouvelle. Essais I,23 : De l'institution des enfants

 

Le commerce des hommes : Montaigne joue sur le double sens du terme. On a tendance à vivre le commerce des autres, la relation qu'on a avec eux, dans une perspective marchande. Il faut investir le terrain, se faire sa place, gagner des parts à ce marché des ego qu'est le commerce des hommes.

Oui, c'est comme ça, me dira-t-on, (Freud par exemple) : l'autopromotion et la spéculation, on est tombé dedans quand on était petit. Question de survie du petit humain. Et puis qu'est-ce que j'ai contre l'auto-entreprise, pourquoi serait-ce mal de proposer sa marchandise sur la place ? J'ai rien contre. A condition que la marchandise soit un véritable produit, et si possible utile. Pourquoi faudrait-il n'avoir pour ambition, par exemple au hasard, que celle de tant de politiciens si formatés par leurs agences de communication qu'ils confondent image et action, discours et (recherche de) vérité ?

 

Bourdieu a un mot très éclairant. Pour pouvoir apprendre, prendre connaissance de quelque chose, de quelqu'un, il faut, dit-il, être capable de se situer dans une attitude de docilité (latin docere, recevoir, mais aussi donner un enseignement). Etre docile face à autrui, ce n'est pas le placer en position de maître méprisé et détesté, et lui faire allégeance, se conformer à ses attentes supposées. (Comme le politicien avec l'électeur démagogisé, si on poursuit le parallèle). Il s'agit au contraire d'être capable de la souplesse intellectuelle et psychique qui fera prendre le risque de changer ses paradigmes s'ils sont improductifs. Peut-être préfèrera-t-on nommer cette attitude ouverture ou écoute. En tous cas elle n'est pas mollesse et résignation, mais ferment de puissance créatrice.

 

Montaigne a essayé de se promouvoir, auprès des Grands, des rois. Sans trop de succès, dit-il. Un peu quand même, mais bon, il aurait voulu beaucoup plus, beaucoup mieux. Il aurait par exemple sans nul doute été volontiers l'Aristote d'un Alexandre. On en lit parfois l'aveu entre les lignes.

Une fois on me demandait à quoi j'eusse pensé être bon, qui se fût avisé de se servir de moi pendant que j'en avais l'âge. « A rien », fis-je. Et m'excuse volontiers de ne savoir faire chose qui m'esclave à autrui. Mais j'eusse dit ses vérités à mon maître, et eusse contrôlé ses mœurs, s'il eût voulu (III, 13 De l'expérience)

 

Ses essais sociaux n'ont pas vraiment été transformés. Mais il avait cette fameuse qualité de la docilité, qui lui a permis de prendre connaissance de toutes ses expériences. Dans le commerce des hommes, dans les livres, dans l'observation de soi. D'où les Essais. Transformation réussie. Montaigne n'a pas fait carrière à une quelconque Cour comme conseiller des Grands de son temps. Il est devenu Monsieur des Essais pour quiconque veut se donner le plaisir de le lire.

Vous savez quoi ? On n'a pas perdu au change.

 

10:36 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

C'est la croyance en la vertu qui a permis l'idée de démocratie.
On sait à présent que la vertu c'est cuit.
La démocratie sans vertu, on fait comment ?

Écrit par : L'abbé Tasse | 22/04/2013

Les commentaires sont fermés.