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24/02/2014

Grand-chose

Va savoir pourquoi, j'ai eu le plus grand mal à trouver un mot en G qui me convienne. Enfin si, peut être parce que mon nom, mon vrai nom j'entends (Ariane Beth étant un pseudo comme vous le savez ou pas) commence par un G : et du coup je soupçonne que stagnent plus ou moins dans les replis de mon inconscient (retors comme sont les inconscients qui se respectent) de vagues histoires lacaniennes autant que complexes de Nom du Père et tout ce qui s'ensuit. La faute sans doute à ma relecture actuelle de Freud. D'ailleurs j'ai hésité à choisir Freud pour F, mais je m'étais donné comme règle en commençant cet abécédaire de ne proposer que des noms dits communs, et mon pointillisme obsessionnel m'interdit de déroger à une règle, d'autant plus quand je l'ai posée moi-même.

Bref pour trouver un mot en G, j'ai fait appel à Robert Petit mon fidèle compagnon de délires scribouillards. Et une fois de plus il s'est montré à la hauteur de toutes mes espérances, me proposant des mots particulièrement tentants, comme garde-mite, gendelettre, giraumont, godelureau, godiche, grossoyer. Giraumont et grossoyer : excellents pour le jeu du dictionnaire. L'association godelureau/godiche ne peut qu'inspirer une nouvelle qui commencerait par « Godelureau et Godiche sont dans un bateau », et on les verrait galérer parce que Godiche aurait évidemment laissé glisser la godille de l'embarcation qui par ailleurs était dépourvue de gouvernail. Avec gendelettre on se dit qu'il faut être au moins Proust pour employer un mot pareil et ça rate pas, Robert illustre précisément sa définition (dont personne n'a besoin, le mot parlant de lui-même) par une phrase de Proust, à propos de qui on ne peut s'empêcher, malgré toute l'admiration que ne manquent jamais de susciter la finesse et la profondeur qui s'entremêlent en chacune de ses phrases, telles les arabesques des motifs art nouveau répondant aux volutes sonores de la musique de Debussy, on ne peut s'empêcher de penser donc, et même de dire, avec une brutalité que n'aurait pas reniée Basin de Guermantes, qu'il avait parfois un peu de temps à perdre.

 

Si j'ai finalement retenu grand-chose parmi d'aussi alléchantes propositions, c'est que sa définition présente un caractère assez rare, peut être même unique. Jugez plutôt, je recopie :

Grand-chose. n.inv. Fin XV° (ça nous rajeunit pas) de grand et chose (où va-t-il chercher tout ça?).

1 Pas grand-chose : peu de chose. Ex : Cela ne vaut pas grand chose.

2 Fam. Un, une pas grand-chose : personne qui ne mérite pas d'estime.

Étonnant, non ? Robert pose un mot pour définir son contraire, et son contraire seulement. Grand-chose ne s'écrit que pour être nié du même mouvement. Voilà une curiosité qu'on peut nommer une « définition-rature ». Et en plus entre nous, définir pas grand-chose par peu de chose …

 

Robert a donc écrit une définition à la fois inutile et incohérente. Vous savez quoi ? Heureusement qu'il ne s'est pas lancé dans la politique.

12:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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