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05/09/2014

Je me laisse courir

Je ne croirai qu'en un dieu qui s'entendrait à danser. Et lorsque je vis mon diable, je le trouvai grave, minutieux, profond, solennel ; c'était l'esprit de pesanteur – par lui toutes choses tombent.

On ne tue pas par la colère, mais on tue par le rire. Allons, tuons l'esprit de pesanteur !

J'ai appris à marcher : depuis ce temps je me laisse courir. J'ai appris à voler : depuis je n'attends plus qu'on me pousse pour changer de place.

Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant je m'aperçois au-dessous de moi-même, maintenant un dieu danse en moi.

Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra (Discours Lire et écrire)

 

Cette citation ne doit rien au hasard, je le confirme. Je descends un instant de mon étagère pour m'asseoir au bureau où Zarathoustra est posé depuis qu'une phrase de Rimbaud l'a irrésistiblement appelé (cf Pas sérieux 13/08). Quel éblouissement ! Les auteurs vraiment créateurs, plus on les lit, plus on les trouve inépuisables.

C'est bien simple en lisant Zarathoustra on ne sait jamais où donner de l'enthousiasme. Intelligence, audace, écriture de philosophe poète qui fait vibrer les mots, danser les phrases. « Le mieux serait donc de t'abstenir de commentaires forcément superflus, non ? » (vous entends-je penser). Mais n'oublions pas ma graphomanie, je ne sais pas comment taire l'écho en moi de tels textes. Joann Sfar (vous savez Le Chat du rabbin) dit (dans son Journal de merde) que devant une image qui le touche ce que je vois, je le dessine avec mes yeux.

C'est ça, il est des textes, je ne peux les lire qu'en les parlant avec mes mots. Ainsi résonne en moi Zarathoustra :

1° La légèreté est rare, où la trouver ? La légèreté, pas l'inconsistance.

2° La légèreté est rare parce qu'elle est difficile.

3° Ce ne sont pas les mêmes choses qu'on tue par le rire ou la colère. Le rire apprend à tuer ce qui défait ou emprisonne, à condition qu'il s'agisse d'un vrai rire, dont ainsi parlait Spinoza : Le rire (rIsus), tout comme la plaisanterie (jocus, le jeu des mots disons) est pure joie (laetitia). (Ethique IVscolie du corollaire 2 prop 45). Il le différencie dans le même scolie de ce qu'il nomme moquerie (irrisio), disons le fait de tourner quelque chose en dérision. Ce rire-là, qui naît dans l'amertume, ne peut alléger.

J'ai appris à marcher depuis ce temps je me laisse courir n'est pas seulement une formule métaphoro-philosophico-prise de tête. Regardez un enfant qui commence à marcher : littéralement emporté par son élan, il court plus qu'il ne marche, tout son corps dansant, chorégraphiant un pas de deux entre la pesanteur et l'envol. (Gadins garantis avant d'atteindre le niveau Pina Bausch et qu'un dieu danse en soi, mais on est tous passés par là).

 

5° Y a-t-il, pour dire l'exultation d'être, un meilleur mot, un autre mot que Maintenant 

09:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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