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24/10/2014

Je hais les désoeuvrés qui lisent

« Il n'est guère facile de comprendre le sang d'autrui : je hais les désoeuvrés qui lisent.

Celui qui connaît le lecteur, celui-là ne fait plus rien pour le lecteur. »

Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra (Lire et écrire)

 

Désoeuvrés traduit le mot Müssiggänger = ceux qui marchent d'un pas traînant, d'un pas de flâneur. Sont visés je pense dans ces lecteurs désoeuvrés ceux qui lisent « en touristes », juste pour voir (ou pour dire qu'ils ont vu). Ceux-là grignotent le texte comme des pistaches à l'apéro : ce n'est pas une vraie nourriture, et on l'absorbe sans y penser, tout à des conversations superficielles. Ces désoeuvrés qui lisent sont donc incapables d'écouter ce texte comme l'être vivant qu'il est pourtant, puisque coule en lui le sang d'authenticité qui est au principe de son écriture.

Quant à la seconde phrase, elle ne suggère évidemment pas d'ignorer les lecteurs, de n'en rien vouloir savoir, de balancer ses écrits sans se demander où ils atterriront et comment ils seront reçus. Je l'entends plutôt comme une mise en garde envers les écrits formatés pour un public et un usage. Et aujourd'hui en outre selon les lois de segmentation d'un marché (procédé qui n'en était qu'aux balbutiements à l'époque de Nietzsche, l'heureux homme).

Un exemple : la platitude conformiste de beaucoup de livres pour enfants et tout-petits. Il semble que la ligne éditoriale consiste dans trop de cas à couvrir toutes les situations, à baliser toutes les étapes d'un parcours normal, ou plutôt moyen. Ou encore à se faire adjuvant de thérapie pour les parcours moins normaux. Heureusement pour nos tout-petits que quelques-uns des éditeurs et des auteurs font encore la part belle à l'imagination, la fantaisie, le non politically correct.

Nietzsche se méfie de prétendre connaître son lecteur. Surtout si c'est dans le but d'apporter réponse à ses besoins supposés d'après cette connaissance prétendue. Il ne s'inscrit pas dans le principe de base de la vente, du negotium : répondre à un besoin supposé, souvent artificiellement créé. Autrement dit Nietzsche n'écrit pas en publicitaire qui cible des lecteurs. Il a compris au contraire, comme Montaigne (ben oui j'y peux rien) que, si l'on veut vraiment faire quelque chose pour le lecteur, il faut avant tout se garder de projeter sur lui quoi que ce soit, et laisser parler en soi non le publicitaire ou le prescripteur, mais le créateur qui donne sa création comme un arbre son fruit.

 

 

 

17:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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