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21/04/2015

Le Chien

Dans les années 1820-23, Goya peint un tableau nommé « Le Chien ». Il a plus de 70 ans. Pas le chien, Goya. Ne me demandez pas à quoi correspond 70 ans en âge chien. Je sais qu'il y a plus ou moins une manip à faire avec le chiffre 7. Ou 6 ou 5 ? Mettons 7, mais faut-il multiplier ou diviser ? 70 divisé par 7 = 10. Multiplié par 7 = 490. Ça fait beaucoup quand même. Divisé donc.

Maintenant la question est de savoir si le chien que peint Goya sur ses 70 ans a le même âge que lui, donc disons 10 ans. J'incline à penser que oui, pour la bonne raison qu'il ne faut pas être grand critique d'art ni très fin psychologue pour deviner que ce chien fait office d'autoportrait.

Il eût été utile, direz-vous, que je misse l'image en question sur cette page ici-même, afin que vous pussiez suivre plus facilement mon petit laïus, qui sera n'en doutez pas fort éclairant. Mais à propos d'autoportrait, parmi mes (nombreuses) qualités figure en bonne place l'incompétence avec les ordinateurs. Peut être le nom et les associations qu'il induit pour moi ? Grand ordinateur, grand inquisiteur, grand gourou, chef en chef, maître des maîtres. Bref le chien de Goya il faut aller le voir par vos propres moyens (en tapant «Goya le chien» par exemple, c'est facile même moi j'y suis arrivée).

Pourquoi faire son autoportrait sous la forme d'un chien ? Goya n'est plus là pour nous le dire. En outre les artistes ne pensent pas, ils créent. La question du pourquoi n'est pas la leur, ils nous la laissent. Dont acte. Mais regardons d'abord l'œuvre de plus près. Le sujet, le chien en question, n'occupe en fait qu'un pourcentage réduit de la toile, seule sa petite tête noire en émerge.

La composition est en trois plans. Au premier plan une sorte de talus couleur terre de Sienne, le bord d'un chemin dirait-on, qui présente sur la moitié droite une brusque pente ascendante.

A l'arrière-plan un fond dans les couleurs ocres qui occupe les 4/5 du tableau. Ce n'est pas tout à fait un ciel plutôt une nébulosité. Vraiment plombé dans la partie supérieure, il s'éclaircit, s'illumine même, en descendant vers le talus. Là précisément où apparaît la tête de chien, située dans le plan intermédiaire entre le fond nébuleux et le talus de terre, un peu à gauche de la brusque montée du talus.

Le chien regarde vers la droite, vers la montée donc, truffe en l'air, oreille en train de se dresser, œil écarquillé. On dirait qu'il surgit de derrière ce talus répondant à un appel, ou attiré par un bruit, un mouvement.

Dans le bouquin où je regarde cette image, le commentaire d'un critique voit dans l'attitude du chien « crainte et résignation ». Je ne me pensais pas jusqu'ici grande spécialiste en comportement canin (vu que j'ai la phobie des chiens, Dieu me muselle je vous l'ai déjà dit, non ?) : eh bien j'ai trouvé plus nul que moi. Un chien résigné baisserait la tête et les oreilles, un chien qui a peur s'aplatirait, se préparerait à faire demi-tour, la queue entre les pattes.

Le chien de Goya, lui, est juste en arrêt. Et, on le devine à sa seule tête (bravo l'artiste), il est aux aguets, tout excité dans l'attente. Attente de quoi  ? Est-ce une attente angoissée ?

(A suivre)

09:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

J'ai suivi vos conseils et, sur internet, demandé à voir le chien de Goya (images); je suis tombée sur une photo de Chantal Goya tenant un bichon, mais le plus terrible a été de voir , juxtaposés, des dizaines de reproductions de la peinture de Goya , chacune avec sa couleur de fond perso, du jaune vif , presque orangé, au gris le plus froid. Le mieux alors, c'est de faire comme si cette peinture était ( presque) en ocre et gris...
Ensuite je me suis aperçue que ce n'était pas un chien, mais seulement la tête d'un chien et j'ai pensé que cela faisait une énorme différence de ne pas savoir quelle était la couleur de son poil, la longueur de ses pattes et la position de sa queue; ce chien est bien moins chien de ne pas être représenté "en patte". Il a considérablement perdu de son animalité en perdant son corps, enfin, assez pour se rapprocher encore plus de moi, une humaine. Alors je le regarde, je le regarde regarder, et je suis fascinée par l'intensité du regard : plus je le contemple,plus il semble concentrer à lui seul le "sens" (?) du tableau.
Les autres éléments, aussi forts soient-ils, ne sont que suggestion, brouillard, lumière diffuse arrêtée d'ailleurs par un graphisme vertical dont on ne comprend pas la présence ( à part les choix de composition) . Tout paraît incertain, vaporeux, instable, passager, insaisissable. La lumière elle-même est loin d'être rassurante... Ce ciel est une interrogation et évoque le vide; bien sûr, il est écrasant par la surface qu'il occupe, disproportionnée, sur la tête du pauvre animal. Le premier plan -l'élément "solide"(?)- fonctionne comme un obstacle visuel et non comme une invitation à l'avancée: une matière purement picturale, qui ne définit aucune terre, pierre, sable, construction, à mes yeux du moins...
De toute façon, ce n'est pas ce qui intéresse le chien qui, lui, a aperçu quelque chose, hors champ, la-haut, il y a quelque chose , autre chose que ce ciel qui n'en est pas un, quelque chose qui le fige. La direction du regard suit la ligne qui ,vers la droite , délimite le premier plan, le" talus cache-chien", et qui suggère une pente très raide, une montée; le graphisme est redoublé par la tension provoquée par la lecture du regard. C'est vraiment une peinture où, croyant sur une petite portion discerner un élément descriptif, descriptible, compréhensible, on en est quand même réduit à ne rien savoir. Le plus important n'est pas donné, n'est pas dit ou je ne l'ai pas lu. Le spectacle , l'événement est hors de notre vision , hors de notre portée (peut-être aussi hors de la portée du chien).Me voici abandonnée , comme le chien, peut-être.
PS: mais peut-être le chien voit-il l'imminence d'une chose joyeuse...

Écrit par : andrée | 22/04/2015

Oui je pense aussi que le tableau joue et nous appelle à jouer sur le rapport champ/hors champ. Ce qu'il y a hors champ, si c'est joyeux ou non, cette interrogation est l'objet des notes que j'ai prévu de publier dans les prochains jours. A suivre donc, et merci de votre lecture !

Écrit par : ariane | 22/04/2015

J'essais : https://www.google.fr/search?q=peinture+chien+de+Goya&biw=1366&bih=633&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=SRdOVafyH8GrUZyogNgP&ved=0CCAQsAQ
une variation de couleur sur le chien de Goya! ;)

Écrit par : chris | 09/05/2015

Merci Chris,

de faire ce que dans mon incompétence technique je ne sais pas faire, et de rendre possible aux lecteurs la visite d'un musée Goya !

Écrit par : Ariane | 10/05/2015

Les commentaires sont fermés.