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04/05/2015

Une voie lactée

Sous la coiffure, le visage allie la sensualité d'une appétissante carnation et de formes pleines (telle chez Homère Hélène « aux belles joues »), et une douceur angélico-maternelle. Alors avec ce fichu qui lui fait comme une auréole laïque, La Laitière nous apparaît comme assez cousine des madones de Raphaël, par exemple. Pas trop vierge mais bien femme. Et surtout très mère, le genre qu'on se blottit contre son giron en souvenir du temps où on tétait encore, le genre qui d'un sourire peut panser une douleur et rendre invraisemblable le malheur du monde.

 

J'ajoute à cela qu'elle présente une ressemblance frappante avec Agnès Jaoui. Quel rapport ? Aucun. Mais 1°) j'adore trouver des ressemblances 2°) quand c'est Swann qui trouve que son Odette ressemble à un Botticelli personne ne lui en fait un flan, voyez ce que c'est le préjugé et 3°) j'apprécie beaucoup Agnès Jaoui, comme actrice aussi bien que scénariste, réalisatrice, chanteuse. (Je ne sais pas si elle peint ?)

 

Mais revenons à notre triptyque, à sa structure globale.

Le chien et St Pierre dirigent tous les deux leur regard vers le haut et vers la droite. La laitière regarde vers le bas à gauche. Rien n'interdit donc d'instituer la laitière en destinataire de l'attitude d'attente du chien comme du geste de supplication de Pierre. Attente et supplication qu'elle accueille pareillement dans sa maternelle bienveillance.

 

Elle accueille, elle écoute peut être. Mais sans répondre, sans agir. Elle n'a rien sous la main pour jouer avec le chien par exemple (ou alors la cruche, mais le jeu serait vite fini). Elle est là, les bras ballants, n'esquisse aucun geste. Donc pas non plus celui de saisir les mains suppliantes de Pierre, de le relever.

 

La laitière se contente d'être là, dans une présence et une attention intenses, mais sans rien faire. Elle se contente d'être là, dans un élan paradoxal, comme est paradoxal le mouvement du tableau. Un élan dont la réalisation, l'efficace sont liés à ses vis à vis du triptyque, à la force de leur attente, de leur abandon. Et à l'attente et l'abandon du spectateur du tableau. (A suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08:52 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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