Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/08/2015

Il fait beau voir

« Direz chantant mes vers en vous émerveillant »

Bonheur c'est vrai de s'émerveiller des belles œuvres. De la tienne Ronsard, qui m'émerveillait déjà quand j'avais l'âge de ton Hélène. Bizarrement, il me semblait que je te comprenais, déjà. Et tu sais quoi il me semble, aujourd'hui encore, que c'était vrai. « Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle ». Ce temps-là c'était déjà aussi le temps que j'étais vieille. Vieille en puissance. La fin déjà là au premier souffle, ver dans le fruit, chenille sur la rose. Une idée que j'ai vite intégrée. Peut être j'aurais pas dû lire tous ces livres, va savoir.

Heureusement la vie n'est pas si mal faite finalement, car s'émerveiller, que l'on ait su ou pas le faire dès son jeune temps, est une chose qui reste possible quand toutes les autres voies au bonheur sont plus ou moins condamnées. Et il se trouve que c'est la chose essentielle.

S'émerveiller de ce qui en vaut la peine évidemment et exclusivement. S'agit pas d'être béat gnangnan. Quoique. Comment en décider, de ce qui vaut la peine ? « Il n'est sujet si vain qui ne mérite un rang en cette rhapsodie » (Essais I,13)

« Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle/ Déjà sous le labeur à demi sommeillant/ Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant/ Bénissant votre nom de louange immortelle »

Savoir si l'employée de maison d'Hélène était jeune ou vieille, c'est pas la question, de toute façon être servante signifie connaître usure et routine. Vivre la vie côté répétition et non créativité, la vie cantonnée à son entretien, à sa reproduction. Obligation qui n'aide pas à exercer la faculté de se projeter, de ressaisir son existence dans un projet. Faculté pourtant tout aussi nécessaire à l'être humain, et nettement plus gratifiante. Raison pour laquelle les hommes ont spontanément tendance à croire qu'elle leur est réservée, et c'est pourquoi ils s'enfilent des bières devant le match à la télé pendant que leur femme fait le ménage et le repassage.

Du moins c'est ce que dit Simone de Beauvoir, dont je viens de résumer à votre intention un chapitre essentiel du Deuxième Sexe. Vite fait bien fait, non ? Bref ceci pour dire que la servante somnolente on peut s'y reconnaître, qu'on soit femme ou homme. On a passé tellement plus de temps à être servante de sa vie qu'à en être maîtresse.

N.B. Le lecteur politisé contestera mon abord métaphorique du concept de servante. Mais si l'usure et la routine ne concernaient que les titulaires d'un CAP de technicienne de surface, je suis pas sûre que ça intéresserait grand monde. C'est injuste et anti-marxiste au possible mais c'est un fait.

Et puis tout cela n'empêche pas que la belle et jeune Hélène aussi c'est moi. Ce fut moi, donc c'est moi. C'est toujours moi. La jeunesse qui fut la nôtre est toujours là, indélébile en nous.

Théorème proustien : Le temps ne passe pas quand on le pense. 

09:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.