Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/12/2015

Narcisse et Surfait

 

« Aucune œuvre d'art n'est assez forte pour survivre à la surdité de ceux qui l'écoutent. » dit Alessandro Baricco (critique musical italien né en 1958).

Dans un film improbable nommé L'enlèvement de Michel Houellebecq, celui-ci à un moment discute d'art avec ses geôliers, faut bien passer le temps. L'un d'eux avance naïvement le nom de Mozart. Alors Mimi lui ronchonne du coin de la cigarette un de ces apophtegmes borborygmés dont il a le secret : Mozart c'est très surfait. Aucun second degré, aucun demi-sourire ni regard entendu. Pas de doute il dit exactement ce qu'il pense. Mozart est surfait.

C'est vrai ça. Au fond Mozart, en un mot, il est quoi ? Surfait. Et Houellebecq il est quoi, en trois lettres ? On dit que les vieux devenant durs d'oreille ont la surdité sélective. Ils sont en priorité sourds à ce qui les gêne ou les ennuie.

Aucune œuvre d'art n'est assez forte pour survivre à la surdité de ceux qui l'écoutent. Réduite qu'elle est à exposer sa subtilité au bourrinage d'auditeurs/lecteurs/regardeurs grossiers & vulgaires, sa fragilité au pinaillage de créateurs ratés qui se font critiques, comment survivrait-elle en effet ?

Mais inversement, il suffit peut être d'un auditeur/lecteur/regardeur vraiment là, présent de tous ses sens et de toute son intelligence, de tout son désir, pour que l'œuvre rayonne de toute sa potentialité d'énergie de vie d'essentielle beauté. Comme il y a un génie de la création, il y a un génie de la réception, et c'est cela qui fait les vrais critiques.

Il suffit d'une seule qualité : l'aptitude à l'admiration. L'admiration est l'exact contraire du narcissisme. « Je n'ai point cette erreur commune de juger d'un autre selon ce que je suis. (...) Et de fait je les aime d'autant plus qu'ils sont autres que moi. » (Essais I, 37 Du jeune Caton)

Bon OK Mozart peut ennuyer, à chacun son penchant esthétique et Mimi penche glauque. Une chose est sûre Amadeus ne gêne plus personne, le complexe de Salieri est globalement liquidé. En revanche, je gage que Mimi, si on le pousse un peu, est prêt à balancer plein d'autres noms de surfaits.

Moins morts que Mozart, plus écrivains concurrents par exemple. Et qui ceux-là le gênent grave. Dans la course à la réputation, à la reconnaissance, aux prix littéraires, à l'argent (faut bien payer ses clopes). Ils irritent en son ego souffreteux le narcissisme des petites différences.

Lequel hélas étend ses ravages bien au-delà du faubourg Saint-Germain. Et là est la vraie tragédie. Car si le ridicule houellebecquien ou autre ne tue pas, la rivalité absurde de tant d'êtres humains (ou groupes, ou pays) pourtant si proches, aux intérêts réels si convergents, à propos de différences minuscules et fantasmatiques, les tue, eux, si j'ose dire pour de bon.

Je ne vois qu'une explication : ils doivent trouver surfaite la petite musique de la vie.

Conclusions 1) il n'est pire sourd que qui ne veut entendre mais 2) à bon entendeur salut.

 

 

12:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.