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19/03/2016

Nature

 

« Nous avons montré, dans l'Appendice de la Première Partie, que la Nature n'agit pas en vue d'une fin ; car cet Étant éternel et infini que nous appelons Dieu, autrement dit la Nature, agit avec la même nécessité par laquelle il existe. »

La préface de la partie 4 de l'Éthique est un grand moment du livre (tout comme l'Appendice P1 mentionné). Un grand moment de la philosophie, et un grand moment tout court.

On y est emporté par un raisonnement rapide et puissant comme le cours d'un grand fleuve. Un raisonnement tout simplement beau, de cette beauté fortement architecturée et subtilement ouvragée à la fois qui est celle de l'ouverture d'un opéra de Mozart. (Pour prendre un exemple raccord côté génie).

 

« Dieu autrement dit la Nature » Deus sive Natura : trois mots qui ont fait couler pas mal d'encre et de salive.

Déjà séparément chacun des deux poids-lourds, Dieu et Nature, a pu en compter des océans à son actif, dans plein de livres philosophiques ou pas. Dans plein de lieux, communs ou pas.

Des mots qui ont fait couler aussi d'autres liquides disons moins anodins, sueur, sang.

Mais dans l'Éthique c'est la collision des deux qui a suscité commentaires & interprétations. Le petit mot-cheville « sive » (= ou bien, autrement dit) y joue la vedette.

Rôle rare pour un mot de sa catégorie : conjonctions, prépositions et autres outils qu'on emploie sans y prêter grande attention. Et qui pourtant portent parfois, comme ici, l'essentiel du propos.

« Autrement dit » marque l'identité des deux notions, puisqu'elles peuvent être nommées par l'un ou l'autre mot indifféremment. Quoique.

Plutôt qu'identité qui considère un rapport entre essences, il s'agit d'identification. Car si DSN (deussivenatura) « agit par la même nécessité par laquelle il existe », cela signifie

1) DSN n'a d'existence que dans un processus, une dynamique. « L'existence de Dieu et son essence sont une seule même chose. » (Partie 1 prop 20)

2) Il s'agit d'un déploiement sans fin, aux deux sens. Comme Bayard est sans peur et sans reproche, DSN est sans terme et sans plan/projet préexistant.

3) Il n'y a donc personne aux commandes, un créateur, un démiurge ou quoi que ce soit, qui serait occupé à tout superviser ou providentialiser depuis un PC extérieur au réel. Rien d'autre n'est que ce qui est en réalisation dans le processus d'existence.

 

C'est ainsi que Spinoza dissout la distinction immanence/transcendance.

En d'autres termes, « Dieu » est soluble dans l'existant « Nature ». Ce qui est tout simplement l'expérience pratique.

Si on boit un café sucré, on ne boit pas sucre d'un côté et café de l'autre. Cela dit y a ceux qui sucrent et ceux qui sucrent pas.

Y en a aussi qui édulcorent à l'aspartame, ce qui complique la question je vous l'accorde. (Pour moi ni sucre ni sucrette mais du lait SVP).

 

09:23 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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