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17/03/2016

Main

 

« J'en viens maintenant à expliquer les choses qui durent nécessairement suivre de l'essence de Dieu, autrement dit de l'Étant éternel et infini.

Pas toutes, évidemment, car il dut en suivre une infinité d'une infinité de manières, nous l'avons démontré à la prop 16 part 1,

mais seulement celles qui peuvent nous conduire comme par la main à la connaissance de l'Esprit humain et à sa suprême béatitude. »

Introduction à la partie 2 de l'Éthique.

Dans un tel passage, tout Spinoza est là, ou du moins beaucoup de ses facettes. Un échantillon représentatif disons.

« J'en viens maintenant à expliquer ». Une AISI qui frise la provocation.

(AISI ? Faut suivre, hein : cf Humilité. Ça y est, vous l'avez ?)

« Bon les mecs sans me vanter j'ai expliqué Dieu sa vie son œuvre : ça, c'est fait. Pour le reste I can pareil dans la foulée. Alors on s'y met, parce que c'est pas tout ça j'ai des lentilles sur le feu, moi. »

 

« Nous l'avons démontré à la prop 16 part 1 ». Genre le prof qui veut pas perdre l'attention (qu'il sait si fluctuante) de sa classe, et multiplie les balises sur le parcours.

Une incise comme un repentir après le évidemment un peu trop vite lâché.

« Ouh là quand ils prennent ce regard vide, c'est qu'ils décrochent. Et en plus y en a pas un qui lèverait la main pour poser une question. C'est à se demander s'ils ont envie de comprendre. Bon. Allez. L'enseignement est l'art de la répétition.

Et l'éthique un art martial ».

 

« Nous conduire comme par la main ». Dieu me blinde : émouvant, non ? Sollicitude fraternelle, patermaternelle. Comme on tend la main à l'enfant qui commence à marcher.

Dans l'Éthique on a affaire à la froide rigueur du raisonnement abstrait. Parfois en corollaire à une certaine humeur due à la lenteur de comprenette (supposée à juste titre) des lecteurs.

Et puis, de temps en temps comme ici, affleure le cœur, le noyau lumineux et chaud au principe du texte. Dans toute sa générosité (cf ce mot) Spinoza convie ses co-humains à partager la béatitude qu'il a cherchée au prix de veilles et de deuils.

Et pourtant, (et on dirait que le texte le découvre en le formulant, là est son charme pour moi) c'est la vie elle-même qui nous y mène comme par la main.

Une béatitude, déplorons-le au passage, que stupidement rata Melle Vanden Ende, refusant à Baruch Spinoza sa main à elle.

 

Cela dit, ça ne vous aura pas échappé, il reste un léger détail dans la citation ci-dessus. « Dieu autrement dit l'Étant éternel et infini. »

Dieu me turlupine, dira le lecteur, je brûle de savoir 1) qui est « Dieu » au fond pour Spinoza, 2) comment cette pauvre Ariane va s'en dépêtrer.

Eh bien réjouis-toi lecteur, la prochaine fois tu iras d'illuminations en eurêkismes, quand notre abécédaire abordera le N comme … comme ?

(Trop fort le suspense !)

 

10:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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