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30/08/2016

Au dispensaire

 

La maison médicale affichait, en guise de plages d'accueil des patients, bien peu de temps dans la semaine, une matinée ici, une matinée là.

« Mais ne soyons pas difficiles » se disait-il « déjà bien beau qu'il y ait ce pôle médical dans ce coin paumé ».

La maison accueillait maints spécialistes, sauf celui dont avait besoin sa femme. Elle, c'était dans la tête, le souci. Enfin dans la tête vite dit. C'était une question aussi de fonctionnement d'ensemble.

Sa façon avec la vie, globalement.

Elle avait comme un don. Le don de la négativité. On a les dons qu'on peut, oui. Mais n'empêche que souvent l'agacement le gagnait.

Ainsi en ce moment. Ils étaient en vacances, sans soucis, sans obligations. Bon, ce n'était pas Venise ici, mais c'était un petit village plein de séduction, avec un mini-canal, et un pont ancien. Un lieu où l'abandon au fil du temps était si simple, si on le voulait.

Mais elle, elle ne le voulait pas. Elle n'avait pas le sens de l'abandon, de la paix. Elle avait le gène de la gêne, se disait-il avec dépit et quelque méchanceté. Avec honte de sa méchanceté.

Elle en bavait aussi, il le savait bien. Elle se gâchait la vie avant tout à elle-même. Mais il n'avait plus le feeling SOS-mélancolie. Il avait tant écouté. Il avait tant consolé. Et maintenant, au bout du bout ?

À quoi bon toute l'affection dispensée sans cesse depuis ces années, cet attachement indéfectible qu'il lui avait donné.

Elle n'avait jamais cessé l'évocation (la menace) de son suicide. Soudain il se sentait usé. Il osait, en un coin caché de lui-même, l'aveu odieux : eh bien qu'elle le fasse, tant pis, si la vie (la vie avec moi) lui pèse à ce point …

Il chassa la pensée. En attendant, assis au seuil de la maison médicale, il jeta un coup d'œil à sa liste. Il ne fallait pas d'oubli. Il avait bien noté tous les noms des pilules et cachets, comme à chaque visite.

Elle avait ses habitudes. Sa potion destinée aux maux d'estomac, son baume ou quoi que ce soit qu'elle appliquait à ses aphtes. Son machin soignant l'hypotension. Et puis il y avait aussi un quelque chose bonifiant un peu le tonus des muscles.

Tout cela, ça va de soi, en plus de ses pilules anti-mélancolie.

Cette accumulation de médicaments semblait indispensable à sa consolation. Il ne se demandait plus si c'était bon, mauvais, la fameuse balance bénéfices/dommages, il ne s'affolait plus devant l'addiction où elle était enclose. Sa vie était ainsi.

Sa vie ...

Elle attendait debout à côté du banc, les yeux au sol, comme une gamine punie, paumée. À nouveau il se dit : eh bien si elle le faisait, si elle se suicidait, tant pis.

Et puis insensiblement vint la pensée : mais toute seule, c'est pas si facile, elle a besoin d'aide, en fait.

Il la contempla un instant, puis il dit : « Ne t'inquiète pas, je suis là ».

 

11:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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