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21/10/2016

Be yourself ?

« Il me semble que qui sollicite pour les autres a la confiance d'un homme qui demande justice ; et qu'en parlant ou en agissant pour soi-même, on a l'embarras et la pudeur de celui qui demande grâce. »

La Bruyère Les Caractères (De la cour 87)

 

Je me reconnais à 100%, sans me vanter. Quoiqu'à vrai dire il n'y ait vraiment pas de quoi se vanter. Car il s'agit là d'un stupide mécanisme d'échec.

Juste pour moi, c'est pas la peine : est-ce que je le mérite ? Pensée aussi inutile que ravageuse, dîme versée au sentiment inconscient de culpabilité (dirait Papa Freud), surdité à son conatus (dirait l'ami Spinoza).

N'empêche je reste toujours stupéfaite devant ces gens qui sollicitent, parlent ou agissent pour eux-mêmes, en trouvant cela absolument normal et justifié. Ils ne leur traverse pas l'esprit une seconde de se demander s'ils le méritent.

Occuperont-ils avec compétence le poste qu'ils revendiquent ? Feront-ils bon emploi de l'argent ou du pouvoir pour lesquels ils sont prêts à faire tout ce qu'il faut, comme les autres ? Ce n'est pas leur question. Ils veulent ce qu'ils veulent, c'est tout.

Pour eux c'est un dû, pas une grâce.

Certains d'entre eux, cependant, sont parfois prêts à solliciter pour les autres.

1)À condition que cela ne risque pas de gêner leur propre avancement, ou simplement de les gêner tout court, de les importuner un tant soit peu.

2)Ils le feront d'autant mieux si ces autres les paient d'une manière ou d'une autre pour cela, ou si c'est l'occasion de se pousser eux-mêmes du même mouvement, faisant d'une pierre deux coups.

Ils seront nettement moins nombreux à se faire défenseurs de la veuve insolvable, surtout si elle est moche, de l'orphelin ingrat au physique et au moral qui oubliera de chanter leurs louanges.

1)Ce n'est pas que je prétende en être capable, ça va sans dire. Jouer les tartuffes donneurs de leçons, voilà qui serait du dernier disgracieux.

2)Au passage : d'où la difficulté à trouver le ton pour faire écho à ces sentences désabusées. Un ton pas trop scrogneugneu ni moralisateur. Imaginez-vous combien c'est difficile ?

3)Ah tiens ne voilà-t-il pas que je parle pour moi-même ? Je progresse.

 

Bon allez, je vous dis tout. Cette phrase m'a accrochée alors que je ramais sur mon dossier de liquidation de retraite, submergée par un tsunami paperassier et les larmes d'angoisse en découlant.

Eurêka ! (ai-je pensé) : l'embarras et la pudeur de celui qui demande grâce, voici donc l'explication de ma phobie administrative.

Car j'en suis un spécimen fort représentatif, et 100% authentique, contrairement à d'autres. Sans me vanter.

 

 

10:34 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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