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Dédain civilisé

 

« Montrer de la colère ou de la haine dans ses paroles ou ses traits est inutile, dangereux, imprudent, ridicule, vulgaire. »

Schopenhauer (Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

Faites ce que je dis mais pas ce que je fais, Hegel en est témoin. Et il est loin d'être le seul. Colère, haine, peut être pas, mais en tout cas Schopenhauer est du style à balancer des mégatonnes d'ironie dans ses phrases missiles.

Et les cibles ne manquent pas. Y en a pour tout le monde : un festival d'invectives qui évoque Nietzsche, nourri de Schopenhauer comme on sait. (cf ce blog 28-1-2015)

Un incontournable : les femmes. Ève en fut réduite au pagne en feuilles de figuier, mais nous ses filles on peut remercier Arthur pour la garde robe.

« juvéniles, futiles et bornées (...) une sorte d'intermédiaire entre l'enfant et l'homme. »

« Que peut-on attendre de la part des femmes, si l'on réfléchit que, dans le monde entier, ce sexe n'a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une œuvre complète originale dans les beaux-arts, ni en quoi que ce soit un seul ouvrage d'une valeur durable. » (Parerga et paralipomena)

 

D'un autre côté les femmes sont vengées par ceci :

« On peut voir, comme symptôme extérieur de la grossièreté triomphante, la compagne habituelle de celle-ci : la longue barbe ; cet attribut sexuel au milieu du visage indique que l'on préfère à l'humanité la masculinité commune aux hommes et aux animaux. On veut avant tout un homme, et seulement après un être humain. La suppression de la barbe, à toutes les époques et dans tous les pays hautement civilisés, est née du sentiment légitime opposé : celui de constituer avant tout un être humain in abstracto, sans tenir compte de la différence animale de sexe. La longueur de la barbe a toujours, au contraire, marché de pair avec la barbarie, que son seul nom rappelle. » (P&P)

 

Ou encore ce trait joliment cinglant balancé à Napoléon (forcément, une idole de Hegel).

« Tout faible garçon qui, par de petites méchancetés, se procure un mince avantage au détriment des autres, si peu grave que soit ce détriment, est aussi méchant que Bonaparte. » (P&P)

 

Cependant il me semble que, comme chez Nietzsche, l'insulte dessine en creux les valeurs que l'insulté bafoue. En un sens elle témoigne, mieux que l'indifférence, d'une foi en l'amélioration de l'humanité, d'une ardeur, d'un désir.

Avec un soupçon de bienveillance, cette pratique rejoindrait ce que Carlo Strenger nomme le dédain civilisé.

Attaquer sans pitié paroles ou actes que l'on considère comme négatifs et dangereux pour le corps social, mais sans disqualifier les personnes.

Ouvrir une porte à un au-delà de la bêtise ou de la méchanceté, mais qui ne serait pas interdite aux méchants cons eux-mêmes.

Un sacré programme.

 

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