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19/10/2019

Nature et précision (2) Ni ni

« cet étant éternel et infini que nous appelons dieu, autrement dit la nature »

(Préface Part.4 de l'Éthique)

Le rapprochement dieu/nature a parfois suscité le réflexe lexico-pavlovien de coller l'étiquette panthéisme sur la pensée de Spinoza. Simpliste, non ? Absurde, surtout. Spinoza était un type conséquent dans sa lucidité : il ne se serait pas escrimé à dissoudre l'image monothéiste pour diffracter ensuite le divin dans un kaléidoscope.

D'accord le panthéisme a ses atouts. C'est mimi et poétique, a priori plus inoffensif que le monothéisme (qui induit logiquement une pensée totalisante et exclusive, même si heureusement tous les monothéistes ne sacrifient pas à cette logique). Mais cela n'empêche qu'il participe du même tropisme de transcendance. Le panthéisme est transcendance camouflée, comme infusée à l'intérieur du réel.

Pour Spinoza c'est kif kif, auquel répond son ni ni. Ni dieu-maître, ni non plus nixe nicette au cheveux verts et naine (c'est d'Apollinaire : joli, non ?)

 

Sa nature à lui, estampillée DSN, est pure et simple, par-faite dit-il. Porteuse par elle-même et elle seule de la potentialité de se réaliser. L'occasion de vous seriner ma citation-fétiche Par réalité et perfection j'entends la même chose. (Part.2 déf.6 reprise dans appendice Part. 4).

DSN est donc sans « arrière-monde », comme dirait Nietzsche, qu'on situe ledit arrière-monde au-delà ou en dedans. Mais précisons encore.

La nature estampillée DSN n'est pas à identifier aux choses de la nature, fleurs, petits oiseaux, gros poissons, araignées, mammifères humains ou pas, graminées, volcans, fleuves. Ni même étoiles trous noirs cellules atomes quarks voire boson de Higgs.

Elle inclut tout cela, incluant tout le réel réalisé. Mais le terme désigne aussi bien les lois physiques de la matière, du mouvement, de l'énergie. C'est une fonction nature-espace-temps, en permanente potentialité de réaliser du réel.

 

En conclusion je dirai que Spinoza ne voit pas d'incompatibilité entre les points de vue d'Albert Einstein et de Nicolas Hulot. Remarquons cependant qu'il voit plutôt les choses à la façon d'Einstein.

Nobody's perfect.

 

11:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

C'est parfait !
Spinoza c'est comme un bon vin, on est toujours partant pour un autre verre.

Écrit par : clodoweg | 20/10/2019

Merci : j'ai toujours peur de saouler les lecteurs avec mes monomanies ...

Écrit par : Ariane | 21/10/2019

Les commentaires sont fermés.