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21/10/2019

Quand il se fait

Maintenant que la nature spinoziste n'a plus de secrets pour nous (quoi on peut plus plaisanter ?), reprenons l'esprit serein la lecture de la partie 3.

L'étude des affects commence par trois définitions, un triangle de base sur lequel Spinoza va pouvoir édifier sa construction en bon ordre géométrique.

Il pose deux couples en tension, cause adéquate/inadéquate (déf 1) et agir/pâtir (déf 2), qui permettront de paramétrer définitions et propriétés des affects.

La cause est dite adéquate si elle est nécessaire et suffisante pour produire un effet. La cause inadéquate n'est qu'une partie d'un ensemble des causes.

 

À partir de là, « Je dis que nous agissons, quand il se fait, en nous ou hors de nous, quelque chose dont nous sommes cause adéquate (…) Et je dis au contraire que nous pâtissons quand il se fait en nous quelque chose, ou quand de notre nature il suit quelque chose dont nous ne sommes la cause que partielle. » (Éthique partie 3 définition 2)

 

Notons d'abord ce je dis qui se retrouve souvent sous la plume de Spinoza.

Il correspond à la volonté d'éviter les embrouilles des termes philosophiques qui signifient des idées confuses au plus haut degré (Part.2 prop.40 scolie1). Présenter ses acceptions de termes non comme générales mais comme siennes évitera les controverses purement lexicales. (Pour se concentrer sur le fond du débat).

« Mon dessein n'est pas d'expliquer le sens des mots mais la nature des choses, et de désigner celles-ci par des vocables dont le sens usuel ne soit pas complètement incompatible avec le sens que je veux leur donner dans mon usage, que cela soit dit une fois pour toutes. » (Part.3 explication déf.20 Indignation)

(Bon en fait il considère que le sens qu'il leur donne est, sinon le seul valable, du moins le mieux pensé).

 

Ensuite on voit que le rapport entre agir et pâtir est plus complexe que ne le laisse supposer, précisément, l'usage habituel de ces termes.

Agir ne se résume pas à faire, à jouer dans le film : c'est maîtriser le scénario et la réalisation. Pâtir n'est pas exactement, ou seulement, subir : c'est ne pas comprendre ni pouvoir grand chose au film dans lequel pourtant on joue.

Les deux sont mis en facteur commun sous la formule il se fait quelque chose dont nous sommes cause (adéquate ou inadéquate).

 

Remarquons son côté provocateur : Spinoza, avec l'impersonnel il se fait (latin fit), exclut ici ce qu'on a coutume de considérer comme le schibboleth de la morale : le libre arbitre. (cf 17 juillet 2019 Corollaire spinoziste)

 

08:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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