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27/11/2019

Satisfaction de soi

« La joie qu'accompagne l'idée d'une cause intérieure, nous l'appellerons gloire (gloria) et la tristesse qui lui est contraire, honte (pudor) : entendez, quand la joie ou bien la tristesse naît de ce que l'homme se croit loué ou bien blâmé ;

autrement, la joie qu'accompagne l'idée d'une cause intérieure, je l'appellerai satisfaction de soi (acquiescentia in se ipso), et la tristesse qui lui est contraire, repentir (penitentia). »

(Spinoza Éthique part.3 scolie prop.30)

 

Le tableau des affects continue à se remplir en fonction du double paramétrage sujet/objet/tiers et joie/tristesse.

Ce qui différencie gloire et satisfaction de soi, et en parallèle leurs versions « attristées » honte et repentir, c'est l'intervention supposée d'un tiers par qui on se croit loué ou blâmé.

Voilà qui nous ramène au phénomène spéculaire fondamental de l'inter-subjectivité humaine, illustré par deux voyageurs dans un train et un enfant très malin (cf Spéculation).

Le mot gloire, dans ses connotations optiques (cf rayonnement), dit bien cette spécularité.

 

Arrêtons-nous sur les autres termes.

L'acquiescentia in se ipso est un affect fondamental dans le système spinoziste. Il exprime la ratification personnelle de chacun au conatus, une reconnaissance de soi :

« ça c'est vraiment moi, je peux persister et signer ».

Le terme latin en rend compte plus clairement que sa traduction satisfaction de soi, qui fleure un peu son petit Narcisse. Je l'ai déjà dit (et souvent) acquiescentia, formé sur la racine quies (repos), exprime le fait de trouver sa pleine assise, de pouvoir se poser sans in-quiétude.

Le fait que ce soit in se ipso, en soi-même, assure cette assise en la soustrayant à la dépendance du regard d'autrui.

Elle est ainsi un bon antidote aux flottements d'âme dont rend passible l'intersubjectivité. Cet antidote doit son efficacité, sa vertu, à l'effet-puissance porté par l'affect joie. Une joie (qu'accompagne l'idée d'une cause) intérieure.

Intériorisation source d'autonomie, car elle libère du (supposé) regard évaluateur de l'autre, de sa louange ou de son blâme.

 

Quant aux tristesses aux noms déconcertants de pudor et penitentia, on en parle la prochaine fois. Et avec en prime la fin bien marrante de ce scolie.

 

08:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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