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15/12/2019

Balance ton bourrin

« N'importe quel affect de chaque individu discorde (discrepat = dissonne) de l'affect d'un autre autant que l'essence de l'un diffère de l'essence de l'autre. »

(Spinoza Éthique part.3 prop.57)

 

Dans la démonstration, Spinoza rappelle que tout affect dérive du désir, coloré en joie ou tristesse (cf scol prop.11), ce désir qui est « la nature ou l'essence-même de chacun » (dém prop.57)

« De là suit que les affects des animaux que l'on dit privés de raison (car les bêtes sentent, nous ne pouvons absolument plus en douter à présent que nous connaissons l'origine de l'esprit) diffèrent des affects des hommes autant que leur nature diffère de la nature humaine. Cheval et homme, c'est vrai, sont tous deux emportés par la lubricité de procréer ; mais l'un, c'est une lubricité de cheval, et l'autre, d'homme.

(scolie prop.57)

 

La parenthèse est clairement un « à bon entendeur salut » à destination de certains de ses amis cartésiens trop cartésiens, accrochés au concept des animaux machines. La fin de la phrase montre cependant que ce n'est pas pour autant que Spinoza fait dans l'antispécisme.

Pour lui un être humain a quelque chose, sinon de plus qu'un animal, du moins de vraiment différent.

Où se joue la différence ? « Un homme ça s'empêche » dit Camus. C'est le choix d'un moins qui permet un mieux.

Dans ma partialité, voire mauvaise foi bien féminine, je me demande si la phrase vise l'être humain en général ou un peu plus les mecs ?

Spinoza pour sa part écrit homo et pas vir. Cependant l'exemple semble adresser le message plutôt à ses frères en virilité « eh les mecs, soyons des amoureux et pas des bourrins ».*

 

« Le contentement de l'un discorde en nature du contentement de l'autre autant que l'essence de l'un diffère de l'essence de l'autre. Il suit (…) que la différence non plus n'est pas mince entre le contentement qui, par ex. mène l'ivrogne, et le contentement que possède le philosophe, ce que j'ai voulu faire remarquer au passage. »

(scol prop.57)

 

Voilà qui sent encore le sous-texte**. Pas nécessairement ou seulement à destination des autres. On peut aimer le vin et la philosophie.

Et donc risquer d'être mené (ducitur) par un contentement ivrogne : face passive. Mais, face active, le contentement du philosophe est dans le pouvoir (le texte dit potitur) qu'il possède.

Lequel ? Ne pas se laisser mener par le bout du nez (ou tout autre bout), mais au contraire prendre les choses par le bon bout de la raison (selon l'expression de Rouletabille, autre éminent philosophe).

 

*Du point de vue philosophique on est loin du cynisme de Diogène.

**(cf D'une âme ingrate)

 

08:44 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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