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26/10/2020

Et quand personne (2/17) Ai-je perdu mon temps

« Voire mais on me dira que ce dessein de se servir de soi pour sujet à écrire serait excusable à des hommes rares et fameux qui, par leur réputation, auraient donné quelque désir de leur connaissance (…)

Cette remontrance est très vraie, mais elle ne me touche que très peu : je ne dresse pas ici une statue à planter au carrefour d'une ville, ou dans une église, ou place publique.»

(Montaigne Essais II,18 Du démentir)

 

Comme je l'ai déjà noté (cf ma lecture du chap De l'art de conférer note 14/14 du 9-07-20), pour sincères que soient de telles assertions chez Montaigne, elle ont un petit côté prétérition, style « je dis pas ça pour ça, mais bon je le dis quand même ».

 

En outre un des sens possibles de l'idée de démentir, titre du chapitre, serait déni, voire dénégation.

La dénégation c'est quoi ? Cette femme dans mon rêve n'est pas ma mère, c'est sûr, dit le patient, convaincu qu'il dit vrai.

Mais Freud : au contraire c'est sûr que c'est sa mère, et sa dénégation lui permet de (se) le cacher. Reste à savoir pourquoi, ce que l'analyse du rêve nous dira (peut être).

 

Dans ce chapitre Montaigne essaye de se convaincre lui-même le premier de ce qu'il avance. En ce qui concerne le sujet de notre parcours :

« Et quand personne ne me lira (et même si personne ne me lisait), ai-je (aurais-je) perdu mon temps de m'être entretenu tant d'heures oisives à pensements si utiles et agréables ? (...)

Combien de fois m'a cette besogne diverti de cogitations ennuyeuses (attristantes) ! Et doivent être comptées pour ennuyeuses toutes les frivoles. » (II,18)

 

La fin est très vraie à mon goût, la frivolité a tendance à me déprimer grave (attention je dis bien frivolité, pas légèreté) (les deux n'ont rien à voir).

 

Quant à la première phrase, j'y trouve quelque consolation dans l'aquoibonisme qui me saisit parfois devant l'inanité de mes cogitations zé élucubrations (mais non je dis pas ça pour qu'on me dise mais non) (quoi dénégation ?).

 

Une phrase qui fait diptyque avec le propos connu de Montesquieu :

« Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure d'étude ne m'ait ôté ».

 

07:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

De fait, tes cogitations ne sont pas complètements inutiles : il y a des gens qui les lisent et les utilisent pour nourrir leurs propres cogitations.

Écrit par : clodoweg | 30/10/2020

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Merci, Clodoweg. Oui la raison pour laquelle je continue à communiquer, c'est que je sais qu'il existe de ces "suffisants" lecteurs" dont parle Montaigne, qui, de tout ce qu'ils lisent, qu'ils soient d'accord ou pas, qu'ils apprécient ou pas la manière d'écrire, que ce soit dans leurs préoccupations premières ou pas, trouvent à faire leur propre miel.

Écrit par : Ariane | 31/10/2020

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