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Ni obéir ni commander

« n°117 : Remords du troupeau.

(…) On ne se sent aujourd'hui responsable que de ce que l'on veut et fait et l'on place sa fierté en soi-même : tous nos professeurs de droit partent de ce sentiment de soi et de ce sentiment de plaisir de l'individu comme si de tout temps la source du droit avait jailli d'ici.

Mais durant la plus longue période de l'humanité, il n'y avait rien de plus terrifiant que de se sentir individu. Être seul, avoir une sensibilité singulière, ni obéir ni commander, avoir le sens d'un individu – ce n'était pas alors un plaisir, mais au contraire un châtiment ; on était condamné « à l'individu ». La liberté de penser était ressentie comme le malaise même.

Alors que nous éprouvons dans la loi et l'insertion dans un ordre comme une contrainte et un dommage, on éprouvait alors dans l'égoïsme comme une chose pénible, une véritable détresse.(...)

Tout ce qui nuisait au troupeau, que l'individu l'ait voulu ou ne l'ait pas voulu, procurait alors à cet individu un remords – et en outre à son voisin, voire même au troupeau tout entier ! – C'est sur ce point que nous avons le plus changé d'école. »

(Friedrich Nietzsche Le Gai Savoir Troisième livre)

 

Certes je ne regrette pas que nous ayons changé d'école, et que la liberté individuelle soit devenue une valeur.

Et je mesure ma chance d'être de ceux, de celles surtout, à qui elle est offerte, par la grâce de nos régimes démocratiques.

Et je mesure de même la tragédie pour l'humanité que cette valeur, la liberté individuelle, soit répudiée, malmenée dans tant d'endroits du monde, où prévaut la logique de troupeau.

Qu'elle se veuille clanique, ethnique, nationaliste, religieuse, elle est à la fois rouleau compresseur de terreur écrasant les individus, et construction d'une pyramide de servitude volontaire, de soumission aux chefs, dans l'espoir de profiter de miettes de pouvoir, en termes réels ou symboliques.

Espoir littéralement pervers, car il rend passible de toutes les aliénations.

 

Le seul point sur lequel on peut admettre une certaine logique de troupeau est la réponse au péril écologique, en ce qu'il menace la survie du grand troupeau humanité. Mais une logique qui ne peut pas, ne doit pas, répudier la liberté individuelle. Pas facile, c'est clair.

En trouver les voies est précisément un des grands enjeux actuels de la démocratie, et des quelques îlots où elle résiste, notre construction européenne par exemple.

 

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