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L'herbe des champs qui est là aujourd'hui (8)

« Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. » (Matthieu 6, 24)

Jésus de Nazareth ne semble pas un adepte du « en même temps ». Il faut entendre les termes dans leur force. Servir a le sens de se dévouer totalement à, tout faire pour. Quant à l'Argent, avec la majuscule, il s'agit de Mamon : l'argent déifié, l'argent qu'on idolâtre.

Mais le texte ne s'appesantit pas sur ce qu'il donne pour une évidence, il prend une autre perspective.

« Voilà pourquoi je vous dis : ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? » (Mtt 6, 25)

Là on se dit : il est bien gentil, le rabbi Jésus, mais il plane un peu, non ? La vie est plus que la nourriture, d'accord, mais sans nourriture, la vie est vite terminée. Et comment concilier ceci avec « donne-nous aujourd'hui le pain dont nous avons besoin » ? (cf 7)

L'apparente contradiction se dénoue par le mot « aujourd'hui » qui apparaît de plus en plus comme un mot-clé de tout ce discours sur la montagne.

On a déjà relevé en effet (cf 1) l'opposition de temps il a été dit/ je vous dis : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens (…) et moi je vous dis ».

Après l'opposition passé/présent, re-dire/dire à nouveau, l'aujourd'hui va être mis en regard du futur, de l'avenir.

« Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? (…) Observez les lis des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent, et je vous le dis Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux ! Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs qui est là aujourd'hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! » (6, 26-30)

Un texte poétique avant tout, que le poète François d'Assise aimait citer, lui qui posait sur la simple beauté de la nature un regard émerveillé.

Mais passé ce moment poétique on se dit : les oiseaux n'amassent pas dans les greniers, je veux bien, mais ils ne se gênent pas pour picorer dans les réserves que les hommes amassent.

Et que les hommes ont raison d'amasser, d'ailleurs : le miracle de la manne, c'est pas ad vitam aeternam … Sans se faire esclave de l'argent et de l'accumulation, sans devenir un gros méchant capitaliste, il faut bien s'occuper du nécessaire pour vivre, non ?

On verra la prochaine fois comment le texte entend cette objection, et résout la tension entre confiance et prévoyance.

 

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