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11/05/2013

B.attitude (3) Adhérer au M.L.M.

 

 

Voici comment Spinoza présente le plan de son livre.

 

Ethique démontrée selon l'ordre géométrique et divisée en cinq parties dans lesquelles il s'agit

1 de Dieu

2 de la nature et l'origine de l'Esprit

3 de l'origine et la nature des Affects

4 de la Servitude humaine, autrement dit des Forces des Affects

5 de la Puissance de l'Intellect, autrement dit de la Liberté humaine.

 

Plan organisé sur deux couples de forces antagonistes, affects/intellect et servitude/liberté. La B. attitude se construit comme la résultante de ces forces en tension. La vie dans le bien être a pour condition la liberté. Mais, semblable au caminar caminando de Machado,la liberté est le mouvement de se libérer.

 

Précision sémantique pour intellect. Spinoza utilise le mot latin intellectus, substantif formé sur le verbe intellegere. Intellegere = inter legere = prélever des éléments dans un ensemble. Il s'agit d'une faculté de discernement. Se repérer dans le foisonnement contradictoire du réel, trouver des paramètres de classement pour les perceptions, pensées, sentiments.

 

Le bon outil pour l'intellect est l'ordre géométrique. Pourquoi ? Parce qu'il met de côté les affects. Et donc les désirs qu'ils provoquent. Ainsi choisir l'ordre géométrique c'est observer la réalité sans aucun préjugé, au lieu de prendre ses désirs pour la réalité. Ordre géométrique : garde-fou anti fantasmes.

 

L'explication est donnée dans l'Appendice de la 1° partie.

Spinoza y déroule le lien logique entre le préjugé finaliste de l'homme et sa projection anthropomorphique dans des figures transcendantes.

 

Tous les préjugés que j'entreprends de dénoncer ici dépendent de cela seul que les hommes supposent communément que toutes les choses naturelles agissent comme eux en vue d'une fin, et vont même jusqu'à tenir pour certain que Dieu lui-même règle tout en vue d'une certaine fin précise (ils disent en effet que Dieu a tout fait en vue de l'homme, et a fait l'homme pour qu'il l'honore) …

L'ennui, et les hommes l'ont vite vu, c'est qu'il y a comme un loup : nombre d'incommodités, telles que tempêtes, tremblements de terre, maladies etc., c'est à dire une malfaisance naturelle pour laquelle les dieux, dans une logique finaliste, n'ont pas d'alibi.

D'où l'idée des dieux style pères fouettards, option sévères-mais-justes : le mal est la punition pour les péchés commis contre leur culte. En somme, le mal, c'est leur droit, parce qu'ils le valent bien.

 

L'ennui, et les hommes ont fini par le voir, c'est que mal et malheur frappent sans discrimination, commodités et incommodités arrivent indistinctement aux pieux et aux impies. Et la justice alors ? Damned que faire ?

Facile, les hommes trouvent le truc pour sauvegarder leur préjugé finaliste : la transcendance. D'où vint qu'ils tinrent pour certain que les jugements des Dieux échappent de très loin à la prise des hommes.

Et là on était mal barré : et cela seul eût suffi à faire que la vérité demeurât pour l'éternité cachée au genre humain ...

Mais heureusement

s'il n'y avait eu la Mathématique, laquelle s'occupe non des fins mais seulement des essences et propriétés des figures, pour présenter aux hommes une autre norme de la vérité.

 

Ouf. On revient de loin. On dit merci qui ?

Merci Mathématique. La Mathématique que Spinoza présente ici comme une bonne fée. Malgré la majuscule, elle n'est pas La Substantifique Vérité, mais le moyen pratique d'un déplacement de point de vue sur la vérité. Elle permet la sortie d'un ordre absolu, totalitaire parce que finaliste. La question de la vérité devient en pratique celle de la vérification. Le pourquoi est délaissé au profit du comment. Là on tient le « bon bout de la raison », comme dirait Rouletabille.

 

Et outre la Mathématique on peut encore assigner d'autres causes (qu'il est superflu d'énumérer ici)** qui ont pu faire que les hommes ouvrissent les yeux. Que la lucidité soit. L'adjectif que Spinoza accole régulièrement au mot connaissance est claire. Réflexe de fabricant de lentilles et de théoricien de l'optique.

Si quelqu'un est un homme des Lumières, c'est bien lui.

 

** Exemple-type d'humour spinoziste.

 

A suivre

 

 

 

 

16:36 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Tout cela est très intéressant et accessible pour moi uniquement sous cette forme car il est bien entendu que je ne lirai jamais ce genre de bouquin cet été. Cependant si j'ai bien compris la mathématique aide à sortir de l'obscurantisme avec deux ou trois autres broutilles évidentes (d'ailleurs ça me fait penser que c'est très énervant les gens qui t'expliquent quelque chose en te prenant pour un demeuré, cela dit c'est presque pire les gens qui t'expliquent quelque chose en te prenant pour plus érudit, on se sent juste super nul de ne pas connaître m'enfin). Donc c'est vraiment ce qui s'oppose à la foi toute cette science. Comment retombe-t-il sur ses pattes pour expliquer Dieu et les orbitales moléculaires (spin !) sans se contredire ?

Écrit par : Hélène | 14/05/2013

Et ce que tu développes c'est uniquement son petit un ou c'est transversal ? Tu ne fais pas une explication vraiment linéaire je pense ? (et tant mieux sans doute)

Écrit par : Hélène | 14/05/2013

Les commentaires sont fermés.