Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/10/2013

Message personnel

 

C'est une espèce de pusillanimité aux monarques, et un témoignage de ne sentir point assez ce qu'ils sont, de travailler à se faire valoir et paraître par dépenses excessives. (…) Outre ce, il semble aux sujets, spectateurs de ces triomphes, qu'on leur fait montre de leurs propres richesses et qu'on les festoie à leurs dépens. Car les peuples présument volontiers des rois, comme nous faisons de nos valets, qu'ils doivent prendre soin de nous apprêter en abondance tout ce qu'il nous faut, mais qu'il n'y doivent aucunement toucher de leur part. (…) Tant y a qu'il advient le plus souvent que le peuple a raison, et qu'on repaît ses yeux de quoi il avait à paître son ventre (…) car, à le prendre exactement, un roi n'a rien proprement sien ; il se doit soi-même à autrui.

La juridiction ne se donne point en faveur du juridiciant, c'est en faveur du juridicié. On fait un supérieur, non jamais pour son profit, mais pour le profit de l'inférieur, et un médecin pour le malade, non pour soi. Toute magistrature, comme tout art, jette sa fin hors d'elle.

(Essais III,6 Des coches)

 

Je suis prête à parier qu'il y a pas mal de gens qui en lisant ça sans savoir d'où ça vient, diraient mais qu'est-ce que c'est que ce populiste ? Car on en est là : affirmer les principes de base d'un système de délégation de pouvoir (la responsabilité et l'honnêteté) est considéré comme faire de la démagogie.

Mais ce qui me retient surtout dans ces lignes c'est la remarquable perspicacité psychologique de Montaigne. On sent qu'il les a observés, les « grands », les chefs, les monarques, qu'il les a écoutés, jaugés, pénétrés, pour finir par déceler leur ressort le plus caché (y compris à eux-mêmes).

 

Une espèce de pusillanimité, ne sentir point assez ce qu'ils sont. Apparemment étonnant. Les grands de son temps comme du nôtre semblent davantage portés sur la surestimation de soi que sur l'humilité. Précisément. Montaigne décèle dans cette attitude un déni. Leur morgue affichée n'est que l'envers d'une pusillanimité, d'un défaut de courage, de l'incapacité d'être ce qu'ils prétendent. Agir, faire, gouverner : ils en exhibent les signes, que dis-je les simulacres. Pour mieux masquer qu'ils n'ont pas le courage d'en assumer la complexe et difficile réalité. Peut être pas tous, admettons. Mais bon : ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.

 

Certes il n'est pas facile d'être courageux, de mobiliser une certaine force d'âme, cette animositas dont parle Spinoza. Le contraire exact (les mots sont criants) de la pusillanimité discernée ici par Montaigne.

 

Où, comment la trouver, l'animositas ? Pépère malencontreusement gauche, Mégère extrêmement adroite, Baronnets et Baronnettes « Tout pour ma Gueule » s'agitant de ci de là.Tout ce petit monde pathétique, ce microcosme partidaire affairé à calculer comment gagner quelques points dans les sondages à la pêche aux électeurs. Ambition peut être, mais pour la subtilité on repassera.

 

Ne jouons pas cependant trop vite les Pères et Mères la Vertu. Ces gens-là, si nous les avons laissé passer, laissé arriver où ils sont, c'est peut être que nous ne sommes pas si différents d'eux.

Le toutpourmagueulisme et l'aprèsmoiledélugisme sont des idéologies très répandues, surtout au moment de payer ses impôts, de faire les concessions nécessaires à la construction d'une véritable Europe politique et citoyenne, de se dégager des réflexes d'immédiateté pour donner du temps au temps dans la transition énergétique. A quoi s'ajoute l'autruchisme quand il s'agit de s'extraire de la gangue si confortable de servitude volontaire, en préférant un petit effort citoyen d'information à l'absorption béate de toutes les conneries dont on nous repaît les yeux et ce qui nous reste de cervelle.

 

Toute magistrature, comme tout art, jette sa fin hors d'elle. Là est l'ambition véritable. La fin en question c'est la gestion la plus juste possible du bien commun. L'animositas qu'elle nécessite repose donc logiquement sur le concept complémentaire et toujours spinoziste de generositas (cf ma note B.attitude 19 de juillet dernier). On est un corps social, comme on est une espèce humaine. Si chaque membre ne met pas en oeuvre sa solidarité de fait avec l'ensemble du corps, vous savez quoi suicidons-nous tout de suite, et on sera tranquille : plus d'impôt, plus de transition énergétique, plus de subtilités diplomatiques. (Oui OK on est sur la bonne voie suicidaire en prolongeant Fessenheim et les autres, mais bon ça peut prendre un certain temps).

 

Certes je le sais bien, ce sont là conséquences de plus de trente ans de capitalisme mondialisé qui a su casser énergies collectives et individuelles, et dévaluer radicalement la « ressource humaine ».

Pour s'opposer aux multinationales cyniques, aux systèmes pervers de financement des économies et des états, et tout ça et tout ça, l'idée répandue aujourd'hui est qu'il vaut mieux passer par les ONG, les citoyens de base, les réseaux du net. C'est sûrement utile. Mais pour ma part je ne me résigne pas à laisser tomber le pouvoir de la politique qui peut avoir un tel effet démultiplicateur. Il s'agit juste de la prendre au sérieux. Au lieu de buzzer du tweet, de tweeter du buzz, de jouer les voyeurs des jeux de quéquettes.

 

Bref, je terminerai par un message personnel.

Pépère, si tu me lis, ceci pour toi.

 

C'est toi qui es dans la place aujourd'hui. C'est toi le sommet de l'Etat, voire sa tête. Ne renonce pas à l'ambition.

Défonce-toi pour l'Europe politique avec Angela et les autres, c'est notre dernier rempart contre les néo-totalitarismes (financiers et autres) comme les nationalismes populistes. Mets au pas les parlementaires et élus : strict non cumul des mandats, fin des privilèges aberrants (genre leur retraite) etc.

Désamorce les lobbies agro-alimentaire, pharmaceutique, nucléaire (ce sera un début). Comment ? Par le portefeuille bien sûr, ne pas oublier comment on a coincé Al Capone.

Bon j'arrête là. Dis-toi juste que yes you can.

 

Ah j'oubliais l'essentiel : vire-nous vite fait tes pusillanimes conseillers en communication et embauche à la place Montaigne et Spinoza. Des gens sérieux et pleins d'humour à la fois, ils ont tout pour te plaire.

Et en plus ce sera gratos, économie appréciable dont moi contribuable je te serai reconnaissante.

 

Ou alors tu peux faire appel à moi, je suis disponible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.