Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/08/2014

Lucidité de Mme D.

C'est la même chose, la même pitié, le même appel au secours, la même débilité du jugement, la même superstition disons, qui consiste à croire à la solution politique du problème personnel.

(Marguerite Duras L'Amant)

C'est donc le hasard et lui seul qui m'a conduite à Duras. Et non, comme je soupçonne que vous m'en soupçonniez, on ne sait quelle pulsion bas-bleu de prof de français. Bon je vais être tout à fait sincère, je savais que l'étagère que frôlait ma main était celle des autobiographies. Mais dans la catégorie tout restait ouvert, tout autant éligibles par le hasard étaient Rousseau, Saint Augustin, Cohen, Beauvoir ou tant d'autres. Et puis estimez-vous heureux, juste à côté de L'Amant sur l'étagèreil y a Souvenir de la maison des morts de Dostoïevski. Vous voyez ça aurait pu être bien pire.

Non je plaisante, d'abord Souvenir de la maison des morts ça se lit beaucoup mieux qu'on ne pourrait le craindre. Encore que je sois incapable de me rappeler pourquoi je l'ai un jour acheté, je ne pense pas avoir eu le projet de le faire lire à des élèves, je ne suis pas masochiste (ou sadique) à ce point. Peut être dans le cadre d'un travail sur la culpabilité ? Pas la mienne je vous rassure, celle de Dostoïevski et des écrivains en général (mais non pas le général Dourakine ça c'est vos souvenirs de bibliothèque rose, ne mélangez pas tout). Ce qui est sûr c'est que Marguerite n'était pas absolument nulle en culpabilité, mais dans un style moins fleuve et moins slave que celui de Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski (déjà le nom ça y fait).

Je ne sais si c'est exactement la culpabilité qui marque sa phrase ci-dessus, mais au moins une certaine tristesse désabusée. C'est à des phrases de ce type qu'on voit que la mère Margot n'avait pas tous les jours un moral d'acier. Ce désabusage (désabusité ?) rejoint d'une certaine façon, délicieusement inattendue (merci Hasard), la note Phrases 3 (faut suivre z'êtes pas dans un blog de flemmards). Duras aurait aimé pouvoir, faire, agir. Mais elle ne s'est pas raconté d'histoires. Les gens qui écrivent, c'est justement parce qu'ils ne savent pas (ne peuvent ne veulent) vivre dans la vraie vie. Dit-elle. Perso je souscris, c'est pas parce qu'on n'est pas Duras qu'on peut pas penser pareil.

Bref sa phrase a pour contexte l'Occupation. Collaborateurs, les Fernandez. Et moi, deux ans après, membre du PCF. L'équivalence est absolue, définitive. Equivalence : aberrant, provocant ? C'est qu'en fait l'équivalence ne porte pas sur le choix mais sur l'enjeu psychologique qui le motive : la solution politique du problème personnel. Et là elle touche un truc, Madame Duras. Le choix politique, c'est vrai, est rarement pensé dans une dynamique collective, mais plus souvent utilisé par l'individu comme pansement à usage personnel. Pour panser des blessures matérielles ou affectives, qu'elles soient, les unes ou les autres, réelles ou imaginaires.

Attitude compréhensible je veux bien, non répréhensible en soi, mais dommageable tout de même aussi bien à la clarté des débats qu'à l'efficacité des actions. Voici donc ce que cette phrase de hasard nous a offert : l'appel à la lucidité pour ne pas confondre les états du moi et les besoins de l'état. Et c'est valable pour tout un chacun, à sa place.

 

 

16:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.