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24/01/2015

L'éternité c'est long ...

« Chez les uns le cœur vieillit d'abord ; chez d'autres l'esprit. Et quelques uns sont vieillards dans leur jeunesse ; mais être jeune tard maintient jeune longtemps. » (Ainsi parlait Zarathoustra. De la mort volontaire).

 

« Spät jung erhält lang jung » dit le texte en forme de proverbe. Blague ou profond paradoxe ? La jeunesse qui vient sur le tard, comment serait-elle durable ?

1) Tentons la métaphore viticole. Après le temps de la préparation, de l'amendement des sols et la taille des ceps, après celui de la croissance du grain, après celui de la vendange en pleine maturité, le temps de la vieillesse pourrait être celui de la dégustation. Et alors il se peut qu'une vendange tardive, si elle est ensoleillée, puisse donner un vin plus long en bouche ?

2) La jeunesse tardive et durable est une impossibilité logique au regard de la linéarité du « temps réel ». Une telle conjonction ne peut donc s'envisager que dans une autre logique, une autre approche du temps. Certes naître c'est se trouver devant une quantité limitée de temps à vivre avant de retourner au néant. Mais si chaque instant est vécu sans tenir compte du point de vue quantitatif, la vie se vit dans la seule qualité d'un présent absolu, gratuit. Pour le Zarathoustra de Nietzsche, de même que la liberté n'a pas de prix, le temps ne (se) compte pas. Ne se compte plus.

3) La jeunesse en effet est bien dans cette gratuité du temps, l'enfance plus exactement. Être là sans anticipation de l'après ni retour sur l'avant : les petits enfants savent très bien le faire, c'est ce qui leur donne une qualité de présence si intense. Et par là même catalyse autour d'eux une forte énergie vitale. Mais quant à la jeunesse après l'enfance, il faut bien admettre qu'elle est davantage contrainte à l'anticipation : temps d'études et de formation, projets, responsabilités. Le tout est de le vivre sans angoisse, en y appréciant la puissance d'être actif : comme nous le savons en spinozistes persévérants que nous sommes, c'est une joie.

4) La notion gratuite du temps s'appelle parfois éternité chez les Arthur Rimbaud ou autres artistes. Zarathoustra aussi conclut sa 3° partie sur le refrain « Car je t'aime, éternité ». Tout ceci amène plus ou moins la notion fameuse de « l'éternel retour du même » Wiederkunft des Gleichen. Je me demande si Wiederkunft n'est pas une création de Nietzsche à partir du mot Zukunft (à-venir), car je ne l'ai pas trouvé dans mon dico. Mais peut être que mon dico ne sait pas tout (il est assez basique je l'avoue, acheté pour mes lectures sommaires d'allemand, au vieux temps de ma jeunesse). Bref quoiqu'il en soit, il faudra bien que nous nous prenions la tête un jour ou l'autre sur cette histoire d'éternel retour, difficile de faire l'impasse.

 

Mais inutile d'anticiper. On a le temps.

 

09:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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