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07/02/2015

Le paradoxe d'Alceste

 

« La vie est une source vive de plaisir ; mais là où la canaille boit aussi, tous les puits sont empoisonnés. » (Ainsi parlait Zarathoustra. De la canaille)

 

Comment comprendre le mot canaille (Gesindel) ? Déjà franchement qui l'emploie aujourd'hui ? Les traducteurs ne se sont pas cassés, sauf leur respect. D'accord je n'ai pas mieux à proposer, ni rien à proposer du tout en fait. Racaille trop connoté. Pourri ? Salaud ? Vaurien ? Vulgaire ?

En tous cas le terme renvoie à des spécimens de sales types dont le point commun est d'inspirer à Monsieur Z. un insurmontable dégoût.

Canailles vauriens vulgaires sont les adeptes de la servitude volontaire, régis par le penser-petit et inauthentique qui insinue sa lèpre de moisissure dans le corps social. Bref la canaille est ce qui nous pourrit le vivre-ensemble.

 

Alors qu'en faire ? Et damnation (ne jamais dédaigner un jeu de mots stupide). Zarathoustra fait un pari, moins métaphysique que celui de Pascal (quoique), mais nettement plus exigeant : de sa vie au moins, il décide d'exclure la canaille. « Et j'ai tourné le dos aux maîtres de l'heure lorsque je vis ce qu'ils appellent maintenant gouverner : trafiquer et marchander le pouvoir – avec la canaille ! »

 

Parfait. Oui mais. La servitude volontaire pourrit le corps social, mais hélas du même mouvement le structure. Son refus implique donc marginalité.

« J'ai vécu longtemps tel un infirme devenu sourd et aveugle et muet : j'ai vécu ainsi longtemps pour ne pas vivre avec la canaille au pouvoir, la canaille qui écrit et la canaille de la débauche. »

 

Le Zarathoustra de Nietzsche illustre comme l'Alceste de Molière le paradoxe de la misanthropie. Si idéale est leur conception du lien social qu'il ne peuvent que rejeter la société réelle humaine trop humaine. Ils vivent alors dans la solitude et l'amertume : après tout, dira-t-on, c'est leur choix. Mais il est une autre conséquence, un corollaire au paradoxe d'Alceste : leur retrait, leur splendide isolement prive la société de l'énergie de ses éléments les plus fiables, les plus aptes à la faire progresser dans le bien commun.

 

Si on en restait là, ce serait un sacré gâchis.

 

 

 

 

 

 

 

 

09:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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