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26/07/2015

Avenir radieux

La vieille, dit Robert à sa page 2712, est un poisson appelé aussi labre, qui veut dire lièvre. A quoi rime une telle définition ? Pourquoi vient-elle encombrer les pages de Robert ? Soyons sincères, on s'en fout que le labre d'une part existe, d'autre part puisse être appelé vieille. Et vice versa. Enfin non, que la vieille existe je ne m'en fous pas tout à fait vu que la vieille c'est moi, du moins la vieillissante. Entre autres vieillissantes. Entre autres moi aussi, car je ne me réduis pas à ma vieillissitude. Enfin j'essaie.

Nous pourrions admirer ici le don de Robert pour la poésie surréaliste ou l'art visionnaire boschien (vous pouvez dire aussi belcaniste). Nous pourrions constater l'étrange rapport de cette définition avec l'expression l'alliance de la carpe et du lapin. Mais loin de Robert la pensée (du moins consciente) de surréaliser ou de boschéliser. Quant à évoquer des proverbes ou ce genre de choses il le fait plus souvent qu'à son tour, mais là non. Il nous parle vraiment de ce poisson dont tout le monde se fout. Bref on l'appelle vieille, cedit labre, et ce depuis 1529, paraît-il à cause de sa tête ridée. Notons vieille, pas vieux. En 1529, brusque poussée de misogynie et d'indélicatesse beaufienne ?

 

Cela dit je me demande tout à coup si je ne dois pas mettre cette définition en relation avec le fait que je n'aime plus le poisson. Un dégoût qui m'est venu récemment. Serait-ce rejet de moi vue tout à coup comme ce fameux labre, vieille chair ridée ? Certes j'ignorais jusqu'ici cette définition, mais pourquoi ne pas supposer la trace, dans mon lexique inconscient qui se serait transmis phylogénétiquement, de ce mot employé par l'un ou l'autre de mes ancêtres, misogyne et indélicat aux alentours de 1529 ? (Comme il peut s'en trouver, je ne vous l'apprends pas, dans les meilleures familles).

 

Jusqu'ici j'avais interprété ce dégoût nouveau comme une intolérance de mon organisme usé, et par conséquent moins apte au filtrage des poisons que nous ingérons quotidiennement, et qui sont, en ce qui concerne les poissons, nombre de métaux lourds diffusant leurs ions dans les mers fleuves & océans. Mais cette interprétation n'était-elle pas une de ces rationalisations abusives par lesquelles les névrosés dont je me flatte d'être évitent de regarder la réalité en face ? Ce n'est pas exclu. Néanmoins, dans le doute et par principe de précaution on dira « Pour vivre vieux vivons végétariens. »

Quoique. Avec quelle eau arrose-t-on les légumes ? La meilleure solution pour vivre vieux, et surtout vieux en bonne santé, serait donc de cesser de s'alimenter, telle est la conclusion à laquelle nous devons arriver en bonne logique. Néanmoins il faut également peser la balance bénéfices/risques. Et là on est bien obligé d'admettre que si on veut pas clamser à très brève échéance, il faut continuer à bouffer, fût-ce de la merde. Mais en optimiste indécrottable que je suis, je me dis que je ne serais pas arrivée jusqu'à mon âge si mon organisme n'avait réussi à mettre en œuvre un processus de mithridatisation.

08:24 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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