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11/03/2016

Katas

 

« La sociologie est un sport de combat ». Dans un documentaire qui lui est consacré, Bourdieu prononce cette phrase au sortir d'un échange musclé avec des « jeunes des quartiers ».

Le film date d'une vingtaine d'années, mais la phrase reste actuelle. Les propos de Bourdieu à ses interlocuteurs aussi. Il n'hésite pas à leur dire en substance : c'est vrai vous êtes aux prises avec des inégalités, des discriminations. Mais cela ne doit pas vous servir d'alibi pour ne pas faire votre part du chemin.

Il les incite en particulier à profiter de tout ce que l'école propose, de l'énergie des instits et des profs qui continuent d'y croire, de remplir leur mission d'éducateurs et de passeurs culturels. L'enseignement aussi est un sport de combat.

La philosophie est un sport de combat. Sport de combat encore l'effort scientifique. Au fait il paraît que c'est le Pi-day aujourd'hui. Saluons en son honneur notre Géomètre préféré. Sans oublier qu'aujourd'hui est aussi, est surtout, un triste anniversaire à Fukushima.

Car sport de combat surtout ce qui contribue à catalyser lucidité et puissance de penser, à résister aux a priori et à l'aliénation, à construire un savoir qui libère.

Pour la philosophie, si tous les domaines méritent le même engagement, de l'esthétique à l'épistémologie (sauf la métaphysique faite pour se divertir avec ou sans Pascal), nihil novi depuis Spinoza : le lieu majeur de la bataille est de toute évidence l'éthique.

Il a conçu la sienne comme une somme nécessaire et suffisante alors qu'Aristote soi-même avait décomposé son enseignement. Logique, poétique-esthétique, physique, métaphysique, éthique-politique.

Avec Spinoza c'est 5 en 1, le tout organisé sous le primat de l'éthique qui pose la seule question qui vaille : faire et être bien, comment ?

Le schéma de son livre est bel et bien celui d'un combat, voire d'une guerre de libération. Le plan d'une campagne pour passer de la servitude à la liberté. Observer les forces d'affects en présence, déterminer les buts de guerre, constituer le bataillon « Intellect », car c'est lui qui détient la clé de la victoire.

Tout cela selon la technique de l'art martial. Retourner contre eux l'agression des adversaires (superstition, finalisme, affects débilitants de tristesse). Il s'agit de savoir pratiquer l'esquive, le dégagement en souplesse, et renverser la direction de la force.

Et surtout comme tout sport de combat, tout sport en général, l'éthique repose sur l'entraînement, la pratique. Sur l'intégration d'un enchaînement de gestes.

L'éthique a ses katas. Et tel est celui de Maître Spinoza :

« Par le pouvoir d'ordonner et d'enchaîner correctement les affections du corps nous pouvons faire de n'être pas aisément affectés par des affects mauvais.

Donc le mieux que nous pouvons faire aussi longtemps que nous n'avons pas la connaissance parfaite de nos affects (en pratique soyons clairs qui y arrive ?),

c'est de concevoir la droite règle de vie, autrement dit les principes de vie certains,

de les graver dans notre mémoire afin que notre imagination s'en trouve largement affectée

et que nous les ayons toujours sous la main. » (Éthique P5 scolie prop 10)

Les principes de vie certains c'est quoi ? Sans doute faut-il une vie pour les découvrir. Mais posons un principe : celui d'essayer.

 

09:56 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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