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13/03/2016

Libération

 

Changeons de métaphore : après le sport de combat, le travail artisanal (de toutes façons ça manquait de dojos en Hollande à l'époque).

De la même façon qu'il avait ses instruments pour façonner les verres de lentilles, Spinoza avait sa boîte à outils éthiques.

La partie 5 du livre « De la Puissance de l'Intellect, autrement dit de la Liberté Humaine » est ainsi assez semblable à une notice de montage d'un célèbre autant que suédois fabricant de meubles en kit. En plus clair (ce qui n'est pas difficile je vous l'accorde).

Après avoir décrit les éléments du système, les fonctions, envisagé pas mal de cas de figure, Spinoza aborde dans la Partie 5 le moment crucial du test en conditions réelles.

Vous savez le genre de test que les constructeurs de bagnoles passent leur temps à trafiquer.

Comme l'indique le titre de cette P5, le test consiste à éprouver le pouvoir libérateur de « l'intellect ». Le mot a un sens actif. L'intellect pour Spinoza ce n'est pas un attribut, c'est une opération.

Ce n'est pas de l'ordre de l'organe, mais de la fonction. L'organe, l'instrument propre à cette fonction est l'Esprit, étudié en long en large et en travers dans la Partie 2.

Quant à la liberté, on l'a déjà dit, elle ne suppose pas de rejeter le déterminisme : c'est impossible (cf Conatus et Désir). L'homme n'est pas un empire dans l'empire.

Spinoza montre comment on cherche pourtant à éviter cette réalité. On la dénie, on se raconte des histoires.

« Les hommes se croient libres pour la seule raison qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par quoi elles sont déterminées, et (ignorent) en outre que les décrets de l'Esprit ne sont rien d'autre que les appétits eux-mêmes et pour cette raison varient en fonction de l'état du Corps. » (Éthique Partie 3 scol prop 2)

Plus réalistico-matérialiste que ça tu meurs.

Spinoza invalide sereinement autant que radicalement les spéculations inutiles qu'implique l'allégorie platonicienne de la caverne. Ce qu'on voit sur la paroi on le voit, c'est tout.

Quand bien même ce serait une ombre, c'est cela qui affecte notre regard. C'est donc la chose à même de nous mouvoir, de nous faire agir, parce qu'elle est à même de nous émouvoir.

Alors plutôt qu'à l'essence supposée de la chose, c'est à la réalité de ses effets qu'il faut s'intéresser. La liberté est donc réalisme ou n'est pas.

Comme dit Deleuze, Spinoza construit une philosophie pratique. Il s'agit de travailler à comprendre la réalité, pour la prendre telle qu'elle est, en prendre acte pour libérer son agir.

Telle qu'elle est : non pour s'y adapter et s'y soumettre, mais pour l'adopter, ce qui est bien différent.

« L'adaptation est un rapport entre deux termes qui préexistent à leur mise en rapport, tandis que l'adoption est une relation créatrice des termes qu'elle relie. Par ex le père et son enfant ne préexistent pas, en tant que tels, à la relation d'adoption. »

Je reprends ici la terminologie éclairante de V Petit et B Stiegler dans leur Lexique d'ars industrialis (Flammarion Bibliothèque des savoirs. 2013)

L'adaptation à la réalité est conformisme, son adoption est potentialité créatrice. 

 

 

 

10:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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