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20/05/2016

L'heure du thé (3/4)

« Je le bois jusqu’au bout. J’ai besoin de cette dose-là pour que les nausées disparaissent. »

La jeune femme au crâne chauve avait pris sa respiration et avalé le grand verre de soda d’un trait. Une petite salle calme dans une aile du service de gynécologie de l’immense hôpital.

Des femmes qui jouaient leur vie, le bras abandonné de longues heures au pincement de la perfusion. Prisonnières comme des chèvres à leur pieu.

Elle, elle était arrivée sans perfusion. L’infirmière avait posé sur la table les comprimés, un verre d’eau, l’avait regardée boire, avait recommandé de marcher un peu pour que le sang s’écoule mieux. Elle s’était sentie si honteuse …

Elle venait là pour échapper à la vie greffée en elle à son corps défendant, quand elles se battaient pour sauver leur peau, arracher au cancer leur avenir. L’amertume de ce simple verre d’eau bu sur les cachets. Son thé ne pourra pas être aussi amer.

Amère …

Si elle avait gardé l'enfant il aurait vingt-cinq ans. Elle le voit, le sourire-soleil, le rire-cascade. Du goût pour le thé ?

 

Quelques coups discrets sont frappés à sa porte. Elle se fige et retient son souffle. Mais à nouveau quelques coups, plus nets. Tant pis, il faut ouvrir et se débarrasser de l'intrus.

« Bonjour ! Vous me reconnaissez ? Je suis le fils de vos voisins. Je garde l’appartement et le chien pendant leurs vacances.

- Bonjour …

- Voilà, j’ai acheté trop de pain et je me suis dit c’est idiot de le laisser perdre, y a pas de congélo. Alors je vous en ai apporté la moitié. Vous le mangerez, vous.

- Je … Merci, c'est gentil. »

 

Elle n’ose pas refermer brutalement la porte. Mais le jeune homme n’a pas l’air de vouloir s’en aller. Le chat s’est approché, averti instinctivement de la présence importune. Un rival ?

« Le joli chat ! Comme il a le poil doux ! Le chien de mes parents est sympa, mais les chats je préfère, c'est beau … Ah voilà, il ronronne. »

Il a pris l’animal dans ses bras et lui gratte doucement le crâne.

Elle regarde ses mains curieusement dissemblables. La gauche, qui soutient les pattes avant du chat, a quelque chose de féminin. Des ongles ronds, polis, des doigts élégamment fuselés.

Sa main droite, qui caresse la tête de l’animal, est plus osseuse, les articulations marquées, les veines saillantes.

 

À suivre.

 

 

07:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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