Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/12/2016

Mandarine

 

L'histoire d'interlocuteur lointain de la dernière fois m'évoque tout à coup le fameux mandarin de Rousseau.

Voici ce qu'en dit Freud car c'est par lui que je connais cette histoire. Je ne l'avais relevée, je l'avoue, ni dans Rousseau ni dans Balzac, lectrice insuffisante (dirait Montaigne) que je suis.

« Dans Le Père Goriot, Balzac fait allusion à un passage des œuvres de J.J. Rousseau dans lequel cet auteur demande au lecteur ce qu'il ferait si – sans quitter Paris naturellement et sans être découvert – il pouvait, par un simple acte de volonté, tuer à Pékin un vieux mandarin dont le décès ne manquerait pas de lui apporter un grand avantage. Il laisse deviner qu'il ne tient pas la vie de ce dignitaire pour très assurée. 'Tuer son mandarin' est devenu une expression proverbiale pour cette disposition secrète, propre aussi aux hommes d'aujourd'hui. » 

Freud Considérations actuelles sur la guerre et la mort.

 

Les derniers mots de ce passage : aussi délicieusement sucrés-acidulés qu'une mandarine, non ? Preuve s'il en fallait de l'humour de Papa Sigmund, se manifestant souvent ainsi par une pointe finale, selon le schéma du Witz (cf ce blog 1-5-2014).

Et quand ça lui plaît, Sigmund, il est comme un gamin, il ne se lasse pas de la répétition. cf chapitre 7 du Malaise dans la culture, à propos du surmoi et du sentiment de culpabilité.

« (chez l'enfant) la conscience de culpabilité n'est manifestement qu'angoisse devant la perte d'amour, angoisse 'sociale'. Chez le petit enfant elle ne peut jamais être quelque chose d'autre, mais même chez beaucoup d'adultes le changement se limite à ceci que la communauté plus vaste des hommes vient en lieu et place du père ou des deux parents. Aussi se permettent-ils régulièrement de commettre le mal qui leur promet des agréments, pour peu qu'ils soient sûrs que l'autorité n'en apprendra rien ou ne pourra rien leur faire, et ils n'ont d'angoisse que celle d'être découverts. »

Ici renvoi à une note : « Que l'on pense au célèbre mandarin de Rousseau »

Et de conclure joliment

« C'est avec cet état que la société contemporaine doit généralement compter. »

Généralement, oui c'est le moins qu'on puisse dire.

 

Sans me vanter, j'ai mes mandarins.

Sauf que mes mandarinades n'envisagent pas l'avantage que telle ou telle mort m'apporterait, mais l'idée (naïve et/ou tartufière ?) de «faire justice », à d'autres ou à moi. Une vengeance peut être, mais surtout un empêchement de nuire davantage.

J'y pense quelquefois, je l'avoue.

À l'inverse, qui pourrait chercher un avantage dans mon élimination ? C'est tout l'intérêt d'une vie sans pouvoir : on a toutes les chances de n'être le mandarin de personne.

 

 

14:24 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.