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20/09/2017

Vider son sac

La fable intitulée La besace (livre I,7) ne parle pas, comme ce titre pourrait le laisser supposer, de la nécessité d'y mettre quelques réserves et autres vivres pour subsister jusqu'à la saison prochaine.

 

Jupiter (pas lui, l'autre) s'adresse à tout ce qui respire : si dans son composé quelqu'un trouve à redire, il entreprendra la réforme nécessaire. Au sens propre : il changera la forme de l'animal en question.

Une sorte de chirurgie esthétique, à la foudre plutôt qu'au laser (moins précis mais plus radical).

Venez, singe, parlez le premier, et pour cause.

Et pour cause : vexant, non ? Ça a l'air de dire toi mon pote t'es vraiment un phénix de la mochitude.

(Perso c'est pas question esthétique, mais j'avoue ressentir un certain malaise face à un singe. Encore un coup de l'unheimlich sans doute : si proche et si autre, le singe produit en moi une sensation de familiarité dissonante)

(Mais bon c'est pas le sujet)

(Bref).

Le singe répond « pas de problème moi ça va mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché. Mais t'as vu l'ours alors le pauvre ! J'aimerais trop pas être lui, genre mal dégrossi gros bourrin. »

L'ours ? Il se trouve très bien. « Mais alors l'éléphant misère ! Une masse informe et sans beauté. »

Après quoi l'éléphant trouve la baleine trop grosse, et la fourmi le ciron (microbe version 17°s) trop minus.

Bref, enchaîne le narrateur, tout ça pour dire que chez nous les humains ça marche de même, lynx envers nos pareils et taupes envers nous. Pourquoi ?

Nous sommes des besaciers à deux poches : pour nos défauts la poche de derrière, (qu'on ne voit donc jamais – sauf dans le miroir que tend la fable) et celle de devant pour les défauts d'autrui.

 

Voilà pour la morale. Ça casse pas trois pattes à un canard on est d'accord.

Mais l'intérêt de cette fable réside dans un joli cadeau à notre imaginaire enfantin.

Le texte en effet, avec toute la brillance de plume qui caractérise JLF, semble jouer à tortiller une baudruche pour lui donner différentes formes.

Du singe à l'ours, de l'ours à l'éléphant, de l'éléphant à la baleine, de la baleine à la fourmi …

Jeu de la baudruche évolutive m'évoquant une métaphore assez semblable chez Montaigne :

Notre monde n'est formé qu'à l'ostentation : les hommes ne s'enflent que de vent, et se manient à bonds, comme les ballons.

Essais III,12 (De la physionomie)

 

 

09:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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