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23/09/2017

Le bébé avec l'eau du bain

Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir en badinant sur les bords de la Seine.

Il se raccroche à un saule dont le branchage, après Dieu, le sauva. (Joli, non ? JLF manie l'implicite desprogien comme personne).

Un vieux maître d'école passant par là, le gamin l'appelle à l'aide. Le prof se lance alors dans une diatribe à contre temps : ce gamin est trop con, je plains ses parents qui doivent non seulement le supporter mais tenter de l'éduquer.

Et puis que fait Anne Hidalgo pour protéger les bords de Seine, hein ? (À moins que ce ne soit ailleurs qu'à Paris dans l'île de France, auquel cas au temps pour moi c'est à Valérie Pécresse qu'on doit s'en prendre).

Bref ce genre de choses.

Je vous rassure il finit par sortir l'enfant de ce mauvais pas.

 

Ouf ! Imaginez : le gamin se noie, résultat le mec est accusé de non-assistance à personne en danger, résultat la famille réclame des dommages et intérêts pour la perte affective (OK il était con mais c'était leur môme quand même), résultat l'avocat du prof contre attaque en se retournant contre la mairie de Paris (ou la Région Île de France) qui a négligé de mettre des garde-corps sur la promenade des bords de Seine.

On n'était pas sorti de la guinguette. Et à tous les coups on dépassait le format fable.

 

La Fontaine se contente de ceci :

Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense (et on pense aux mêmes tu crois ?)

Tout babillard, tout censeur, tout pédant (c'est ça : le genre qui parle pour ne rien dire en se grisant de mots, trouve que les autres ne font jamais comme il faudrait car y a que Lui Soi-Même qui sache, et fait la leçon à tout propos)

En toute affaire ils ne font que songer

Aux moyens d'exercer leur langue (et de ramener leur fraise).

Hé ! mon ami, tire-moi de danger

Tu feras après ta harangue (moi, une fois hors d'eau, aussi sec je me barre pour ne pas être submergé sous tes discours ineptes).

 

Sauf que tu sais quoi, mon cher La Fontaine, ton petit imprudent a eu de la chance dans sa malchance. Car la plupart de ces schnocks passifs-agressifs ne savent faire rien d'autre que ça : haranguer, censurer, pontifier.

Sots aux remontrances vaines, ils mettent toute leur vanité (et y a de quoi faire) à en remontrer aux autres.

Mais pour ce qui est d'agir ? Aider ? Faire leur part du boulot ?

Risquent pas.

Z'auraient trop peur qu'on découvre qu'ils sont beaucoup plus incompétents et stupides que ceux qu'ils passent leur temps à critiquer.

Ils préfèrent laisser le gamin se noyer. Bien fait pour ce p'tit con, qu'ils diront.

 

PS : la fable c'est L'enfant et le maître d'école. (livre I,19)

 

10:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

20/09/2017

Vider son sac

La fable intitulée La besace (livre I,7) ne parle pas, comme ce titre pourrait le laisser supposer, de la nécessité d'y mettre quelques réserves et autres vivres pour subsister jusqu'à la saison prochaine.

 

Jupiter (pas lui, l'autre) s'adresse à tout ce qui respire : si dans son composé quelqu'un trouve à redire, il entreprendra la réforme nécessaire. Au sens propre : il changera la forme de l'animal en question.

Une sorte de chirurgie esthétique, à la foudre plutôt qu'au laser (moins précis mais plus radical).

Venez, singe, parlez le premier, et pour cause.

Et pour cause : vexant, non ? Ça a l'air de dire toi mon pote t'es vraiment un phénix de la mochitude.

(Perso c'est pas question esthétique, mais j'avoue ressentir un certain malaise face à un singe. Encore un coup de l'unheimlich sans doute : si proche et si autre, le singe produit en moi une sensation de familiarité dissonante)

(Mais bon c'est pas le sujet)

(Bref).

Le singe répond « pas de problème moi ça va mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché. Mais t'as vu l'ours alors le pauvre ! J'aimerais trop pas être lui, genre mal dégrossi gros bourrin. »

L'ours ? Il se trouve très bien. « Mais alors l'éléphant misère ! Une masse informe et sans beauté. »

Après quoi l'éléphant trouve la baleine trop grosse, et la fourmi le ciron (microbe version 17°s) trop minus.

Bref, enchaîne le narrateur, tout ça pour dire que chez nous les humains ça marche de même, lynx envers nos pareils et taupes envers nous. Pourquoi ?

Nous sommes des besaciers à deux poches : pour nos défauts la poche de derrière, (qu'on ne voit donc jamais – sauf dans le miroir que tend la fable) et celle de devant pour les défauts d'autrui.

 

Voilà pour la morale. Ça casse pas trois pattes à un canard on est d'accord.

Mais l'intérêt de cette fable réside dans un joli cadeau à notre imaginaire enfantin.

Le texte en effet, avec toute la brillance de plume qui caractérise JLF, semble jouer à tortiller une baudruche pour lui donner différentes formes.

Du singe à l'ours, de l'ours à l'éléphant, de l'éléphant à la baleine, de la baleine à la fourmi …

Jeu de la baudruche évolutive m'évoquant une métaphore assez semblable chez Montaigne :

Notre monde n'est formé qu'à l'ostentation : les hommes ne s'enflent que de vent, et se manient à bonds, comme les ballons.

Essais III,12 (De la physionomie)

 

 

09:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

17/09/2017

Un homme à fables

La cigale ayant chanté/ Tout l'été …

Cigale gaie comme un pinson, jouissant sans souci du présent. Fourmi raisonnable, s'affairant en vue de son avenir. L'une chante et l'autre pas, l'une est adepte exclusive du principe de plaisir, l'autre itou du principe de réalité.

Ce qui prouve qu'aucune des deux n'est au fait de la pensée freudienne en la matière.

Contrairement aux lecteurs de ce blog qui eux, même intermittents, ne sauraient ignorer que le principe de réalité est la continuation du principe de plaisir.

En fait l'attitude de ces bestioles comme la nôtre est simplement question de caractère. Confiance ou défiance, optimisme ou pessimisme.

Aptitude à se laisser vivre dans le farniente, ou impossibilité de se sentir bien si on n'a pas toujours quelque chose à faire.

La zénitude de la cigale doit être reposante. Sur ce point je l'envie. J'aimerais bien savoir chanter aussi.

Quoique. Le bruit produit par une cigale est-il un chant ? Scie musicale serait plus exact. Crincrin continu. Répétition ad libitum. Du coup chanter ainsi est-il un plaisir ou un pensum ?

Trop d'ad libitum tue le libitum.

Bref au bout d'un moment je suis sûre que la cigale s'emmerde.

Alors que la fourmi non.

La fourmi n'a pas le temps de s'écouter. Elle bosse, elle. Allers-retours non stop de la fourmilière à la zone de ravitaillement.

Une répétition aussi. Ah oui, tiens, elles ont donc un point commun.

Sauf que la répétition en mode fourmilier est silencieuse, occasionnant moins de gêne au voisinage humain trop humain tentant de faire la sieste.

Quoique. Il paraît que la fourmi produit des sons, fort heureusement inaudibles à nos oreilles. Et quoique bis : les fourmis ça pique (à tout le moins ça vous chatouille ou ça vous grattouille).

Bref la vraie question est de trouver le bon cagnard où lézarder à l'abri de tout insecte quel qu'il soit.

 

On a dit que La Fontaine s'identifie de toute évidence à la cigale (et en profite l'air de rien pour rappeler à ses protecteurs qu'il n'a pas encore touché son semestre).

Nonobstant et en même temps il fait passer au lecteur le message comme quoi se faire fourmi c'est pas plus bête. Histoire précisément de n'avoir à dépendre de quiconque.

Et de pouvoir se payer le luxe de l'insolence dont elle fait preuve envers cette pauvre cigale.

Fait rare dans le recueil, cette fable qui l'inaugure ne formule pas de morale, l'auteur ne tranche pas entre les deux comportements. Et pour cause.

C'est que, comme quiconque a tenté de produire une quelconque création, La Fontaine sait bien que pour cela il faut être en même temps cigale et fourmi.

09:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)