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08/05/2019

Mortel

La nature, en quête d'une formule susceptible de satisfaire tout le monde, a fixé son choix sur la mort, laquelle, c'était à prévoir, ne devait satisfaire personne.

Cioran (Aveux et anathèmes)

Ça au moins c'est drôle. L'occasion de rigoler avant que le ciel nous tombe sur la tête.

 

Je viens de parcourir une biographie. L'idée que tous les personnages qui y sont évoqués n'existent plus que dans ce livre m'a paru si insoutenable que j'ai dû m'allonger pour éviter une défaillance.

Sans friser ainsi l'évanouissement (défaut d'imagination j'imagine), je suis souvent (et de plus en plus à mesure que je vieillis, logique) saisie par ce non-sens : ce qui a existé cesse d'exister. Inconcevable, effrayant. Et d'autant plus quand ne reste aucune trace dans aucun livre.

Car contrairement à lui, je trouve réconfortant le maintien de la mémoire d'un être dans un livre (ou autre trace) créé par lui ou qui parle de lui. J'adhère profondément à l'idée d'un grand livre de vie où chaque nom est inscrit.

 

Retiré à la campagne après la mort de sa fille Tullia, Cicéron, submergé par le chagrin, s'adressait à lui-même des lettres de consolation. Quel dommage qu'on ne les ait pas retrouvées, et, plus encore, que cette thérapeutique ne soit pas devenue courante ! Il est vrai que si elle avait été adoptée, les religions auraient fait faillite depuis longtemps.

Que pouvait-il écrire dans ces lettres pour qu'elles le consolent ? Je dirais le nom de Tullia ?

Quant aux religions, quel optimisme délirant de supposer qu'on y cherche avant tout la consolation. Finalement Cioran n'est pas si négatif que je me plais à le dire.

 

Croire en Dieu vous dispense de croire à quoi que ce soit d'autre – ce qui est un avantage inappréciable. J'ai toujours envié ceux qui y croyaient, bien que se croire Dieu me paraisse plus aisé que de croire en Dieu.

Pas incompatible.

Se croire Dieu est de toute évidence ce qui caractérise clercs, théologiens dogmatiques et autres législateurs de religion. Ça serait comique si ce n'était pas pour le pire.

Tu nous a faits à ton image, mais nous te l'avons bien rendu. (Et si Voltaire était plus misanthrope que Cioran?)

 

 

09:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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