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26/05/2019

A fair lady

Septuagénaire, lady Montague avouait avoir cessé de se regarder dans un miroir depuis onze ans. Excentricité ? Peut être, mais pour ceux-là seuls qui ignorent le calvaire de la rencontre quotidienne avec sa propre gueule.

Cioran (Aveux et anathèmes)

 

Houellebecq sors de ce corps !

Enfin je dis ça : aussi bien Houellebecq se trouve beau. Et puis j'ai tort de le prendre comme parangon de mochitude, c'est vraiment pas sympa.

D'ailleurs mochitude n'est pas exactement le mot, disons grognonitude. En fait son nom m'est venu parce que sa négativité fait parfaitement écho à celle de Cioran. Encore un membre éminent des MNA. (cf 20-4-19 Compagnonnages)

Dans la déclaration de lady Montague il s'agit d'autre chose que laideur ou maussaderie. Il s'agit de trouver sa réponse, si possible honorable, à la modification d'image de soi qu'impose la vieillesse, cette si rude déflation narcissique.

C'est valable aussi pour un homme, mais bien plus crucial pour une femme (encore et toujours sommée même dans nos sociétés « évoluées » d'exister d'abord et parfois exclusivement par et dans son apparence).

Pour beaucoup, la déflation n'est pas seulement narcissique, entre soi et soi, mais aussi et surtout sociale.

Il n'est pas facile de vivre ce moment où vous devenez transparente au regard de l'autre, la sagesse ou l'intelligence ne suffisent pas toujours à s'en arranger (peut être l'humour).

Dans le cas des actrices vieillissantes (même des grandes, même des qui en ont dans le ciboulot), et plus largement des femmes exposées aux regards via les médias, cela s'accompagne plus souvent que pour les hommes d'une mise à l'écart professionnelle. Alors rares sont celles qui ont la force d'accepter le nouveau visage de leur beauté personnelle, que la vieillesse dote d'inquiétante étrangeté.

Alors elles optent pour la même bouche de canard, les même pommettes de hamster : et là c'est ridicule et pathétique.

Trop de narcissisme tue le narcissisme.

Pour ma part je ne vois dans la déclaration de Lady Montague ni excentricité ni amertume. Il y a un côté positif à la perte d'image due à la vieillesse : la liberté d'être dispensé(e) de faire bonne figure.

Et pour les miroirs, on peut juste se contenter qu'ils renvoient la lumière.

 

08:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Chère Ariane,
J'étais hier soir au "Concours d'éloquence" d'Aix-en-Provence. C'était la première fois que j'assistais à une telle soirée - mû surtout, disons-le, par la curiosité depuis le temps que l'éloquence est (re?)devenue à la mode.
J'en suis sorti perplexe. Même si j'ai pu rire parfois et apprécier le discours de certains candidats, j'ai été gêné d'entendre ces jeunes apprentis avocats le plus souvent parler pour parler, sans chercher à dire ce qu'ils pensent ou s'investir dans leur parole, mais fonder leur rhétorique uniquement sur la séduction du public.
Ce qui motive ce commentaire, c'est que, parmi les sujets proposés dans ces "joutes oratoires", figurait : "La vieillesse est l'enfer de la femme" (et on a eu même droit à la version "pour" et la version "contre"). Je ne sais quel Sacha Guitry sur le retour ou autre misogyne de cet acabit s'est fendu d'un tel aphorisme, mais j'avoue, après les platitudes (et les lourditudes) dégoisées par les deux orateurs, qu'on se réjouit et qu'on respire à lire ton commentaire.
Continue donc chère Ariane à écrire ce que tu lis, on a - et aura je pense de plus en plus - besoin d'oxygène !
Laurent

Écrit par : Laurent | 26/05/2019

Les concours d'éloquence, pourquoi pas, c'est formateur sans doute. Le travail rhétorique est un progrès par rapport au simplisme du tweet. Le problème est que ça procède souvent de la même logique de marketing : plutôt que penser, se promouvoir sur "la place du marché" comme dit Nietzsche.
(Bon je devrais arrêter Cioran, il me vieilleschnockise peut être un peu trop).
En tout cas, les joutes dont tu parles prouvent au moins une chose : la misogynie est le paradis des cons.

Écrit par : Ariane | 27/05/2019

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