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30/06/2020

(11/14) Une marotte

« Voit-on plus de barbouillage au caquet des harengères qu'aux disputes publiques des hommes de cette profession ?»

(Montaigne Essais III,8 De l'art de conférer)

 

« Il me semble, de cette implication et entrelaçure de langage par où ils nous pressent, qu'il en va comme des joueurs de passe-passe : leur souplesse combat et force nos sens, mais n'ébranle aucunement notre créance ; hors ce batelage, ils ne font rien qui ne soit commun et vil. Pour être plus savants, ils n'en sont pas moins ineptes. »

 

Montaigne parle des rhéteurs, ceux qui enseignaient l'art de l'éloquence et du discours.

Il est tentant d'appliquer ses remarques à nos rhéteurs actuels, les conseillers en communication. Pour acheter leurs services, tous ceux qui ont quelque chose à vendre (produit, image, programme politique) y vont de leurs largesses.

Au profit de leur image ?  En tout cas au profit du portefeuille des conseillers com.

« En mon pays, et de mon temps, la doctrine amende assez les bourses, rarement les âmes ». (Doctrine : ici l'enseignement, les techniques des rhéteurs)

 

L'ennui c'est qu'il arrive que ces vendeurs de soi (ou de quoi que ce soit) amendent la bourse de la collectivité avec la leur. Exemple les campagnes électorales, dont une partie du financement provient des fonds publics alloués aux partis.

Les citoyens paient donc pour les meetings-spectacles, ou autres hologrammes. Le peuple se fait spectateur d'une politique peopolisée. Et, on est obligé d'être moins optimiste que Montaigne sur ce point, tout ce cinéma ébranle parfois la créance des plus crédules.

Je ne nie pas que le financement public des partis soit un progrès démocratique. Mais les publicitaires ont vu l'aubaine, et le crédit substantiel que peut leur assurer chaque doctrinaire de soi à l'ambition inamendable.

 

Mais là encore on peut en rire un peu, en constatant que l'ambitieux, s'il n'est pas capable d'utiliser avec discernement ses conseillers et leurs conseils, ne s'en verra guère plus avancé, révélant au contraire son inanité, sa vanité.

« C'est une chose de qualité à peu près indifférente ; très utile accessoire à une âme bien née, pernicieux à une autre âme et dommageable (…) En quelque main c'est un sceptre ; en quelque autre, une marotte.»

 

La marotte, c'était la marionnette à grelots dont le fou du roi scandait ses propos. Ça parle, hein ?

(Sauf que le fou du roi, lui, savait ce qu'il disait).

 

 

08:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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