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Parce que c'est lui

Allez, pour changer, un parcours avec Montaigne ... Avec une différence, peut être. Dans les précédents, je suivais un fil rouge, je déroulais un thème.

Cette fois mon intention est de proposer simplement des extraits du texte sans commentaire. Ou presque : une brève explication s'il le faut, la « traduction » de tel mot pour éviter au lecteur faux sens ou contresens.

Je commence sans savoir combien de temps, combien de citations pour ce parcours. Ce que je sais, c'est que je ne m'arrêterai pas aux propos complexes, philosophiques, mais à ceux dont Montaigne dit « Je me laisse aller comme je me trouve ».

 

« Je ne sais ni plaire, ni réjouir, ni chatouiller : le meilleur conte du monde se sèche entre mes mains et se ternit.

Je ne sais parler qu'en bon escient(1), et suis du tout dénué de cette facilité, que je vois en plusieurs de mes compagnons, d'entretenir les premiers venus et tenir en haleine toute une troupe, ou amuser, sans se lasser, l'oreille d'un prince de toute sorte de propos, la matière ne leur faillant jamais, pour cette grâce qu'ils ont de savoir employer la première venue(2), et l'accommoder à l'humeur et portée de ceux à qui ils ont affaire.

Les princes n'aiment guère les discours fermes(3), ni moi à faire des contes. »

(Montaigne Essais livre II chapitre 17 De la présomption)

 

(1)En ayant du sujet une certaine science, connaissance. Minimisant ainsi le risque de raconter des bêtises.

(2)La première matière venue, le premier truc qui leur passe par la tête.

(3)Ferme : net, concis, rigoureux (aux deux sens), pas un blabla inconsistant et qui se veut surtout plaisant.

Et si l'on compare cette phrase lapidaire à la précédente, sinueuse à souhait (qui imite précisément le discours de ces gens à la parole facile), elle sonne comme une sentence. Implicitement elle dénonce le goût des princes à être divertis plutôt qu'instruits, à préférer des courtisans amuseurs à des compagnons de bon conseil. Fort de son expérience, sur ce sujet Montaigne sera plus explicite à d'autres endroits du livre, non sans une certaine amertume que l'on discerne un peu ici.

 

Commentaires

  • Eh bien, voilà qui me rappelle les débats entre Alceste et Philinte dans "Le Misanthrope" revu à la télé récemment. De Montaigne à Molière, excusez-moi.

  • Ah oui ! Rapprochement fort éclairant et suggestif, merci. Car du coup je me dis que Montaigne n'a cessé d'osciller (c'était son truc l'oscillation ...) entre son être Alceste et son être Philinte.

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