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14/12/2017

I can't get no ...

En ce monde, il n'y a que deux véritables tragédies. La première est de ne pas obtenir ce que l'on désire, et la seconde est de l'obtenir.

Oscar Wilde (L'éventail de Lady Windermere)

 

Comme il y a des antibiotiques à spectre large, il y a des aphorismes passe-partout.

Dans la vie moderne, rien ne fait autant d'effet qu'une bonne platitude. Aussitôt, tout le monde a l'impression d'être en famille. (Un mari idéal)

J'adore cette phrase, elle est juste et très jolie. Savourer une bonne platitude, ça délasse. C'est comme passer sa robe de chambre et ses pantoufles après la soirée en talons hauts et robe ajustée (ah je vois que ça vous parle).

Cependant ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : ce n'est pas parce qu'une idée est plate qu'elle est fausse.

(Contrairement à la terre) (quoi absurde?) (parce que vous croyez que la terre est plate, vous?) (bon alors).

 

Bien sûr, oui : désir satisfait = contradictio in terminis.

Même quand on obtient ce qu'on désire, on voit vite que finalement c'est pas ça. Pas vraiment, pas tout à fait. Le désir se déplace sur un autre objet.

Indéfiniment (disons jusqu'à la mort, après on sait pas).

C'est que, explique Lacan, dans l'objet désiré ce n'est pas sa nature qui est en jeu (en clair ça peut être vraiment n'importe quoi), mais juste sa fonction.

Tout se passe comme s'il y avait pour chacun un objet porteur de la fonction cause du désir. Qui n'est pas à proprement parler un objet (on est chez Lacan, hein) mais disons la formule d'une équation personnelle de désir, dont les objets successifs (réels ceux-là, êtres ou choses) dessinent la courbe au long d'une vie.

Vous suivez ? (Non, pas la courbe. Quoique).

Bref Lacan l'appelle objet a. (Pourquoi petita ? Je vous le dirai un jour si vous êtes sages) (et si j'ai pas la flemme) (donc c'est pas gagné) (je parle de ma flemme) (pour le reste je ne me permettrais pas).

À part ça la perpétuelle insatisfaction du désir est-elle tragique ? Bien sûr que non, et la phrase de Wilde est ironique. Oui mais, dira le lecteur, si on n'a pas été élevé au porridge et au flegme britannique ?

Encore moins de tragédie (échapper au porridge ça vous fait forcément voir la vie en rose).

 

Mais n'oublions pas qu'il en y a une, de véritable tragédie : l'insatisfaction du besoin, surtout s'il est du genre vital.

 

 

 

10:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

12/12/2017

Effet dominos

Je ne m'adonne, je le crains, à aucun sport d'extérieur, à l'exception des dominos … Il m'est parfois arrivé d'y jouer, en France, à la terrasse d'un café.

Oscar Wilde (Dans la conversation)

 

Si l'on rapproche cette déclaration du célèbre No sport de Winston Churchill, on risque d'en tirer une déduction hâtive : les Britanniques seraient aussi peu portés sur l'exercice physique qu'ils le sont au contraire sur l'humour.

Déduction hâtive pour trois raisons.

1)La théorie essentialiste de supposés traits de caractère dominant chez tel ou tel groupe humain est une stupidité dangereuse, menant tout droit à des réflexes racistes, qu'ils soient grossièrement naïfs, ou subtilement pervers.

2)Les British n'ont pas tous le sens de l'humour. C'est une légende urbaine. Thatcher par exemple n'a pas vraiment fait rire grand monde (OK quelques-uns à la City de toutes leurs dents longues).

Ou Farage qui se crut drôle dans son numéro de clown brexitien. Remember ?

Avant : Le money que nous pique cette bloody Europ, je le filerai à notre système de santé. Après : Actually c'était a private joke. Funny, isn't it ?

Y en a plus d'un qui a ri yellow, actually, I say.

3)D'après le panel de sujets de Her Gracious Fiscaloptimistic Majesty que j'ai l'honneur de fréquenter ici au village, ils sont plutôt du genre qui se bouge. Jardinage, natation en saison, longues balades pour promener le chien (et cela par tous les temps bien sûr) (avec une préférence pour un bon petit crachin parce que c'est si vivifiant).

3bis)Nous pratiquons d'ailleurs ensemble un intense sport d'extérieur.

Dès les premiers balbutiements des beaux jours et jusqu'aux froids indiscutables c'est dans le jardin que nous jouons au bridge.

Dommage qu'Oscar soit un peu trop mort pour se joindre à nous.

 

 

 

 

09:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

09/12/2017

Progrès

L'humanité se prend trop au sérieux. C'est le péché originel ici-bas. Si les hommes des cavernes avaient su rire, l'Histoire eût été fort différente.

Oscar Wilde (Dans la conversation).

 

Dans le film La Guerre du feu (JJ Annaud 1982) (référence antédiluvienne j'en conviens) à un moment les trois guerriers Oulhamr, partis en quête du feu pour le compte de leur tribu,  bivouaquent.

Avec eux une jeune femme d'une tribu plus évoluée qui sait "allumer le feu", elle (aussi). Ils l'ont sauvée des gros méchants anthropophages, les Kzamm.

Par hasard, (éboulement d'un bout de terrain je crois), l'un des guerriers reçoit sur la tête un caillou, et la femme éclate de rire devant son air con. Perplexité chez les mecs.

Puis l'idée fait son chemin, tandis que le petit groupe poursuit le sien. Si bien que lors d'une halte suivante, l'un d'eux (un ancêtre de Chaplin qui sait) décide de rejouer le gag.

Il balance une grosse pierre sur la tronche du copain installé un peu plus bas. Et tout le monde se bidonne, y compris l'intéressé tandis que le sang lui dégouline du front.

 

Le problème des hommes des cavernes n'est probablement donc pas de n'avoir pas su rire. Ni à proprement parler qu'ils aient apprécié même les gags un peu saignants. 

Le problème c'est quand certains se sont mis à trouver le gag encore plus drôle quand ça saignait.

Le problème suivant c'est que d'autres encore n'aient plus trouvé drôle que ce qui saignait.

On me dira : mais non, le seul problème c'est les grosses pierres. On va quand même pas s'empêcher de les ramasser, non ?

On dit souvent que la force n'est pas un argument. Cela dépend de ce que l'on veut prouver. (L'âme humaine)

 

 

 

 

 

 

 

 

08:56 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)