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18/11/2018

Rien d'impossible

« Le Réel c'est l'impossible.

1) Lacan aimait l'aphorisme. Et le paradoxe. Et le jeu de mots. Et dérouter ses auditeurs ou lecteurs. On ne saura jamais si c'était

a) pour (se) prouver sa supériorité intellectuelle sur le commun des mortels, et surtout le pas trop commun, scientifiques, universitaires, intellectuels de toutes plumes

b) juste pour agacer ceux-là, et d'autres si affinités

c) pour adapter à sa façon la maïeutique socratique à l'acte psychanalytique

En tous cas l'obscurité énigmatique du verbe lacanien suscite chez lecteur, auditeur, interlocuteur (et trice aussi bien sûr) des réactions éclairantes. C'est son schibboleth à lui, en quelque sorte.

Ainsi dans le QCM ci-dessus, celui (ou celle) qui cochera le case a) signera un désir de compétition pour la place de mâle dominant (ou, et c'est en fait la même attitude, son allégeance à ce supposé dominant).

Le sceptique cochera la case b) en souriant, le passif-agressif en râlant.

Le gentil bienveillant cochera la case c). (Pour ma part je coche les trois cases).

2) Remarquons : réel, et pas réalité.

Le mot réfère à la triade Réel Imaginaire Symbolique, grain de sel lacanien sur la topique freudienne ça moi surmoi. Grain de sel pas trop mal venu à mon goût : les adjectifs substantivés, encore mieux que les pronoms, permettent d'éviter un contresens fréquent sur la notion d'inconscient.

L'inconscient au sens freudien n'est pas une entité isolable*, mais « l'autre » mode du fonctionnement psychique, dont « l'un » est le mode conscient. Ce qui implique qu'ils sont toujours ensemble, même si l'inconscient est par définition … non perçu.

*Freud prend beaucoup de précautions (entre autres dans l'article le Moi et le Ça) pour expliquer que ces topiques (grec topos = lieu) ne sont pas vraiment des lieux, n'étant localisables nulle part, ni dans le cerveau ni ailleurs.

3) Jouant sur le mot, Lacan entend par impossible ce dont on ne peut pas dire : "peut-être, c'est une possibilité, ce n'est pas impossible". Le Réel à la mode de Lacan est la seule possibilité, le Réel n'est pas en option. »

 

- Ah ça c'est bien toi, Blanche ! Genre non je pourrai pas, bosser y en a marre. Et puis finalement tu y vas …

- Ouais c'est mon côté Mark Twain Ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait. (Toutes choses égales par ailleurs).

 

10:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

15/11/2018

Accord parfait

 Réalité.

Bon, pour ce mot, inutile que je me fatigue à recopier la définition robertique. La réalité, tout le monde connaît ... Lecteur je te vois hocher la tête. Oui : « quoique » moi aussi.

Je corrige donc ma phrase : la réalité, tout le monde en a une idée … Ah zut, ça va pas le faire non plus. Carambolage étymologique. Latin res la chose. Grec idea l'apparence (du verbe eidon voir).

En fait ce mot nous impose l'obligation de philosopher. Je sais pas comment je me débrouille … J'aurais dû en rester à ma première idée : roudoudou c'était plus facile à gérer.

Enfin bon tant pis, maintenant qu'on y est ...

« Construire l'articulation logique des propositions suivantes :

Le Réel c'est l'impossible (J. Lacan)

Par réalité et perfection j'entends la même chose (B. Spinoza)

Le principe de réalité est la continuation du principe de plaisir par d'autres moyens (S.Freud).

Vous avez 7 h. »

 

- Tu sais moi vraiment je préfère comme ça, Ariane. Quand tu ne cherches pas à racoler le lecteur (comme pour ton marasme l'autre fois). Je suis à fond pour maintenir un niveau suffisant d'exigence intellectuelle ...

- Oui je savais que ça te plairait, Blanche. Du coup je suppose que tu es prête à t'y coller, tu vas nous pondre une dissertation aux petits oignons (pas maussade du tout) avec thèse synthèse antithèse …

- Moi ?

- Qui d'autre ?

- Euh … C'est pas pour me défiler, tu me connais, Ariane, mais avant de me lancer, je voudrais être sûre qu'on a suffisamment exploré l'option roudoudou. Peut être se révélera-t-elle paradoxalement plus propice à philosopher que …

- Te fatigue pas, Blanche, tu as la flemme, y a pas de honte.

 

Blanche, faut la laisser souffler quand elle a des passages à vide. De toutes façons c'est pas le lecteur qui va venir faire une réclamation sous prétexte qu'il n'a pas eu droit à sa prise de tête coutumière

(quoi quoique ?).

 

En fait réalité, là maintenant, me fait juste penser à une interview du pianiste Piotr Anderszewski.

Longtemps (explique-t-il) je souffrais en concert de ne pas pouvoir jouer sur tel piano qui pour moi correspondait parfaitement au morceau, était seul à même de rendre le « bon » son. Et je me battais pour amener le piano que j'avais sous la main au son que j'avais dans ma tête.

Et puis un jour j'ai décidé de collaborer avec la réalité. J'ai pris le piano qui était là, comme il était. Alors j'ai joué, tout simplement.

(Le piano qui était là c'était quand même un Steinway haut de gamme, mais bon ça n'enlève rien à la sincérité de Piotr).

 

08:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

12/11/2018

Petit mais costaud

 

Gentillet, ette. XVI°. Assez gentil, petit et gentil.

Petit et gentil : association d'idées que les moins de 10 ans ou de 1m55 (sans me vanter) déplorent dans nombre de circonstances (file d'attente, métro bondé etc.)

« Le petit, là, on peut y aller, le bousculer, lui marcher sur les pieds, il a l'air gentil, et de toutes façons il n'a pas les moyens de sa colère. » Bref t'es petit, sois gentil et tais-toi. (Et quand t'es petite n'en parlons pas).

voir mignonnet. Plutôt péj. Agréable mais insignifiant. « Un roman gentillet » (vas-y Robert, balance, espèce de dégonflé).

 

C'est curieux quand même l'évolution sémantique. Comment est-on passé de gentil au sens de noble (XI°s) à gentil au sens d'agréable et bien disposé (XIII°s) (et jusqu'au péj gentillet) ?

Le noble, en position dominante dans la hiérarchie sociale, n'avait nul besoin d'être sympa.

Quoique. Faut payer les mercenaires, gratifier les vassaux. Du coup les années de disette t'as beau pressurer serfs et vilains, faut apprendre à séduire le riche bourgeois qui peut avancer quelques sous.

En fait les dates suggèrent un rapport avec le polissage des cours féodales, l'apparition de l'amour courtois. Mais pourquoi le mot gentil pour devenir bon et charmant a-t-il dû sacrifier ses lettres de noblesse ?

J'ai lu il y a quelque temps un livre sur la gentillesse. J'ai oublié le nom de l'auteur (l'aurais-je retenu s'il s'était agi d'un écrit provocateur et violent ?)*

C'est, dit-il, une vertu sous-estimée. Sans prétention à l'idéalisme platonicien ni à l'éthique kantienne, elle est la vertu humaniste par excellence.

Elle est véritablement socialisante du fait qu'elle est une réponse. Le gentil est discrètement à l'écoute. Il n'impose pas sa gentillesse, pour (se) prouver qu'il est quelqu'un de bien.

Il se contente de répondre présent s'il en perçoit le besoin chez autrui. Ni esbroufe ni pathos ni recherche de pouvoir dans son empathie.

L'auteur différencie gentillesse et sollicitude. Celle-ci définie comme une vertu surtout intrafamiliale, l'obligation mutuelle de prendre soin les uns des autres.

Avec l'intrusion que cela peut supposer, dit-il, surtout dans le sens parents/enfants (ajoutons le sens inverse dans la dépendance du grand âge).

C'est vrai : sans doute la sollicitude n'est-elle pas au-dessus du soupçon de sadisme inconscient des soignants et des éducateurs (dit Freud) (je ne commente pas ce serait pas gentil).

Bref, la gentillesse est une petite vertu, mais solide. Et puis : les grandes vertus héroïques, surtout si elles se réclament d'un label divin ... hein ? …

L'auteur conclut : la gentillesse n'est bien sûr pas capable de changer tout ce qui va mal. Mais elle peut amener en douceur la société à plus de douceur.

Le gentil vient réveiller la gentillesse qui sommeille en chacun. Voire la réanimer pour les cas où elle est en coma dépassé.

C'est vrai que certains jours on se dit y a urgence.

 

*en fait c'est Petit éloge de la gentillesse (Emmanuel Jaffelin)

 

08:38 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)