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30/11/2018

Numerus Clausius

Entropie. Ben oui quand même on est bien obligé maintenant qu'on est venu jusque là.

1869. formé en allemand (Clausius) du grec entropia « retour en arrière ».

En thermodynamique, fonction définissant l'état de désordre d'un système, croissante lorsque celui-ci évolue vers un autre état de désordre accru. « L'entropie augmente lors d'une transformation irréversible ».

Dégradation de l'énergie liée à une augmentation de cette entropie.

 

Il a eu une sacrée bonne idée, ce monsieur Clausius.

Tenter de trouver un ordre de lecture du désordre, décoder dans le désordre apparent la formule d'un ordre jusqu'alors inaperçu, est l'objet de la démarche scientifique en général. La grande idée n'est pas là.

Mais le pas de côté si souvent à l'origine des révolutions scientifiques (et autres), il le fait en décidant de voir dans le désordre une grandeur physique comme une autre. D'en faire dans la foulée une fonction utilisable, de le convertir en outils équationnels.

Autrement dit, avec la formulation du concept d'entropie, on cesse de considérer le désordre uniquement comme une gêne, un « bruit ». On le met au service de la construction de l'édifice, il en devient une pierre comme une autre.

Disons-le avec une autre métaphore : la fonction entropie agit comme un lutteur d'art martial (la science aussi est un sport de combat*). En parant l'attaque de l'adversaire (les embrouilles du désordre), on récupère à son profit sa dynamique.

D'une déperdition (d'énergie thermique) on fait un gain (de la valeur de la fonction entropie).

Bref en physique cette histoire a bien fait avancer le schmilblick.

 

Après, pour le reste, on peut rêver ...

Ce serait bien de transposer la démarche au monde humain trop humain, ce système grouillant d'affects désordonnés.

En tentant de définir les désordres géo-politiques, les retours en arrière intellectuels, les dégradations d'énergie sociétale, on ouvrirait la possibilité de nouvelles équations, de nouvelles solutions.

On pourrait même imaginer un mot d'ordre du style néguentropistes de tous les pays, unissez-vous !

 

*cf le mot de Bourdieu La sociologie est un sport de combat.

 

 

10:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

27/11/2018

Relativiser

Néguentropie

Voilà un mot qui a de la gueule. Non content d'avoir la classe côté ciboulot, il se paye le luxe d'une élégance aussi personnelle que raffinée. Une alliance de sérieux et d'originalité, un je ne sais quoi de décalé (le genre qui porterait plutôt bien lavallière et araignée à la boutonnière).

Je trouve que ce serait un mot parfait pour tenter l'exercice inverse des célèbres bordées d'injures haddockiennes. Tiens c'est vrai direz-vous, ce serait sympa, ça, pourquoi on n'y a pas encore pensé ? Je crains que la réponse ne soit dans la question.

Pour ma part je l'avoue, je n'ai eu ces derniers temps que peu d'opportunités de couvrir d'éloges, de fleurs et de mots doux certains de ceux à qui j'ai eu affaire. Commerciaux de tout poil (et surtout de mauvais), opérateurs internet, fournisseurs d'énergie, et même agents d'administrations.

C'est pas que je sois parano, mais je les soupçonne d'être à la solde d'une vaste entreprise de conversion de la société à la misanthropie. (Mais peut être ne sais-je pas voir leurs bons côtés ?) (je dis ça histoire de ne pas passer définitivement pour une irrécupérable maussade) (et sarcastique invétérée).

Mais revenons à notre néguentropie. Mot que Robert date de 1964. C'est fou.

Quand j'étais enfant, tous les mots du dico étaient plus vieux que moi. Quoi de plus normal : les mots comme les parents nous précèdent en ce monde. Sauf que maintenant il y a beaucoup de mots plus jeunes que moi, même dans les vieux dico.

Perturbant, non ?

À propos de perturbant, j'ai lu récemment un livre sur le temps* auquel je n'ai pas tout compris (oui bon presque rien compris). Sinon que le temps et l'entropie sont indissociables. Y aurait pas d'entropie y aurait pas de temps figurez-vous.

Quand je dis figurez-vous c'est une image naturellement. Car notre bon vieux logiciel d'intuitions plus ou moins newtonien ne nous sert plus à grand chose depuis Einstein.

Et alors je vous raconte pas si on se plonge dans la soupe quantique de la physique contemporaine. Heureusement au niveau macroscopique où nous vivons, le principe d'Archimède tient le coup, ainsi que la plupart de nos repères.

J'ai au moins retenu ça du bouquin. Et aussi qu'il est déconseillé à qui est sujet au vertige de se placer du point de vue micro (où tout est relatif, élusif, incessamment mobile).

Néguentropie. DIDACT. Entropie négative ; augmentation du potentiel énergétique.

C'est ce qui est bien dans ce mot, il a l'air négatif mais en fait non. (Moins par moins égale plus comme on disait à l'école – avant 1964).

Augmentation du potentiel, franchement ça encourage. Merci Robert.

 

*L'ordre du temps (Carlo Rovelli. Flammarion 2018)

 

08:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

24/11/2018

Zéro absolu

Le principe de réalité est la continuation du principe de plaisir par d'autres moyens.

 

- Voilà, Sigmund, c'est à vous. Vous avez carte blanche.

- Oui je suis là. Présente !

- Quelle narcissique tu fais, ma pauvre Blanche.

- Mais tu m'as dit de dire présente !

- J'ai pas dit page blanche, mais carte blanche, chèque en blanc si tu veux.

- Ach so …

- C'est méchant ça. Tu dis chèque parce que ça rime avec échec et …

- Und so …

- Mais t'es parano décidément …

- Ach scheisse à la fin ! Es ist mein Tour ja oder nein ? Ich kann en plazieren Eine ?

- Oui pardon, allez-y.

- Le principe de plaisir ist l'équation de base von psycho-Energie. Elle dit que l'Arbeit psychique konsist à réduire autant que möglich les Perturbazionen. Jusqu'à null (zéro en französisch) si möglich.

- Oui mais voilà c'est impossible.

- Richtig ! Unmöglich. Und warum ?

- Because que la réalité c'est un truc perturbant par principe.

- Sauf pour Spinoza, non ?

- Il a jamais dit que la réalité était pas perturbante, Blanche. Au contraire, va voir la partie 3 de l'Éthique. Et justement la perturbation il a rien contre, il appelle ça désir et il dit ...

- Ach Ariane, es ist meine Page à Mich oder was ? Spinoza ras le bol, à la Ende !

- Oui pardon, allez-y.

- Donc la Räalität est semée d'embûches qui font Obstakel au plaisir, on n'arrive jamais à perturbation zéro.

- Sauf quand c'est encéphalogramme plat, quand on est mort quoi : là le principe de plaisir on y est, non ?

- Ouais on y est. On y reste surtout.

- Ah c'est rigolo ça, t'as retrouvé ton sens de l'humour, Blanche.

- Ach justement ! Le Mensch qui fonce tête baissée direkt au plaisir, il est vite mort. Pour continuer à rigolieren en attendant la Tod, faut passer par le Prinzip de réalité. Kontournieren, changieren de plan, trouvieren ein anderen Soluzion, passieren par ein moyen terme, acceptieren eine Frustazion temporaire.

- Pfff c'est pas drôle ...

- Ja aber c'est la vie, comme on sagt en français.

 

 

09:17 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)